PROLOGUE

Lúka avait l'impression que le couloir n'en finissait pas, effet probablement dû à l'obscurité. En levant la tête, il distingua des rangées de néons et se dit qu'il devait y avoir un commutateur quelque part. A une bonne quinzaine de mètres derrière lui, la lumière de la chambre de son père était comme une fenêtre ouverte dans une pièce sombre, éclatante. Mais s'il continuait à marcher, elle ne serait plus assez forte pour diriger ses pas. Il frissonna, frottant vigoureusement les manches de son pull pour se réchauffer. Pourquoi faisait-il soudain aussi froid ? La température avait chuté de plus de dix degrés en à peine quelques mètres ! Il croisa les bras sur sa poitrine, les mains bien au chaud dans le tissu. Tout en continuant son avancée, il se demanda ce qui se passerait si la paroi basculait. Et s'il ne parvenait pas à ressortir de ce couloir ? Il s'était débarrassé de sa montre quelques heures plus tôt, il n'aurait aucun moyen de prévenir qui que ce soit ! Son entreprise était insensée, c'était bien trop périlleux ! Malgré tout, il continua à marcher droit devant lui. En se retournant, il vit que la lumière de la chambre n'était plus qu'un petit rectangle, qui diminuait encore. À combien de mètres de la porte pouvait-il se trouver ? cinquante ? cent ? Difficile à dire sans le moindre repère.

Il trébucha et se retint à la paroi ; celle-ci ruisselait d'humidité. Il ne s'étonna plus des frissons qui courraient sur sa peau ni de l'air glacé : les murs n'étaient pas de métal, comme il l'avait cru, mais de pierre. Il se trouvait au cœur de la montagne ; ce couloir avait été creusé à même la roche. Peut-être devrait-il vraiment rebrousser chemin ! Il avait si souvent traité sa sœur d'inconsciente, d'irresponsable, alors qu'à présent, il se comportait de manière stupide et irréfléchie. Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité presque complète et il distingua une brusque bifurcation, à quelques mètres devant lui. Il résolut de passer ce virage : si le couloir continuait, il rebrousserait chemin et remettrait l'expédition au lendemain, avec une lampe de poche et des vêtements chauds. Sinon…

Il buta presque contre une immense porte. À tâtons, il chercha une poignée, ses doigts essayant de retracer les contours anguleux, et n'en trouva aucune. Pas de verrou, non plus. Cette porte avait quelque chose d'étrange. D'ailleurs, on ne pouvait pas vraiment parler de porte : il s'agissait plutôt d'une lourde plaque de métal enfoncée dans la roche. Lúka était certain que le tunnel se prolongeait derrière cet obstacle très irritant. Transi de froid et après quelques minutes passées à triturer la surface de cette porte jusqu'à s'en blesser la peau, il s'avoua vaincu. Il reviendrait avec de la lumière, et cette fois, il se montrerait plus prudent…