CHAPITRE IV
Après plus d'une demi-heure de recherches assidues, Line retrouva enfin Lyen. La jeune femme avait repéré l'immense piscine et était occupée à redécouvrir les plaisirs de la nage. Sans bruit, elle s'approcha du bord, envahie par la fureur. Comment avait-elle pu faire une chose pareille ? D'abord, quitter sa cellule, puis parler à Will, le laisser la voir, disparaître, et oser s'amuser dans l'eau alors que Lúka pouvait revenir d'une minute à l'autre ! Était-elle donc si inconsciente ? Le petit tas de ses vêtements gisait près de l'échelle et Line s'en empara. L'odeur infecte la fit grimacer et elle jeta le tout au loin, avant de frotter ses mains sur le tissu de son pantalon. Les bras croisés sur sa poitrine, elle attendit que Lyen daigne remarquer sa présence. Cela ne tarda pas, et la femme se hissa hors de l'eau. Ses cheveux trempés masquaient à demi son visage, mais pas assez pour cacher son sourire satisfait. Ni coupable ni inquiète, elle paraissait se moquer de la présence de Line au bord de la piscine. Plus que sa désobéissance, cette absence de soumission l'agaça. Pour qui se prenait-elle ?
— Tu as laissé William te voir, l'accusa-t-elle.
— La porte était ouverte. J'avais faim ; il m'a surprise alors que je cherchais à manger. Ton frère oublie de me nourrir, ce n'est tout de même pas de ma faute.
— Tu mens ! Tu n'étais pas dans le salon lorsque Will est arrivé, tu furetais dans la chambre de Lúka !
— Je voulais me laver. Je déteste être sale et sentir mauvais. Je suis sûre que tu peux comprendre ça.
— Tu n'avais qu'à en parler à Lúka, riposta-t-elle.
— En parler à Lúka ? répéta-t-elle sur un ton volontairement incrédule. Est-ce que tu plaisantes ?
Elle écarta ses cheveux mouillés de son visage et Line vit les ecchymoses bleuâtres se détacher comme de la peinture sur sa peau rendue encore plus pâle par le froid de l'eau. Cela la plongea dans un état étrange : d'un côté, elle avait pitié de Lyen et réprouvait la manière dont Lúka la traitait, mais d'un autre, elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle l'avait mérité. Quelques mois plus tôt, elle aurait blâmé Lúka, l'aurait accusé d'être un monstre violent et sans scrupule, lui aurait fait regretter ces maltraitances gratuites. À présent, elle n'éprouvait plus vis-à-vis de leurs incessantes querelles qu'une grande lassitude. Cela ne la concernait plus. Elle alla chercher un linge dans une armoire et lui lança.
— Sèche-toi. Je te ramène dans ta cellule. Et puisque tu as eu la bonne idée de te baigner avec tes sous-vêtements, je vais t'en donner d'autres.
— D'autres vêtements, aussi ?
— Cela devient nécessaire. Ceux-ci sont bons pour la poubelle.
Elle reprit le tas de vêtements sales et alla les jeter dans la trappe menant à l'incinérateur.
— Et dépêche-toi un peu, je n'ai pas toute la journée, cingla-t-elle comme Lyen traînait les pieds derrière elle.
Elles traversèrent les couloirs, Line menant la marche, Lyen en sous-vêtements derrière elle, ses bottines à la main et les cheveux dégoulinants d'eau. Ses pieds nus laissaient une marque mouillée sur le sol et elle frissonnait. Même s'il ne faisait pas froid, ses vêtements trempés collaient à sa peau, désagréables et glacés.
— Tu as de la chance que ce soit moi qui t'ai trouvée et pas Lúka, commenta Line. Es-tu devenue folle ?
Lyen haussa les épaules, même si elle savait que la jeune femme ne pouvait pas la voir.
— J'avais faim, répéta-t-elle finalement.
— Je veillerai à ce que Lúka s'occupe plus sérieusement de toi, à condition que tu ne lui parles pas de cette petite escapade. William ne dira rien, si je le lui demande. Mais si mon frère vient à apprendre ce qui s'est passé, s'il se doute de quoi que ce soit, tu sais ce qui arrivera. Je crois que tu as tout intérêt à faire ce que je te dis.
— Pourquoi cherches-tu à me protéger, alors que tu me détestes ?
— Qui a dit que je te détestais ? rétorqua Line. Si j'avais éprouvé la moindre haine envers toi, je ne me serais jamais imposée entre Lúka et toi, je n'aurais jamais pris ta défense.
— Tu m'as ramenée ici ! l'accusa-t-elle. Tu savais qu'il me battrait à nouveau, qu'il m'enfermerait, et tu m'as quand même ramenée !
— Je n'avais pas le choix ! protesta la jeune femme. Que voulais-tu que je fasse d'autre ?
— Me garder auprès de toi. J'aurais pu m'occuper de ton fils.
— Oui, c'est bien là le problème, marmonna Line, si bas que Lyen faillit ne pas l'entendre.
— Alors tu le laisses me battre parce que tu n'es pas capable de t'occuper de ton fils et que tu m'en veux parce qu'il s'est attaché à moi ? insinua-t-elle.
— Ne sois pas ridicule.
Elles arrivèrent devant la cellule de Lyen et Line ouvrit la porte, le visage dur.
— Et mes vêtements ?
— Je vais t'en apporter.
Lyen entra et alla s'asseoir sur son lit. Line l'enferma et revint quelques minutes plus tard, un tas d'habits entre les mains. Elle les lui donna et la laissa seule à nouveau. Lyen se débarrassa de ses sous-vêtements trempés, se sécha plus méticuleusement avec le linge et enfila avec bonheur ses nouveaux habits, frais et propres à défaut de sentir bon l'adoucissant. Ses cheveux encore mouillés ne tarderaient pas à boucler effrontément et se transformer en une masse de nœuds inextricable, et elle les lissa du mieux qu'elle le put avec sa brosse pendant qu'ils étaient encore coiffables. Certaine que Line ne reviendrait plus, elle tira de sous le matelas la carte-passeport qu'elle avait prise dans la chambre de Lúka. De Haven… Cela lui plaisait bien, finalement. Elle étudia la photographie, curieuse. C'était la première fois qu'elle avait l'occasion d'observer de plus près une image d'elle-même. Certes, lorsqu'elle était à l'hôtel, quelques mois plus tôt, elle avait pu profiter du miroir de la salle de bain pour se regarder sous tous les angles, mais à part les quelques clichés que Line avait pris d'elle et de Mikhail et qu'elle n'avait jamais eu le droit de conserver plus de deux minutes, elle n'avait aucune photographie d'elle. Elle ferma les yeux, tenta de se rappeler le visage de sa mère… C'était peine perdue. Ses souvenirs étaient trop loin, ensevelis sous le traumatisme de sa capture. Lorsqu'elle essayait de reconstituer ses traits, c'étaient ceux de Nato qui lui apparaissaient. Sa sœur ressemblait beaucoup à leur mère. Mais les cheveux d'Anja étaient châtains, et dans ses iris, on ne voyait pas la moindre trace de bleu. Ses yeux gris, très rares parmi les Eaveniens, constituaient l'atout principal de sa beauté. De cela au moins, Lyen était certaine. Le souvenir qu'elle avait d'elle était celui d'une femme aux traits flous et aux yeux étonnamment clairs, le front marqué du symbole royal de son rang. Une croix inversée, traversée d'un arc de cercle, que deux pointes fléchées venaient terminer. Et au-dessus de l'écusson de leur famille, le trait vertical qui témoignait de son statut de reine… Le visage de son père était encore plus flou, et tout ce dont elle se rappelait de lui était ses cheveux d'un roux flamboyant et les deux traits verticaux qui surmontaient le symbole royal. Trois points avaient jadis orné son front. Elle n'aurait jamais régné, elle avait toujours eu conscience de cet état de fait. Son frère Yolan serait monté sur le trône de l'Alliance, et Nato aurait dû prendre la place de sa tante à la tête d'Eaven. C'était ainsi. Le père de Line et Lúka avait bouleversé les plans de sa famille. À présent, elle vivait dans un monde où ses valeurs et son rang ne trouvaient pas d'équivalent et elle avait accepté cela de nombreuses années auparavant. Cependant, la femme en noir lui avait promis de réparer cette injustice.
Lyen rangea la carte sous le matelas, à côté du bracelet de sa sœur et de son roman. Un jour, elle serait libre. Et alors, Line et Lúka paieraient pour tout ce qu'ils lui avaient fait subir…
***
Après avoir attendu Line pendant près d'une demi-heure, William avait quitté la chambre froide et guère accueillante pour s'installer dans le salon. Il n'avait pas voulu fouiller, mais n'avait pu s'empêcher de regarder les photographies aux murs et dans les cadres sur les étagères. Encore une fois, la ressemblance entre Line et Lúka lui était apparue comme frappante : une expression identique, des yeux du même vert vif, un visage aux traits semblables… La réaction de son amie lorsqu'il avait insinué que son père avait peut-être agi sur ses gènes avait été troublante. Il regrettait de lui avoir fait part de ses doutes : visiblement vexée, elle n'avait pas très bien pris ses commentaires. Il la connaissait, il aurait dû savoir qu'elle réagirait ainsi. Désormais, il n'osait plus ni lui parler de son père, ni lui poser les questions qui le tracassaient depuis de longs mois à propos de sa relation avec Lúka.
Pendant un moment, il avait cru que les deux étaient des cousins. À présent, il se demandait si tout n'était pas beaucoup plus compliqué que ce qu'il s'était imaginé au premier abord. Néanmoins, il était conscient que Lúka ne lui répondrait pas, et questionner Line ne lui semblait pas la solution la plus appropriée.
Il était sur le point d'ouvrir ce qui avait l'air d'un album photos lorsque son amie entra dans la pièce, le visage fermé, les traits durcis.
— Je suis désolé, je n'aurais pas dû insister comme cela. Ne te fâche pas…
— Si je suis fâchée, ce n'est certainement pas contre toi, le rassura-t-elle. Toujours pas de nouvelles de Lúka ?
— Non. En tout cas, pas depuis que j'ai quitté la fameuse pièce au X rouge.
— Cela m'inquiète. Il est parti il y a plus de deux heures. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé.
William prit son amie dans ses bras et l'embrassa tendrement sur le front. Line était crispée, angoissée. Il n'aimait pas la voir ainsi. Généralement, elle devenait vite irritable et incapable de faire face même aux problèmes les plus simples.
— Tu veux rester ici ? proposa-t-il. Je peux aller chercher Mikhail à l'école. Je pense que ce serait mieux. Sinon, tu vas passer le reste de l'après-midi à paniquer.
— Je suis navrée, Will. Je ne suis vraiment pas la compagne idéale, hein ? Si tu avais su à quoi t'attendre…
— Cela fait plus de six mois que je te vois presque quotidiennement. Je te connais, répliqua-t-il. Tes problèmes n'ont rien d'insurmontable : tu n'es ni criblée de dettes, ni recherchée par la police nationale, donc ce n'est pas parce que tu t'inquiètes légitimement pour Lúka que je vais regretter d'être avec toi.
Line se détendit et lui offrit un sourire tendre. Il essaya de se persuader qu'il n'était pas déjà en train de la perdre, mais il ne pouvait s'empêcher d'être anxieux : elle était trop fragile et encore bien trop incertaine pour se lancer dans une nouvelle relation. Il aurait dû attendre. Cependant, il en aurait été incapable. Depuis des mois, il était amoureux d'elle et, mêlée à son impatience d'enfin pouvoir lui avouer ses sentiments, l'angoisse que Lúka change d'avis ne l'avait pas quitté. Son appel, quelques jours plus tôt, avait été surprenant, et ses paroles plus encore.
— Je vais y aller, décréta-t-il. Je dois passer au bureau prendre quelques affaires, et j'irai chercher ton fils à l'école.
— Merci, tu es un amour. Je te rejoins dès que Lúka aura fini de jouer les aventuriers de l'arche perdue.
— Prends soin de toi, murmura-t-il en lui caressant la joue.
— Ne t'inquiète pas pour moi : j'ai plus de ressources que tu n'imagines, insinua-t-elle avec un petit sourire mystérieux.
En partant, William ne put s'empêcher de penser qu'il l'avait laissée dans la gueule du loup et qu'elle ne lui reviendrait peut-être pas. Il chercha des yeux la rouquine, qui n'était nulle part en vue. Encore une fois, son esprit essaya de faire le lien entre elle, Line et Lúka, cependant, il se retrouva vite avec plus de questions que de réponses et résolut d'abandonner l'affaire. Un jour, il saurait la vérité, néanmoins, il avait le sentiment que de longs mois passeraient jusque-là…
***
À force de tâtonner, Lúka avait fini par trouver un commutateur général, qui avait illuminé d'un seul coup toutes les pièces. Celles-ci étaient nombreuses, toutefois moins que dans le Laboratoire. La plupart n'étaient pas ou peu meublées, et l'exploration ne s'avérait pas très intéressante. Line s'inquiétait sûrement, il ferait mieux de redescendre pour la rassurer, quitte à remonter plus tard avec elle. Il décida de visiter une dernière pièce avant de retrouver sa sœur.
Avant même de franchir le seuil, il sut qu'il avait enfin découvert quelque chose qui valait tous les efforts qu'il avait faits pour entrer dans ces quartiers secrets. Un léger parfum flottait dans l'air, floral, teinté d'une vague odeur de renfermé. Cela venait peut-être du jardin, mais la pièce était suffisamment éloignée de celui-ci pour que cette explication ne soit pas la seule plausible. Lúka s'arrêta sur le pas de la porte ; cette pièce-ci était encore plongée dans la pénombre. Il chercha des doigts un interrupteur, le trouva, l'actionna, cependant, rien ne se produisit. Les néons avaient sûrement rendu l'âme, ce qui ne serait guère étonnant si l'on considérait l'état général des lieux. Même si tout était automatisé, quelques néons restaient résolument éteints, arrivés à la fin d'une vie sans doute fort longue. Du faisceau de sa lampe de poche, il éclaira les ténèbres. La lueur jaunâtre, étouffée par la poussière, esquissait le contour de quelques meubles. Une autre chambre… Comme toutes les pièces, elle était laissée à l'abandon. Lúka sentit une petite pointe de déception l'effleurer, puis se traita d'imbécile : qu'avait-il pensé ? Que cet étage secret serait habité ? Qu'il y trouverait les réponses à ses questions ? Son passé ? C'était ridicule.
Le parfum avait imprégné les murs, entêtant. Subtil, presque indécelable, mais bien présent. Peut-être du jasmin, peut-être des roses. Et une fois qu'il l'avait remarqué, Lúka ne put plus l'ignorer. Son esprit l'imaginait certainement plus fort qu'il n'était réellement. Un parfum de femme… Des fleurs n'auraient pas pu conserver leur odeur si longtemps.
Il s'avança dans la pièce, ses yeux s'habituant peu à peu à l'obscurité. A quelques mètres du couloir, éclairés par la lumière des néons, les contours des meubles se détachaient encore dans les ténèbres. Mais un peu plus loin, il faisait trop sombre pour qu'il puisse distinguer plus que de simples formes. Cette chambre était plus grande que les autres, et à cause de l'odeur qui y régnait, Lúka eut le sentiment qu'elle avait été habitée plus longtemps. Que son occupant ne l'avait peut-être quittée que quelques années auparavant.
Un bruit sec attira son attention et il braqua le faisceau lumineux de sa lampe de poche sur des débris de verre éparpillés sur le sol. Il s'agenouilla, une main à terre, et observa les minuscules morceaux. L'un d'eux était encore assez gros pour qu'il puisse en tirer quelque chose et il le tourna délicatement entre ses doigts. "charel" était inscrit en lettres blanches sur le verre teinté de turquoise. Un flacon de parfum, voilà pourquoi l'odeur était toujours bien présente ! Quelqu'un avait brisé un flacon de parfum ! En examinant le sol, il découvrit rapidement le bouchon argenté et son vaporisateur. Il le fourra dans sa poche, reposa le morceau de verre sur le tapis, se promettant de s'en débarrasser plus tard, et se releva.
Au fond de la pièce, près du mur, un lit et un bureau se distinguaient à peine, formes noires dans les ténèbres. Lúka s'en approcha, balayant le sol du cercle minuscule de sa lampe de poche pour ne pas risquer de se prendre les pieds dans un objet abandonné. Le lit n'avait rien de passionnant : couvert de poussière, il s'affaissa sous son poids, expulsant un nuage brumeux qui le fit tousser. La lumière de sa torche électrique se perdit dans ce brouillard gris, incapable de traverser le mur opaque. Lúka se releva avec précautions, non sans arracher un grincement lugubre au vieux sommier. Il épousseta son pantalon avec une petite grimace de dégoût, même si son geste n'avait guère d'utilité dans cette atmosphère saturée de poussière.
Il espérait que le bureau se révélerait plus intéressant, mais la visibilité dans la chambre était presque nulle, et le temps avait rendu les quelques feuilles enterrées sous la poussière quasiment illisibles. Lúka essaya les tiroirs ; tous s'ouvrirent sauf le dernier, fermé à clé. Il s'assit à même le sol pour l'examiner : la serrure était traditionnelle. Il ne rencontrerait sûrement aucune difficulté à la crocheter. Une fois qu'il aurait la lumière et les outils nécessaires, s'entend. À présent, la décision la plus logique restait de rejoindre Line, de la rassurer, et de revenir plus tard avec des néons de rechange et un aspirateur. Pourtant, il dut se faire violence pour quitter cette chambre. Il en restait d'autres à explorer, peut-être même plus intéressantes. Sa curiosité se voyait néanmoins entravée par sa culpabilité à l'idée de l'inquiétude de sa sœur. Il la sentait dans un coin de son esprit comme si elle était sienne, grandissante et pulsante.
Lorsqu'il fut revenu dans le jardin, il consulta sa montre : plus de trois heures avaient passé ! Comment le temps avait-il pu filer ainsi sans qu'il en soit conscient ? Il rinça ses mains et son visage dans le petit ruisseau, heureux de se débarrasser de toute cette poussière. Ses doigts avaient pris une couleur grisâtre, presque noire sous les ongles, et l'eau claire seule ne vint pas à bout de toute la saleté poisseuse qui s'était incrustée sur sa peau. Il n'osait pas imaginer l'état de ses cheveux… Lorsqu'il essuya ses mains sur son pantalon pour les sécher, celles-ci laissèrent deux traces humides sur le tissu, et aussitôt, il regretta son geste : à présent, ses doigts étaient aussi sales qu'avant… Une telle quantité de poussière l'étonnait : comment avait-elle pu s'accumuler ainsi dans cet espace clos ? Par l'aération ? A cause de l'usure des tapis et des meubles ? Du pollen des fleurs du jardin ? Sans doute un peu de tout. Mais si tout était si bien automatisé, pourquoi aucun système n'avait-il été prévu pour se débarrasser de ce fléau ?
Dans l'ascenseur, il fut tenté de descendre jusqu'au sous-sol, dans cet étage qu'il n'avait pas encore exploré. Les vieux haut-parleurs crachaient à nouveau leur insipide petite musique, et Lúka se demanda comment son père avait pu supporter une pareille horreur, lui qui avait été un si grand mélomane. Finalement, il écrasa le bouton métallique qui le ramènerait auprès de sa sœur, et l'ascenseur se mit en branle, lui donnant pour une ou deux secondes cette sensation de flottement et de légère apesanteur qu'il aimait tant. Dans sa poche, il sentait la bosse que formaient le bouchon du flacon de parfum et son vaporisateur. La dernière chambre qu'il avait visitée avait probablement appartenu à une femme. De lourds rideaux de velours étaient accrochés au-dessus du lit, il les avait sentis. Et le bureau, bien que simple, n'était pas un simple morceau de bois : finement ciselé, ornementé, il n'aurait pas eu sa place dans une chambre d'homme. Lúka aurait été incapable de dire à quel moment cette pensée s'était insinuée dans son esprit, cependant, son intuition lui soufflait que cette pièce avait peut-être été la chambre de Lena.
***
Line voulait remonter avec lui, il aurait dû s'y attendre. Et cette fois, il ne pouvait guère arguer que cela risquait de s'avérer dangereux : la poussière était un fléau bien présent, mais pas du genre sanguinaire.
— Tu ne dois pas aller chercher Mikhail à l'école ? avança-t-il dans une tentative ultime et déjà vouée à l'échec de se débarrasser d'elle.
— Will a proposé de s'en charger.
Lúka fit la moue. Même s'il appréciait le caractère serviable de son ami, il n'en restait pas moins que celui-ci prenait trop de place. Vraiment trop de place… Il emmenait Mikhail faire du poney, il vérifiait ses devoirs, il allait le chercher à la sortie de l'école… Bien sûr, c'était inévitable, pourtant cela n'ôtait rien à sa colère.
— Mikhail sait qui est son père, murmura Line, suivant le fil de ses pensées. Ce n'est pas parce que Will va le chercher de temps à autre à la sortie de l'école qu'il va prendre ta place.
— Ne parlons pas de ça, tu veux bien ? C'est déjà assez dur pour moi de savoir que tu es avec lui, alors je préfère clore le sujet.
— C'est toi qui lui as donné ta bénédiction, lui rappela-t-elle.
— Avais-je le choix ? Tu ne penses pas que je préfère te savoir avec lui plutôt qu'avec Ruan ? J'ai vu la vidéo…
— La vidéo ? répéta-t-elle sans comprendre.
— Oui, ton bellâtre blond a immortalisé vos ébats. Il s'est donné de la peine, l'enregistrement est de très bonne qualité.
Line n'avait jamais été aussi rouge et il jubila. Ainsi, elle avait honte de son comportement ! Il aurait presque fini par en douter.
— Et c'est lui qui t'a donné ça ?
— Charmante attention, n'est-ce pas ? Des cadeaux comme celui-ci, on aimerait presque en recevoir plus souvent, ironisa-t-il.
— Lúka, je suis désolée, je n'ai pas voulu ça, soupira-t-elle.
— Je crois que si, au contraire.
— Non. Je voulais que tu le saches, en effet. Je pensais que cela rendrait les choses moins difficiles pour toi si tu me détestais.
— C'est vraiment la décision la plus stupide que tu aies prise au cours de ces dernières années, cingla-t-il. J'ai du mal à croire que j'ai en face de moi une femme adulte.
— Pense ce que tu veux, répliqua-t-elle. De toute façon, je ne cherche pas à me justifier.
— Tu aimes Ruan ?
Line attendit quelques instants avant de répondre. Lúka sentit le sang quitter son visage et crispa ses poings. Pourquoi lui faisait-elle subir cela ? Et pourquoi Ruan ? Will, il parvenait encore à comprendre, mais comment pouvait-elle avoir des sentiments pour cet être vil et manipulateur ?
— Je l'aime bien, lâcha-t-elle finalement. Il est drôle, séduisant, et très charismatique.
— Ouais, je suis sûr que Jack l'Éventreur était très charismatique, lui aussi.
— Tu exagères. Il n'est pas si mauvais. Et il a des circonstances atténuantes. Tout comme tu en as, toi, pour les coups que tu infliges à cette pauvre Lyen. Mais si cela peut rassurer ton petit ego, je ne suis pas amoureuse de Ruan. J'aime être avec lui, je le trouve très attirant, et c'est vrai qu'il me trouble. Je ne sais pas… Avec lui, je me sens protégée, dirigée. Je n'ai qu'à me reposer sur lui. Aucune décision à prendre, aucun conflit, rien.
— C'est malsain, décréta Lúka. J'ai vu la manière dont il t'a traitée. Tu ne peux pas me dire que tu as apprécié cela.
— Tu aimerais que je te dise que j'ai simulé ? Que j'ai détesté tout ce qu'il m'a fait ? Je ne veux pas te mentir. Je suis peut-être masochiste, mais j'ai aimé le fait de me sentir comme un objet de désir, le fait de ne pas être aussi respectée que je l'avais toujours été. Je l'ai laissé aller un peu trop loin, je l'admets. Mais tu sais que j'aurais pu le maîtriser en quelques secondes si j'en avais eu le besoin.
— Je n'en suis pas sûr. Tu as toujours pensé qu'il n'avait qu'un pouvoir résiduel, un don à peine suffisant pour berner les filles et manipuler les esprits les plus faibles. Tu as oublié un élément important dans ton raisonnement : il est loin d'être aussi idiot qu'il en a l'air et il cache très bien son jeu. Je ne serais pas surpris de découvrir qu'il est capable de bien plus que ce que nous soupçonnons. Il maltraite Ludméa depuis des mois et elle n'a pas plus de quelques doutes. Bien sûr, cela a dérapé quelquefois, mais dans l'ensemble, je trouve que pour un homme qui n'a qu'un pouvoir très résiduel, il est drôlement habile.
La conversation s'orientait sur un terrain plus neutre, presque technique, et Lúka se détendit légèrement. Il détestait Ruan, plus encore après ce qui s'était passé entre Line et lui, mais malheureusement, il avait besoin de lui. À présent, il serait trop difficile de l'écarter du projet. Sa famille était influente, lui encore plus, et Lúka savait qu'il ne trouverait personne de plus adéquat pour mener à bien la mission qu'il lui avait confiée. Il devait mettre ses sentiments de côté pour se concentrer sur ce qui était réellement important : les jumeaux.
— J'avoue avoir sous-estimé son don, c'est vrai, reconnut Line. Il est capable de télépathie assez avancée : rien d'aussi complexe que ce que nous pouvons faire, mais c'est suffisant. En revanche, et de cela je suis certaine, il ne peut pas déplacer les objets à distance.
— Donc pas de télékinésie, mais un potentiel télépathique qui pourrait éventuellement mener à de la manipulation mentale complexe, résuma Lúka, Je ne sais pas si je n'aurais pas préféré l'inverse.
— Ruan n'est pas entraîné. Avant moi, il n'avait encore jamais connu de télépathe. Je vois mal comment il pourrait apprendre à maîtriser son don et à le développer.
Lúka ne voulut pas formuler ses craintes devant sa sœur, cependant, celle-ci se trompait sur plusieurs points : premièrement, le père de Ruan était un télépathe très puissant, et Ruan avait tout de même passé les six premières années de sa vie sous son toit. Deuxièmement, il connaissait au moins deux personnes plutôt bien entraînées et très douées, qui pourraient sans problème s'occuper de son instruction. Si Saraï semblait vouer une haine viscérale à son neveu, il n'en allait pas de même pour Line Paso… Quoi qu'il arrive, il ne devait pas laisser la jeune fille partager ses connaissances avec Ruan. Ce serait bien trop dangereux. Pour elle, mais aussi pour eux…
***
Ébranlée par la conversation qu'elle venait d'avoir avec son frère, Line ne dit pas un mot, se contentant de l'observer comme il rassemblait le matériel dont ils auraient besoin une fois dans l'étage secret. Il lui avait parlé du jardin, des chambres, lui avait montré les restes du flacon de parfum, et elle était parvenue aux mêmes conclusions que lui : cet endroit avait été habité et Lena s'avérait la candidate la plus probable. Lorsque Lúka alla chercher plusieurs boîtes de néons, elle ne lui posa pas de questions : en un instant, il lui avait ouvert son esprit et ses souvenirs étaient devenus les siens. Ce qui ne la rendait que plus impatiente de voir ces merveilles de ses propres yeux. Une part d'elle-même en voulait à son défunt père de ne jamais l'avoir laissée entrer dans un endroit si somptueux, de l'avoir cloîtrée à l'intérieur de ce bunker qu'il appelait le Laboratoire avec pour seul lien avec le monde extérieur un vieux téléviseur et quelques DVDs. Il lui avait volé sa liberté, son enfance. D'un autre côté, si Lena avait passé sa vie enfermée, elle ne pouvait envier son sort. Même si celle qu'elle croyait être leur sœur avait joui d'un magnifique jardin et d'un soleil artificiel, ceux-ci n'en restaient pas moins des ersatz du monde réel. Elle avait eu Lúka, Lena n'avait probablement eu que les plantes vertes du jardin. Mais si elle n'avait pas été seule ? Après tout, son frère avait découvert plusieurs chambres, même si aucune ne paraissait habitée. Pourquoi tout cet espace ? Et surtout, pourquoi n'avaient-ils jamais pu rencontrer Lena ?
— Tu réfléchis trop, Line, décréta Lúka. Tu ne sais même pas si elle était vraiment notre sœur. Et encore moins si c'était bien elle qui habitait là-haut. Nous ne savons rien de cette fille. Tout ce que nous avons, c'est une photographie d'elle et quelques données électroniques probablement fausses, qui ne valent en tout cas pas grand-chose.
— As-tu vu le mur ?
— Pardon ?
— Le mur ! Celui de la photographie ! Est-ce que tu as vu un mur comme celui-ci ?
Lúka réfléchit quelques instants. Il se rappelait mal le mur qui figurait sur la photographie, mais dans son souvenir, il s'agissait de briques grises. Il secoua la tête.
— Je n'en sais rien. Je n'ai pas fait attention. Mais c'est possible, admit-il. Il y avait tant de choses à voir ! ajouta-t-il comme pour s'excuser. Et je ne voulais pas m'attarder, j'avais peur que tu t'inquiètes.
Elle se pencha et l'embrassa sur la joue. Il se figea, crispé. Line s'écarta de lui, incapable de dissimuler sa peine : il refusait même ses gestes d'affection fraternels !
— Ce n'est pas ça, protesta-t-il. Mais tu n'es pas logique et j'en ai assez. Comment veux-tu que je prenne tes marques d'affection comme "fraternelles" alors qu'elles n'ont toujours été que cela ? Comment dois-je le prendre ? Une simple bise sur la joue est-elle fraternelle ? Qu'en est-il d'un vrai baiser ? Fraternel également, n'est-ce pas ? C'est trop dur, je ne peux pas supporter cela. Tu me gratifies de marques d'affection "fraternelles" et je devrais perdre tout espoir de te récupérer un jour ?
— Je ne suis pas un objet, rétorqua-t-elle.
— Tu as dit il y a moins d'une heure que tu avais envie d'être traitée comme telle.
— Cela n'avait rien à voir.
Lúka se redressa, abandonnant l'empaquetage des néons pour un instant, fixa sa sœur en silence quelques instants, puis la plaqua contre le mur, écrasant ses lèvres sur les siennes avec impatience. Elle répondit à son baiser, surprise et bouleversée. Il la lâcha enfin et elle plongea ses yeux dans les siens, muette de stupeur.
— Excuse-moi, murmura Lúka. C'était spontané, irréfléchi et idiot. Je pensais que tu me dégoûterais, que le fait que Ruan t'ait touchée t'aurait souillée à mes yeux, mais en réalité, je te désire toujours autant et je ne sais pas quoi faire pour que tu reviennes, avoua-t-il.
— Tu sais que ce n'est pas possible, le raisonna-t-elle. Nous ne sommes pas faits pour vivre ensemble. Nous sommes bien trop semblables, et j'ai besoin de quelqu'un qui me protège, qui soit suffisamment mature pour ne pas me laisser sombrer dans mes névroses. Notre père nous a fait trop de mal, Lúka. Nous ne pouvons pas réparer cela tout seuls. Tu mérites une jeune femme stable, mature, responsable. Pas une pauvre loque psychotique comme moi. Et j'ai besoin de me sentir en confiance. Avec toi, c'est impossible. Tu es violent, trop peu sûr de toi, et surtout, trop égoïste pour me donner ce que je te réclame.
— Ça y est, tu as fini ton petit discours ?
Elle hocha la tête. Il n'y avait plus grand-chose à ajouter. Il y avait des semaines, des mois qu'ils ressassaient les mêmes arguments. Qu'ils reprenaient inlassablement cette conversation. Les mots changeaient, pas leur sens. Ni elle ni Lúka ne voulaient abandonner. Au fond d'elle-même, Line gardait encore l'espoir de pouvoir vivre avec lui à nouveau, même si elle devait pour cela patienter de nombreuses années.
Lúka retourna à ses cartons de néons, la laissant debout contre le mur avec le goût de ses lèvres sur les siennes. Ce n'était pas honnête vis-à-vis de William, mais elle aurait aimé qu'il ne s'arrête pas à un simple baiser. Il lui manquait. Lui seul lui offrait cette parfaite communion des esprits, cette symbiose qu'elle n'avait retrouvée ni avec Ruan, ni avec Will. Au cours des derniers mois, elle avait souvent réprimé l'envie de se rendre auprès de lui au milieu de la nuit et de se glisser dans son lit, comme avant. Lors de ces moments de grosse déprime, elle se disait que seule la pensée de trouver Z'arkán couchée aux côtés de Lúka l'avait empêchée de commettre pareille folie.
Mais déjà, le désir s'atténuait, la boule qui s'était formée dans sa gorge se dissipait peu à peu, et la raison reprenait ses droits. Lúka avait fini de rassembler le matériel qu'il voulait emmener et lui fit un petit signe de tête. Elle le suivit, docile.
***
— On dirait une mauvaise blague de Père, cet ascenseur, commenta-t-elle une fois qu'ils eurent pris place à l'intérieur et que Lúka eut sélectionné le bouton qui les mènerait à cet étage mystérieux. Je n'arrive pas à croire qu'il ait pu supporter une musique pareille.
— C'est la même que tout à l'heure, remarqua Lúka. Ça doit être une sorte de bande-son qui tourne en boucle. Si j'ai le temps, un jour, je la virerai.
— Et tu as vu cette moquette ? On se croirait dans un film du siècle dernier ! Je n'ose pas imaginer ce qui se passerait si cet ascenseur se bloquait, là, maintenant.
Dans un même mouvement, Lúka et Line levèrent les yeux au plafond. Une trappe se découpait dans la paroi d'aluminium. Elle était assez grande pour laisser passer un homme adulte.
— Je n'ai jamais été un grand fan d'alpinisme, décréta Lúka. Espérons que cet ascenseur tienne bon.
Déjà, les portes s'ouvraient et Line sortait en hâte, les yeux agrandis d'émerveillement. Lúka la suivit, affichant un air blasé, mais touché lui aussi. À présent qu'il savait l'endroit sans danger, il appréciait pleinement la beauté du décor. Le concepteur de ce jardin ne pouvait être celui qui avait affublé cet ascenseur d'un décor vieillot et d'une musique d'ambiance insipide.
— Tu crois que ces fruits sont bons ? lui demanda sa sœur, une pomme à la main.
Il s'approcha pour l'examiner. Le fruit avait la taille de toutes les pommes génétiquement améliorées et une couleur à faire pâlir d'envie le plus écarlate des rouges à lèvres. Il n'avait ni tache, ni défauts, et s'il ne s'était pas trouvé sur l'arbre quelques secondes plus tôt, Lúka aurait juré qu'il était faux. Il s'en empara, l'ouvrit en deux à la force des doigts, et l'intérieur apparut : couleur crème, luisant, et surtout, dépourvu du moindre pépin.
— Des fruits stériles. Je me disais aussi… Tu peux la goûter, je ne pense pas qu'elle soit mauvaise.
Sa sœur mordit à pleines dents dans une moitié de la pomme et lui tendit l'autre, qu'il accepta distraitement. Dans un jardin comme celui-ci, la stérilité des fruits ou des fleurs empêchait l'endroit de se transformer en jungle broussailleuse. Si une seule des pommes tombées à terre donnait naissance à un jeune pommier chaque année, en dix ans, il n'y aurait plus que cela dans le jardin. La stérilité des fruits offrait un contrôle sur la nature. En revanche, il ne resterait sans doute rien de ce petit coin de paradis une centaine d'années plus tard. Les arbres morts ne seraient jamais remplacés et les autres s'épuiseraient lentement. Peut-être y avait-il un autre système automatique, chargé d'ensemencer ce jardin tous les vingt ou cinquante ans ?
La pomme n'était pas mauvaise. Certes, elle n'avait pas la saveur de celles qu'ils trouvaient encore dans la forêt en pleine nature ou au marché noir à des prix exorbitants, cependant, elle était meilleure que ses sœurs aspergées d'engrais qui se conservaient plusieurs mois sans prendre une ride. Il n'avait pas remarqué sa faim, mais à présent, son estomac presque vide protestait, outré de n'avoir pour seule pitance que cette moitié de pomme. Il cueillit quelques cerises sur un arbre non loin. Pas de noyau, évidemment. Cela ôtait tout le plaisir.
— Il fait chaud, ici, décréta Line en se débarrassant de son polaire, qui vint rejoindre les cartons de néons et le sac de Lúka dans l'herbe au pied du pommier.
Il laissa son regard s'attarder sur sa peau nue, avant qu'elle ne tire son pull de coton vers le bas, dans un geste inconscient et machinal. Line avait changé ; il l'avait toujours trouvée belle, mais depuis quelques mois, elle était tout simplement magnifique. Les kilos qu'elle avait pris lui allaient à la perfection, et il se mordit la lèvre, imaginant déjà ses mains caressant ses seins pleins et ronds. Ce n'était pas le moment de nourrir de pareilles pensées. Néanmoins, il avait réagi trop tard, et au petit sourire qu'elle lui lança, il comprit que sa sœur n'avait rien perdu de ses fantasmes.
— Les hommes, soupira-t-elle d'un air faussement exaspéré. Je ne comprendrais jamais votre fascination pour les seins.
— Si tu n'en avais pas, tu comprendrais, répliqua-t-il.
— Tu te souviens de la fois où tu m'avais emmenée sur cette plage, après la mort de Père ? Ma toute première sortie…
— Et ton premier coup de soleil.
Elle rit, secouant légèrement la tête. Ses yeux verts pétillaient et le brun de ses cheveux les rendait plus vifs encore. Lúka la trouva cruelle d'être si belle. Il s'assit dans l'herbe et elle vint le rejoindre, sensuelle comme une diablesse. Quelques minutes plus tard, il avait la confirmation de ses suppositions : ses seins étaient plus gros, plus fermes, et elle était toujours aussi délicieuse…
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1. Le vendredi 10 septembre 2010 à 14:28, par Mimi
2. Le dimanche 12 septembre 2010 à 20:01, par Sylphide
3. Le jeudi 23 septembre 2010 à 19:25, par méphista
4. Le lundi 4 octobre 2010 à 17:24, par Mélie
5. Le mardi 5 octobre 2010 à 20:58, par Karine
6. Le samedi 27 novembre 2010 à 19:34, par Ness
7. Le samedi 20 avril 2013 à 22:33, par Hino
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