CHAPITRE II
Lúka baissa les yeux sur le gant qu'il avait à la main. Les machines de son père avaient fait de l'excellent travail : la fine couche de silicone était comme une seconde peau, au relief délicat et presque imperceptible. Mais les arches et les courbes étaient là, et cette merveille de technologie avait reproduit à la perfection la main droite de son père. Après avoir subi le courroux du système de sécurité qui paraissait étonnamment plus complexe qu'au premier abord, Lúka avait décidé qu'une simple photocopie des empreintes de son père ne suffirait pas à lui ouvrir la porte blindée. Et même si, cette fois-ci, Line serait dans la chambre pour le tirer d'un éventuel faux pas, il ne tenait pas à prendre de risques.
Pendant la nuit, la paroi s'était rabattue, refermant le passage. Avec de la peinture indélébile, il avait marqué l'endroit où pousser d'un grand X rouge. Même si l'expérience de fusion avait été intéressante et enrichissante, il ne tenait pas particulièrement à la renouveler. La peinture avait séché très vite, mais il avait taché ses doigts. Une vague odeur de térébenthine flottait dans l'air, entêtante. Line ne paraissait pas ravie de devoir l'attendre dans cette minuscule pièce empestant la peinture et le dissolvant, et lui avait fait part de sa désapprobation. Cependant, elle était aussi curieuse que lui de savoir ce qui se cachait derrière la grande porte blindée.
— C'est vrai que notre père passait souvent de longues heures dans cette pièce, avança-t-elle. Je n'aurais jamais pensé qu'un passage secret pourrait s'y trouver.
— Je l'ai découvert tout à fait par hasard. Tu vas tenir le coup, avec cette affreuse odeur ?
— Je n'ai pas trop le choix. Mais si tu découvres quelque chose d'intéressant, promets-moi que tu reviendras me chercher !
— Et comment ferions-nous, pour la paroi ?
— Il doit bien y avoir un moyen de l'ouvrir depuis l'intérieur. Si notre père pouvait y entrer et en sortir à sa guise, nous pouvons le faire nous aussi.
— J'ai regardé partout. Je t'assure qu'il n'y avait rien !
— Peut-être parce que le système de sécurité avait fait disparaître le mécanisme d'ouverture, suggéra-t-elle. Visiblement, les intrus ne sont pas très appréciés.
Lúka fixa sa sœur, sans la voir vraiment. Il réfléchissait. Ce qu'elle disait était loin d'être stupide, et il devait avouer qu'il aurait aimé l'avoir à ses côtés pour explorer la ou les pièces qui ne pourraient manquer de se trouver derrière la porte blindée.
— Essayons quelque chose, proposa-t-il. Tu vas sortir de la chambre de notre père. Pendant ce temps-là, j'entrerai dans le couloir. En toute logique, lorsque tu chercheras à rentrer à nouveau, la paroi se rabattra pour refermer le passage. Là, j'essaierai de le rouvrir depuis l'intérieur.
— C'est une excellente idée, approuva-t-elle. Je vais appeler Will et lui dire que si je ne suis pas rentrée ce soir, il faudra qu'il vienne ici. Je lui laisserai un mot sur la table de la cuisine et je lui expliquerai tout.
— Je ne suis pas certain d'avoir envie que tu fasses ça, contra Lúka. Will n'a pas à être impliqué là-dedans.
— Je pense que c'est mieux d'avoir une solution de secours. Et tu n'as pas intérêt de dire le contraire. Tu as bien failli y laisser ta peau, hier !
Il haussa les épaules. Elle avait raison, évidemment.
— Tu lui as tout raconté, j'imagine, lâcha-t-il avec un brin de mépris.
— Je ne lui ai parlé de rien du tout. Il faut dire que je suis rentrée à plus de deux heures du matin. J'avais plus envie de dormir que de lui raconter tes dernières frasques. Mais pour rassurer ton petit ego meurtri, sache que je n'ai jamais eu l'intention de lui raconter quoi que ce soit, cingla-t-elle. Maintenant, si tu as envie de jouer au con, c'est ton problème. Moi, j'ai un enfant et je ne veux pas qu'il nous arrive quelque chose. Nous n'aurons probablement aucun problème, mais si ça devait arriver, je veux qu'il nous reste une chance.
— Fais ce que tu veux. Et n'oublie pas de revenir. Je n'aimerais pas que tu sautes sur l'occasion pour te débarrasser de moi, plaisanta-t-il.
Elle lui tira la langue, sa colère étant un peu retombée. Lúka fourra le gant de silicone dans une de multiples poches de son pantalon et attendit qu'elle sorte. Lorsque la porte se referma, il plaça une main sur le X rouge et poussa. La paroi disparut dans le plafond en même temps qu'un courant d'air glacé fouettait son visage. Il grimaça. Il y faisait encore plus froid que la veille, si c'était possible. Pourtant, il s'était vêtu chaudement : un pull polaire et un pantalon de toile épaisse, qu'il avait souvent utilisé lorsqu'il aidait son père à entretenir ses machines. Les poches avaient l'avantage d'être profondes et nombreuses. Cette fois-ci, en fan de MacGyver qui se respecte, il y avait fourré un couteau suisse, ainsi qu'un téléphone qu'il avait passé la nuit à modifier, pour lui donner une portée d'émission plus grande. Même sans réseau, celui-ci pourrait fonctionner. Il était loin d'être aussi idiot que Line le pensait et avait assuré ses arrières. Cela dit, elle avait raison de prévoir une solution de secours. Sa lampe de poche à la main, il s'engagea dans le passage. A quelques mètres à peine de l'entrée, une drôle de poignée semblait encastrée dans le mur. Elle n'était pas là la veille, il aurait pu le jurer. D'ailleurs, comment l'aurait-il manquée ? Elle avait été peinte de lignes jaunes et noires et mesurait une bonne vingtaine de centimètres. Sa sœur ne serait sans doute pas de retour avant plusieurs minutes, si elle écrivait un mot à William. Il tira sur la poignée et la paroi se rabattit, le plongeant dans une obscurité troublée uniquement par le faisceau jaunâtre de sa lampe de poche. Il tira à nouveau, et le passage se rouvrit. Un sourire se dessina sur ses lèvres… C'était si simple ! Il avait hâte que Line revienne, pour qu'il puisse lui montrer le mécanisme d'ouverture qu'il avait découvert.
Les chiffres peints en jaune près du plafond du passage n'éveillaient pas vraiment sa curiosité, mais il aurait tout de même aimé savoir de quoi il s'agissait. L'un d'entre eux lui apparut clairement comme une altitude : il se répétait d'un groupe de chiffres à l'autre, avec une très légère variation. Près de la porte blindée, il accusait cinquante centimètres de moins. La pente était faible, sans doute moins d'un pour cent. Un autre devait être une distance. Il commençait à quatre cent trente, et le dernier affichait trois cent quarante-huit. Par contre, il n'avait pas la moindre idée de ce que pouvaient signifier les autres. Il y avait également une lettre, un O surmonté d'un accent circonflexe, et Lúka fronça les sourcils. Plusieurs fois, il avait entendu son père leur dire qu'ils étaient des enfants de l'Ô, après leur avoir mis ce bracelet. Avait-il mentionné ce nom auparavant ? Il n'en était plus sûr. Line saurait peut-être…
Le peu de lumière ambiante disparut soudain et Lúka se rapprocha de l'entrée. Sa sœur était probablement revenue dans la pièce.
— Lúka, tout va bien ?
— Oui, j'ai trouvé le mécanisme d'ouverture…
Il tira la poignée et la paroi remonta aussitôt. Line se tenait à quelques pas de la paroi, les traits crispés. Elle s'était inquiétée pour lui. Une onde de satisfaction l'envahit et il sourit.
— Tout va bien. Il y a une poignée, ici.
Il désigna l'objet, quelques mètres plus loin. Line hocha la tête et le rejoignit. Elle aussi avait choisi des vêtements chauds, pour faire face au froid glacial qui régnait dans le long couloir. Mais déjà, elle frissonnait. Lúka la serra contre lui, lui frictionnant les bras pour la réchauffer.
— Je crois que c'est plus l'angoisse que le froid qui me fait trembler, avoua-t-elle. J'ai peur de ce qu'on pourrait découvrir de l'autre côté. Tu te rappelles, il y a cinq ans, lorsque nous étions derrière la porte de sa chambre, à hésiter ?
— Il n'y avait rien de si terrible, lui fit-il remarquer Nous avons trouvé quelques photos, et c'est tout. Nous n'arriverons peut-être pas à ouvrir cette porte blindée. Et si nous l'ouvrons, il n'y aura peut-être rien du tout, derrière. Imagine que nous découvrions un mur ? Ou que cela libère un gaz qui nous tuera tous les deux ? Line, je crois que je devrais y aller seul. Je reviendrai te chercher. Je ne veux pas prendre plus de risques.
— Non, je viens avec toi, décréta-t-elle sur un ton qui ne souffrait pas la moindre contradiction.
— Ce n'est pas raisonnable…
Mais il s'engagea dans les profondeurs du couloir, et lorsque Line le suivit, il n'émit pas d'objection. La jeune femme observa les murs avec attention, et plusieurs fois, les balaya de sa propre lampe de poche, s'arrêtant sur les chiffres jaunes.
— Tu sais ce que c'est ?
— Je pensais à des coordonnées, avança-t-il.
Elle réfléchit quelques secondes, revint en arrière pour lire les chiffres précédents, puis fit quelques pas pour aller voir les suivants, les sourcils froncés.
— Ce sont des coordonnées. x, y et z. Mais par contre, je me demande quel est le point d'origine. On ne sait même pas quelle unité est utilisée.
— On peut le découvrir. Je pencherais pour des mètres, personnellement.
— Non, ce ne sont pas des mètres. Il y a plus d'un mètre entre chaque marque.
Lúka haussa les épaules. C'était sans grande importance. Que ce soient des mètres ou une unité plus archaïque, il s'agissait de coordonnées. Le reste était d'un intérêt purement scientifique. Une porte blindée les attendait à quelques centaines de pas, et ça, c'était le principal. Il s'enfonça plus avant dans le couloir, sans attendre sa sœur. Elle le rattrapa bien vite, guère à l'aise dans cet environnement froid et étrange. Lúka sortit le gant de silicone de sa poche et y enfonça sa main. Line prit son autre main dans la sienne, angoissée. Il lui sourit pour la rassurer, mais elle était trop occupée à détailler la haute porte en métal pour le remarquer.
— C'est pire qu'il y a cinq ans, déclara-t-elle.
— Je ne sais pas. Il y a cinq ans, nous étions encore bouleversés par sa mort. À présent, nous avons beaucoup grandi. Je ne pense pas que ce que nous découvrirons nous affectera autant que si nous l'avions découvert juste après sa mort.
Ils restèrent silencieux quelques instants. Puis, Lúka avança sa main gantée pour la poser sur la plaque.
— Attends ! s'écria Line.
Sa voix résonna dans le long couloir, terrifiante et aussi forte qu'un coup de tonnerre. Elle sursauta et se rapprocha inconsciemment de Lúka. Celui-ci libéra sa main et lui caressa la joue.
— Je suis paniquée, avoua-t-elle. Connaissant notre père, il a sûrement installé toutes sortes de pièges pour nous empêcher d'accéder à ses secrets. S'il nous arrivait quelque chose, je ne veux pas que… enfin… je voudrais juste…
Elle se tut, désemparée. Lúka la prit dans ses bras et l'embrassa longuement. Elle s'accrocha à lui avec désespoir.
— Je t'aime toujours, Line. Ne crois pas que ce n'est plus le cas parce que je t'ai repoussée, hier, lui murmura-t-il.
Elle hocha la tête, le visage triste. Ses doigts se glissèrent à nouveau dans les siens, et cette fois, lorsqu'il voulut poser sa main sur la plaque de métal, elle ne l'en empêcha pas. Une lumière verte s'alluma au-dessus de la porte et celle-ci commença à glisser vers le haut…
***
Lyen, plongée dans un roman, sursauta lorsque la porte se déverrouilla avec un cliquetis qu'elle connaissait bien. Aussitôt, elle cacha le livre sous les couvertures et se tint bien droite, prête à accueillir les coups qui ne tarderaient sans doute pas à pleuvoir. Lúka avait parfois des moments de gentillesse — c'est-à-dire des moments où il ne la frappait pas et se contentait de lui lancer sa ration de nourriture quotidienne —, mais la plupart du temps, il semblait incapable de contenir la rage qu'il ressentait envers elle.
Elle attendit, cependant, la porte ne s'ouvrit pas. Au bout d'une demi-minute, elle décida que Lúka n'était pas là. Son estomac vide émit un gargouillis mécontent : elle mourait de faim. Encore une fois, le Fils avait oublié de la nourrir. Elle n'était pas loin de regretter le temps du Père. Lui au moins veillait à ce qu'elle mange toujours convenablement. Il y avait toutefois eu d'autres inconvénients. Elle ne savait pas si la négligence de Lúka était volontaire ou simplement la conséquence de son inattention, mais pour elle, cela ne changeait pas grand-chose : elle était affamée. Puisque la voie était libre, elle allait en profiter pour visiter la cuisine. Et la salle de bain, aussi. Elle se sentait sale. D'ordinaire, elle se lavait au lavabo de sa cellule. Pendant vingt ans, cela lui avait suffi. Néanmoins, depuis qu'elle avait passé plusieurs semaines avec une baignoire à sa disposition, l'eau lui manquait. Elle attendit encore une minute, pour être certaine que ce n'était pas une ruse de Lúka, puis sortit de la pièce.
Un reste de pâtes traînait dans une casserole. Elles étaient froides et assez sèches, mais Lyen avait si faim qu'elle en engloutit avidement plusieurs cuillères. Elle aurait volontiers fini le tout, cependant, si Lúka ne risquait pas de remarquer l'absence de quelques spaghettis, il remarquerait l'absence de la totalité d'entre eux. Un paquet de biscuits était posé sur la table et elle se servit généreusement. Le frigidaire ne contenait rien de bien passionnant, à part une bouteille de lait. Celui-ci était probablement encore bon : Mikhail en avait bu deux jours auparavant. Elle sortit un bol d'une armoire, se versa une ration de céréales — il y en avait toujours en grosse quantité, et même si elles avaient un goût de carton mouillé, elles avaient le mérite d'être nourrissantes — et y ajouta du lait. Vite, elle se dépêcha de tout avaler, de peur que Lúka ne réapparaisse. Le risque était minime : il passait ses journées dans son bureau, n'émergeant que pour se refaire du café.
Sur la grande table noire de la cuisine, une feuille blanche attira son regard. Maintenant que son estomac ne criait plus famine, elle commençait à s'intéresser à ce qui l'entourait. Mais d'abord, elle lava le bol et la cuillère avec soin, et les remit où elle les avait trouvés. Si Lúka se doutait qu'elle sortait parfois de sa cellule, la punition serait terrible… Les caméras de surveillance enregistraient ses moindres mouvements, cependant, il n'avait jamais eu assez de soupçons pour visionner les bandes. Et ce n'était pas Z'arkán qui la dénoncerait. Le sosie virtuel de Line l'ignorait, l'évitait, même, et tout était mieux ainsi.
Lyen s'approcha de la feuille de papier. Celle-ci était recouverte de l'écriture ronde et un peu irrégulière de Line. C'était difficile à déchiffrer. Premièrement, c'était de l'anglais, et elle parlait et lisait encore mal cette langue. Deuxièmement, l'écriture manuscrite lui avait toujours causé quelques difficultés : elle était habituée aux caractères imprimés des livres. Troisièmement, le mot semblait avoir été griffonné en hâte et les lettres en devenaient presque illisibles. Lyen fronça les sourcils, concentrée.
— Will, commença-t-elle tout bas, un doigt pointant le mot qu'elle lisait. If you… fi…find this message, that me… men… means we are sill, non still, oui, c'est ça, still. Sill in my fatter… fatha… father's room and…
Un bruit la fit tressaillir et elle regarda autour d'elle, paniquée. Mais elle était toujours seule. La raison lui soufflait de regagner sa cellule avant le retour de Lúka et de sa sœur, cependant la curiosité l'emporta. D'après ce message, les deux se trouvaient dans la chambre de leur père. C'était très étrange. Ce qui l'était encore plus restait la présence de ce mot. Line attendait-elle William ? Ce n'était pas impossible ; l'homme était déjà venu plusieurs fois ici. Mais pourquoi avaient-ils besoin de lui dans la chambre de leur père ? Lyen reporta son regard sur le mot, le frisson de l'angoisse grossissant dans son ventre. William pourrait arriver d'une minute à l'autre, elle devait se dépêcher. Les lettres se brouillaient dans son esprit, c'était difficile ! Elle avait déjà du mal avec le français, qu'elle parlait pourtant couramment, et l'anglais était un véritable supplice. La langue n'avait rien de compliqué, et par certains côtés, sa grammaire et son vocabulaire lui rappelaient l'eavenien. Le véritable problème venait du fait que Lyen n'avait guère eu l'occasion de l'entendre, à part peut-être à l'holovision. Mikhail lui avait appris quelques mots et elle avait commencé à regarder ses livres d'école, consciente que la maîtrise de l'anglais s'avérerait d'une importance capitale si elle voulait un jour se débrouiller dans le monde extérieur.
— It is the…
Elle s'arrêta, indécise. La lettre suivante n'en était pas une. Il s'agissait d'un chiffre avec quelque chose d'illisible inscrit en haut. Elle se résolut de l'ignorer. Cinq quelque chose. Cinquième, sans doute.
— It is the cinq quelque chose room on the lift… non, left. Left, c'est gauche. Levia en destra, laeva et dextra, gauche et droite, slieva y sprava, left and right. Oui, c'est ça. La cinquième pièce à gauche.
Elle sourit, satisfaite, puis continua sa lecture laborieuse.
— You have to… ça, c'est facile. Devoir. Tu dois… push on the red X. Push, c'était inscrit sur les portes de l'hôtel. Pousser. Tu dois pousser sur le rouge X. Non, le X rouge. Un X rouge ? s'étonna-t-elle. Ça, je ne sais pas ce que c'est. It will open the pass… passage. D'accord.
Le mot se terminait là. Lyen se demanda si elle avait bien compris. Après tout, elle n'en était qu'à ses premiers balbutiements en anglais, et c'était si étrange ! Pousser sur un machin rouge. A part la lettre X, elle ne connaissait pas d'objet qui portait ce nom. Peut-être s'agissait-il d'une boîte ? Ou d'un interrupteur ? Elle abandonna le mot, ressentant tout de même une grande fierté à l'idée d'être parvenue à lire cette langue qu'elle maîtrisait à peine. Certes, beaucoup de mots ressemblaient à l'eavenien ou au français, et la grammaire n'avait rien de difficile. Mais elle avait de la chance que ce soit Line qui l'ait écrit. L'écriture de Lúka était presque impossible à déchiffrer. Surtout qu'il semblait prendre un malin plaisir à écrire en cyrillique. Elle comprenait un peu le russe, cependant, elle était incapable de le lire. Pas sous cette forme-là, en tout cas. Mikhail lui avait appris à reconnaître quelques mots, néanmoins, lui non plus n'était pas à l'aise avec l'ancien russe. A présent, plus personne n'utilisait l'alphabet cyrillique.
Lyen quitta la cuisine pour s'engager dans le long couloir. D'un œil un peu inquiet, elle repéra la cinquième porte et s'attendit presque à la voir s'ouvrir pour laisser passer un Lúka fou de rage. Sa tension était si forte que ses muscles semblaient s'être liquéfiés. En même temps, elle aimait cette angoisse, cette poussée d'adrénaline, et un fin sourire se dessina sur ses lèvres. Dans ses souvenirs, il y avait une grande salle de bain dans la chambre de Line et Lúka… C'était de la folie, mais après tout, que risquait-elle ? S'il la découvrait, il la tuerait ou il la frapperait. Dans le premier cas, ce ne serait une grosse perte pour personne, pas même pour elle. La vie qu'elle menait avait déjà duré bien assez longtemps. Dans le second, cela ne changerait pas des habitudes de la maison. Et de toute manière, si Line avait pris soin de laisser un message à William pour lui dire qu'ils étaient dans la chambre de leur père, elle ne risquait pas de les trouver ailleurs. Il y avait d'autres chambres, d'autres salles de bain, mais elle voulait du savon et il n'y en aurait certainement pas dans ces pièces condamnées. Au fond d'elle-même, elle ressentait un certain plaisir à transgresser le plus grand des interdits : pénétrer dans la chambre de Lúka alors qu'elle n'y était pas autorisée…
Elle connaissait bien cette pièce : lorsque Line vivait là, elle la laissait aller et venir à sa guise. Bien souvent, elle l'avait aidée à coiffer ses longs cheveux ou à choisir ses vêtements. A présent, cela ne risquait plus d'arriver.
La chambre était sombre malgré l'éclairage des néons. Il y avait un moyen de régler la lumière, cependant, Lyen préférait ne pas y toucher. Le lit défait ressemblait presque à un champ de bataille : les draps traînaient sur le sol, entortillés et froissés. Au moins, ils étaient propres. Line avait passé la nuit avec Lúka quelques jours auparavant, il avait sans doute fait quelques efforts. Ceux-ci s'étaient d'ailleurs limités au lit, car des vêtements gisaient sur le dossier des deux chaises ainsi que sur le tapis. Il était étonnant de voir à quel point Lúka et Line étaient semblables : tous deux avaient un sens de l'ordre et de la propreté très restreint. Curieusement, lorsqu'ils vivaient ensemble, l'endroit était moins sale.
Un petit bruit sec attira son attention sur les débris de verre éparpillés sur la moquette bordeaux. Lyen grimaça ; heureusement qu'elle portait ses bottines ! Elle aurait pu se blesser en marchant sur un éclat coupant… Selon toute vraisemblance, Lúka avait passé sa colère sur les cadres contenant les photographies de leur mariage. L'une d'elles, à moitié déchirée, gisait au milieu des morceaux de verre. Les autres se trouvaient sûrement dans la poubelle.
Etouffé par une pile de paperasse, le bureau agonisait dans un coin de la pièce. Lyen s'en approcha, prenant un soin tout particulier à marcher sur les vêtements de Lúka. Certaines lettres portaient le sceau du service de Justice, d'autres celui de DELO Corporation. Plusieurs étaient marquées du logo triangulaire de Z'arkán. Rien de fascinant pour elle. Dévorée par la curiosité, elle ne put s'empêcher d'ouvrir les tiroirs. C'était le moment ou jamais, elle n'oserait sans doute plus revenir fouiner dans les affaires de Lúka. Les deux premiers ne contenaient que des papiers auxquels elle ne comprit pas grand-chose. Ils se rapportaient probablement à son travail ou à DELO Corporation. Le troisième était bien plus intéressant. Sous une couche de dossiers qui n'avaient pas dû être ouverts depuis des années et qui servaient principalement de couverture, elle découvrit des photographies. La plupart représentaient Line ou Mikhail, mais deux d'entre elles montraient Nato. Ses mains se mirent à trembler et ses yeux s'embuèrent de larmes. Sa sœur avait l'air heureuse sur les clichés. Epanouie. Ses cheveux flamboyants entouraient son visage aux traits doux et ses iris paraissaient plus bleus que jamais. Nato était magnifique. Lyen savait qu'elle lui ressemblait, et qu'elle était moins jolie. Sa maigreur donnait à sa mâchoire un aspect anguleux, et au cours des années, ses traits avaient acquis une dureté que ne portaient pas ceux de sa sœur. Ses yeux à elle tendaient plus vers le gris, ombrageux comme un ciel avant l'orage.
À regret, elle reposa les photographies. Elle ne pouvait pas les garder, Lúka ne manquerait pas de remarquer leur absence. Ces monstres l'avaient laissée mourir… Ils auraient pu la sauver, ils en avaient le pouvoir, mais ils l'avaient regardée s'éteindre sans bouger le petit doigt. Elle la vengerait.
Comme elle fouillait plus profondément dans le tiroir — celui-ci semblait sans fond et elle avait déjà trouvé les objets les plus hétéroclites qui soient : l'alliance de Line, une lettre parfumée et écrite dans un langage qu'elle ne connaissait pas et ne parvenait pas à déchiffrer, une fleur séchée, une partition de piano… —, elle découvrit une carte-passeport à son nom. Visiblement, Lúka avait tenu sa promesse. À présent, elle n'en avait plus la moindre utilité, mais elle pourrait toujours servir ultérieurement. Lyen de Haven, née le treize février deux mille quarante-quatre. Ce jour correspondait sûrement à un événement désagréable de la vie de Lúka. Tel qu'elle le connaissait, il n'avait pas choisi une date au hasard. Ou peut-être était-ce le jour de son arrivée dans le Laboratoire ? Elle ne le saurait sans doute jamais. Ici, elle avait perdu toute notion du temps. Elle savait que l'hiver faisait rage, dehors, car Mikhail portait de gros chandails de laine et des bottes fourrées, mais elle n'aurait pas été capable de plus de précisions. Ils étaient en deux mille soixante-dix, le petit garçon avait eu son cinquième anniversaire quelques semaines auparavant. Peut-être étaient-ils en février. Peut-être était-ce même le treize. C'était sans importance. Elle n'attendait ni présents ni gâteau. L'ersatz d'anniversaire que Lúka lui avait préparé une bonne quinzaine d'années plus tôt lui avait suffi. Un instant, elle ferma les yeux, tentant de se rappeler le visage de ses enfants. C'était difficile. Bien des années avaient passé. Et ils étaient si petits ! Quel âge avaient-ils à présent ? Elle prit une profonde inspiration et se ressaisit. Ce n'était ni le lieu ni le moment de penser à eux. Ils étaient entre de bonnes mains, c'était le principal. Et elle avait Mikhail.
Elle fourra la carte-passeport dans sa poche. Lúka penserait sûrement qu'il l'avait égarée. Après tout, avec un désordre pareil, il ne pouvait pas s'attendre à toujours retrouver toutes ses possessions. Et ce ne serait pas la première fois qu'il perdrait quelque chose.
La salle de bain était à l'image de la chambre à coucher : de la mousse à raser séchée gisait sur un coin du lavabo et le miroir était taché de dentifrice. Des vêtements traînaient sur le bord de la baignoire et sur le sol carrelé. Elle saisit la brosse à cheveux : une touffe de cheveux noirs la recouvrait. Ainsi, il arrivait à Lúka de coiffer ses boucles sales et emmêlées. Intéressant. En tout cas, le résultat l'était moins. Ses cheveux à elle avaient pris un aspect rêche, à force d'être agressés par le savon, et flottaient devant son visage en mèches presque rigides. Elle s'observa un instant dans le grand miroir : trop grande, trop maigre, le teint aussi pâle que le carrelage blanc, les bleus qui ressortaient comme des taches de peinture sur ses pommettes saillantes, la lèvre inférieure encore un peu enflée des derniers assauts de Lúka, la combinaison grise qui avait pris une couleur brunâtre là où le sang l'avait souillée… Elle avait envie de pleurer. Princesse d'Eaven, hein ? Si son père la voyait ainsi… Aurait-il honte ? pitié ? Serait-il en colère contre ceux qui avaient fait d'elle ce qu'elle était devenue ? Elle posa les mains sur son ventre. Elle avait porté tellement d'enfants… Deux avaient survécu. Et deux autres étaient sûrement encore en vie, malgré les dires de Line et de Lúka. Elle le sentait au fond d'elle-même. Aurait-elle un jour son enfant bien à elle, comme la femme en noir le lui avait promis ?
Le temps jouait en sa défaveur : elle devait se dépêcher. La tentation d'une douche chaude était plus forte que le dégoût de la saleté qui régnait dans la pièce. Vite, elle se dévêtit, évitant cette fois son reflet dans le miroir. Elle jeta un dernier coup d'œil à la chambre pour être sûre que personne n'était en vue. Le risque était énorme, mais si elle faisait vite, elle échapperait à Lúka. Quoi qu'il fasse avec sa sœur dans la chambre de leur père, cela leur prendrait un certain temps, sinon Line n'aurait pas jugé nécessaire de laisser un message à William.
Elle entra dans la cabine de douche et ferma les yeux, savourant avec plaisir la sensation délicieuse de l'eau sur sa peau.
***
William reposa le mot de Line sur la table, les sourcils froncés. C'était vraiment très curieux : la jeune femme l'avait appelé près d'une heure auparavant, laissant un message sur sa boîte vocale. Elle semblait nerveuse, inquiète, et il l'avait rappelée dès qu'il l'avait pu, mais elle n'avait pas répondu. A présent, elle lui parlait de pousser un X rouge, et il n'était pas loin de croire qu'elle se moquait de lui. Sans doute Lúka et elle voulaient-ils lui faire une plaisanterie, ce qu'il n'apprécierait guère dans un moment pareil. Il avait abandonné une réunion importante pour retrouver Line, et cela ajouté à l'empressement que son amie avait eu de rendre à nouveau visite à Lúka acheva de le mettre de mauvaise humeur. Elle était revenue, oui. A deux heures du matin… Ils avaient échangé quelques mots, avant qu'elle ne s'empresse de lui dire qu'elle retournerait voir Lúka le lendemain. Comment pouvait-il espérer commencer une relation sérieuse avec elle si elle passait son temps avec son ex-mari ?
La cinquième porte à gauche… Will soupira et s'engagea dans le long couloir sombre. Malgré ses nombreuses visites chez Lúka, le bunker lui laissait toujours une impression étrange : avec son mobilier ancien et ses couleurs foncées, l'endroit était plutôt dérangeant. Il n'aurait pas aimé s'y retrouver seul en pleine nuit, et encore moins en cas de coupure de courant…
Une porte s'ouvrit sur sa droite, le tirant de ses réflexions maussades. Il sursauta et eut juste le temps d'apercevoir un visage effrayé, qui n'était ni celui de Line, ni celui de Lúka, et la porte se referma. Will se demanda s'il s'agissait d'une des formes de Z'arkán et, poussé par la curiosité, il entra dans la chambre. Là, recroquevillée dans un coin de la pièce, une femme vêtue d'une combinaison grise lui jeta un regard terrorisé sous une masse de cheveux encore mouillés. Elle prononça quelques mots qu'il ne comprit pas, mais reconnut comme étant du français.
— Z'arkán ? demanda-t-il.
La femme se contenta de le fixer et Will commença à se dire qu'il s'était peut-être trompé. Qui était-elle ? Une amie de Lúka ? Une femme de ménage légèrement agoraphobe ? Une cambrioleuse ?
— Je suis désolé, je ne voulais pas vous déranger, s'excusa-t-il. J'ai pensé que vous étiez peut-être Z'arkán.
Son discours n'était pas très cohérent, il s'en rendait compte. La femme ne connaissait probablement pas Z'arkán.
— Je… Je ne comprends pas, bafouilla-t-elle dans un anglais presque méconnaissable.
Sans doute était-elle française. Tout le monde parlait l'anglais, cependant, quelques noyaux communautaires au patriotisme exacerbé s'entêtaient à aller à l'encontre de l'uniformisation linguistique. Les Français s'étaient toujours montrés très récalcitrants à l'apprentissage de nouvelles langues. Il n'y avait qu'à entendre Line parler l'anglais… Une grammaire parfaitement correcte, mais un accent à faire mourir de rire une vache texane au milieu de son pré. Néanmoins, la barrière de la langue n'expliquait pas la peur manifeste que cette femme semblait éprouver à son encontre.
— Je ne vous veux pas de mal, lui assura-t-il, tendant une main dans un geste qu'il espérait amical. Ne craignez rien !
Il lui sourit, et lentement, la femme parut se détendre. Elle se redressa après un moment d'hésitation et se tint dans le coin de la pièce, gauche et toujours très effrayée. Ses cheveux cachaient son visage et il lui était difficile de déterminer son âge. Elle était jeune, visiblement, mais il ne savait pas à quel point. S'agissait-il de la mystérieuse maîtresse de Lúka ? Non, il lui avait dit qu'elle était chinoise. Cette fille-là n'avait rien d'une asiatique. Sous la lumière glauque des néons, ses cheveux mouillés prenaient des reflets roux. La jeune Line était noiraude, s'il se souvenait bien des confessions de son ami.
— N'ayez pas peur ! insista-t-il. Je ne vous ferai rien !
Le coin de la pièce était plutôt sombre, trop éloigné des lumières principales. Et Will ne savait pas comment allumer les autres néons. Cela n'aurait de toute manière pas été une brillante idée : la femme risquait de prendre peur. A pas lents, elle s'avança vers lui, les yeux baissés, les mains cachées derrière son dos. Avait-elle volé quelque chose ? Cela expliquerait son comportement… Elle était presque aussi grande que lui ; il ne la dépassait que d'un ou deux centimètres. Et sa maigreur faisait peine à voir. Sous la combinaison gris sale, ses épaules osseuses et ses clavicules saillantes criaient famine. Will se demanda comment elle tenait encore debout : elle paraissait si fragile ! Enfin, elle fut à quelques pas de lui. Elle sentait la sueur et le savon, un mélange plutôt curieux.
— Regarde-moi…
Elle garda la tête résolument baissée. Il avança la main pour écarter les cheveux qui tombaient devant son visage et elle recula aussitôt, paniquée. Avait-elle été battue ? Peut-être avait-elle peur de recevoir un coup !
— Je ne te ferai rien ! Je ne vais pas te frapper… Qu'est-ce que tu caches, derrière ton dos ?
Il savait qu'elle ne pouvait pas le comprendre, cependant il espérait que son ton amical et rassurant viendrait à bout de sa frayeur manifeste. Après quelques secondes, la femme se détendit à nouveau et lui jeta un regard timide derrière le rideau de ses cheveux. Cette fois-ci, lorsqu'il tendit la main pour la toucher, elle se crispa mais ne chercha pas à éviter le contact. Will écarta les mèches mouillées, dévoilant un visage étrange et marqué d'ecchymoses d'un bleu qui virait au jaune par endroits. Elle avait fermé les yeux, les paupières plissées en une grimace presque enfantine.
— On t'a fait du mal, n'est-ce pas ? murmura-t-il. Tu t'es enfuie de chez toi et tu t'es réfugiée ici ?
Elle était jeune. Un peu plus de la vingtaine, sans doute. Et vraiment maigre. Il eut une brusque envie de la ramener chez lui et de s'occuper d'elle : lui donner des vêtements propres et plus chauds, lui préparer un repas sain, soigner ses blessures. Mais il ne savait rien d'elle. Lúka la connaissait peut-être : après tout, si elle avait pu pénétrer dans le bunker, elle devait avoir un code d'accès. Son ami lui en avait donné un, lorsqu'il avait commencé à venir lui rendre visite plus souvent. William doutait sincèrement que cette femme ait pu s'introduire chez Lúka sans qu'il n'en sache quelque chose.
Il retira sa main et elle baissa à nouveau la tête, cachant ses yeux. Elle regarda derrière lui, puis autour d'elle. Il se trouvait entre elle et la porte, et cela ne lui plaisait visiblement pas.
— Comment t'appelles-tu ? demanda-t-il.
Elle ne pouvait pas ne pas connaître cette phrase : c'était une des premières que les enfants apprenaient à l'école. Mais peut-être n'était-elle pas allée à l'école ? Peut-être souffrait-elle de troubles mentaux, ce qui expliquerait son comportement ? Cependant, il y avait aussi les bleus sur son visage… Qui l'aurait frappée ?
— Je suis Will, continua-t-il comme elle ne répondait pas. Et toi ?
Elle secoua la tête. Soit elle ne comprenait pas, soit elle ne souhaitait pas lui dévoiler son nom. Il aurait pu s'écarter de son chemin et la laisser s'enfuir, mais il était intrigué. S'il pouvait l'aider, de quelque manière que ce soit, il tenait à le faire. Il tendit à nouveau la main.
— Montre ce que tu caches… Allez ! Je ne te ferai rien. Je ne le dirai à personne.
Elle comprenait sans doute bien plus que ce qu'elle laissait entendre, car elle avança lentement une main vers lui. Il sourit d'un air encourageant. Avec une grande timidité, elle toucha ses doigts, et il referma tout doucement sa main sur la sienne. Il n'avait cessé de la fixer, mais ce contact avait quelque chose de vraiment très étrange, et il ne put s'empêcher de baisser les yeux sur leurs deux mains jointes. Non, il ne rêvait pas, elle avait un sixième doigt… Il rouvrit la main pour détailler la sienne. D'une étonnante docilité, elle se laissa faire sans la moindre objection. Ses six doigts étaient parfaitement formés, ils semblaient fonctionnels. Un deuxième majeur, à peine plus petit que le premier, s'insérait tout naturellement à côté de son annulaire. William avait entendu parler de ce genre d'anomalies génétiques et avait vu quelques photos, qui circulaient sur le réseau. Mais c'était la première fois qu'il avait l'occasion d'observer ce phénomène sur une personne de chair et de sang. Il lui demanda son autre main, qu'elle lui confia avec beaucoup de bonne volonté. Là aussi, il comptait six doigts. C'était surprenant ! Au poignet gauche, elle portait le même bracelet que Line et Lúka. Lorsqu'elle vit où son regard s'était porté, elle retira ses deux mains et rabattit la manche de son pull sur l'objet. Il avait toujours cru que ce bracelet était une sorte de porte-bonheur, un bijou fétiche dont les deux ne se séparaient jamais. Du plus loin qu'il se souvienne, il ne les avait jamais vus sans. Faisaient-ils partie d'un mouvement religieux ? D'une secte ? Ce n'était pas leur genre, mais il comprenait mal comment expliquer la présence de ce bracelet.
La jeune femme s'agitait à nouveau, et cette fois, il s'écarta de son passage, encore trop choqué par ce qu'il venait de découvrir pour chercher à la retenir plus longtemps. Elle n'avait rien volé, c'étaient ses mains qu'elle cachait. Et peut-être aussi ce mystérieux bracelet noir. Elle s'apprêtait à quitter la pièce, lorsqu'elle sembla se raviser. Il lui jeta un regard surpris. Son mouvement fit voler ses cheveux et la lumière du néon dévoila deux immenses yeux gris, fendus d'une pupille oblongue. Des yeux de chat. Avant qu'il n'ait pu se remettre de ses émotions, elle plaqua un baiser sur sa joue.
— Je suis Lyen, lui chuchota-t-elle à l'oreille, avant de détaler à toutes jambes.
Commentaires
1. Le vendredi 16 juillet 2010 à 03:50, par Sylphide
2. Le vendredi 16 juillet 2010 à 18:24, par kim
3. Le mardi 10 août 2010 à 14:53, par Mélie
4. Le mercredi 30 mai 2012 à 15:09, par Hino
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