CHAPITRE VI
Lúka avait cru que William prendrait cette plaisanterie de mauvais goût beaucoup plus mal. En réalité, l'homme avait jeté un bref coup d'œil à l'écran, avait haussé les épaules et ne s'était pas fendu du moindre commentaire, montrant par son attitude l'importance qu'il portait à ce genre d'élucubrations. Luka lui en était reconnaissant, néanmoins cela ne diminuait pas son malaise : partout où il posait les yeux, quelqu'un détournait le regard avec gêne. C'était invivable. Il décida finalement de s'enfermer dans son bureau en compagnie de sa colère. Une demande d'approbation pour un projet d'extension de Z'arkán aux ordinateurs de bord des navettes attendait sa signature, mais il n'était pas d'humeur à lire une centaine de pages de paperasserie administrative. Il devait d'ailleurs avouer qu'il n'était pas d'humeur à faire quoi que ce soit, mis à part peut-être pirater et saboter le tirage du journal populaire qui avait osé le ridiculiser aux yeux de ses employés. Il essaya de s'occuper pendant quelques minutes, sans le moindre succès. Après avoir relu quinze fois le même paragraphe sans le comprendre, il soupira et relégua le dossier dans un coin sombre et hostile de son ordinateur.
Il prit sa tête entre ses mains, désespéré. Depuis plus d'une semaine, il ne pensait qu'à Line, et son travail s'en ressentait. Deux jours plus tôt, elle lui avait dit qu'elle voulait le divorce, et il savait bien que tout était de sa faute. Elle était très fragile, et il n'aurait jamais dû s'emporter lorsqu'il avait été la voir à l'hôtel. A présent, elle l'avait forcé à accepter toute une liste de conditions plus sévères les unes que les autres, et il voyait mal comment il pourrait revenir en arrière. Au moins, elle ne lui avait pas encore envoyé la demande de divorce.
Un bip se fit entendre, lui signalant l'arrivée d'un nouveau message. Il releva la tête. La journée avait tellement mal commencé qu'il n'aurait même pas été étonné qu'il s'agisse justement de cette demande… Mais visiblement, le destin avait jugé sa punition assez sévère, et ce n'était qu'un courriel du responsable marketing. Il consulta l'horloge digitale de son écran. Neuf heures six. Dans cinquante-quatre minutes, le journal diffuserait l'article tant attendu par ses employés. Lúka essayait de se dire qu'il s'en moquait, il savait bien qu'il était aussi curieux que les autres. Avec un teaser pareil, les gens seraient sûrement attroupés autour des panneaux publicitaires, les yeux brillant d'impatience. Evidemment, la plupart d'entre eux savaient que ces articles n'étaient que des canulars, mais ils ne pouvaient pas résister, ravis de pouvoir baver sur leur prochain. Ces journaux attaquaient tout le monde, même le Président de l'Union. Cependant, tant qu'ils ne dénonçaient pas des affaires d'état et qu'ils n'enfreignaient pas la loi, ils étaient libres de publier ce que bon leur semblait. Après tout, ils survivaient grâce à la publicité, et les grandes sociétés pharmaceutiques ou les industries métallurgiques qui les sponsorisaient n'étaient que trop heureux que leurs gros titres attirent les curieux.
Finalement, il n'y tint plus et se connecta à sa version personnelle de Z'arkán. Au bureau, il n'avait pas de capteurs sensoriels, mais de toute façon, il n'avait pas la moindre intention d'attirer l'attention, et n'activa même pas l'interface holographique, se contentant des lignes de commande. Il savait parfaitement comment faire pour réduire à néant le système de sécurité du journal, et cela ne lui prit pas plus de cinq minutes. Enfin, il allait en avoir le cœur net…
***
Peu avant dix heures, William frappa à la porte de son bureau, et Lúka s'empressa de faire disparaître les photos qui s'étalaient maintenant sur son écran. Il se cala dans son fauteuil, essayant de paraître neutre et parfaitement indifférent. Son ami entra et s'assit sur le fauteuil qui lui faisait face. Il semblait plutôt ennuyé.
— Lúka, il faut que je te parle d'un truc, commença-t-il.
— Vas-y, je t'écoute.
— C'est à propos de Line. Je l'ai accompagnée en ville hier après-midi, et je pense que c'est à cause de ça que les journaux nous sont tombés dessus.
— Tu as vu juste.
— Pardon ? s'étonna William.
— Je viens d'entrer dans leur système de publication, et j'ai découvert l'article que tout le monde attend.
— Tu as quoi ?!!
— Cet article est rempli de photographies de Line et toi, continua-t-il sans tenir compte de l'interruption de son ami. Ils n'y sont pas allés de main morte et vous soupçonnent d'avoir une liaison, ajouta-t-il d'un ton sombre.
— Lúka…
— Will, tu es mon meilleur ami, je te fais confiance. Ils cherchent chaque semaine une nouvelle victime, et cette semaine, c'est tombé sur vous deux. Je suis navré.
— Dis-moi que tu n'as pas fait ça, je t'en prie.
— Fais quoi ?
— Tu es vraiment entré dans le système de publication du journal ?
— Mais oui, bien sûr ! Ils utilisent Z'arkán, ça n'a pas été difficile de me connecter à leur serveur ! Et leur système de sécurité est tellement ridicule que même un enfant pourrait le franchir, se moqua-t-il.
— Tu n'as pas le droit de faire une chose pareille ! S'ils l'apprennent, ils pourraient nous traîner en justice pour cela !
— Et alors ? Je pourrais également les traîner en justice pour diffamation ! Selon ce journal, vous vous êtes déjà rencontrés plusieurs fois, seuls.
— Tu sais que j'ai aidé Line pour l'appartement qu'elle voulait acheter. Evidemment que nous nous sommes rencontrés plusieurs fois ! Mais cela ne justifie pas une intrusion pirate dans leur système ! Tu es devenu cinglé ou quoi ?
— Je sais parfaitement ce que je fais, et ne t'inquiète pas, personne ne pourra le découvrir. Je ne laisserai pas ces gens vous accuser d'avoir une liaison. Line ne le supportera pas. Je vais simuler un plantage de leur serveur, et les données seront perdues. Ni vu ni connu.
— Et ils nous attaqueront en justice, puisque c'est notre système qu'ils utilisent, contra William. C'est ça que tu veux ? Ce journal est un gros investisseur, on ne peut pas se le permettre ! La nouvelle se répandra, et nous perdrons nos clients. Nous avons mis en avant la fiabilité de Z'arkán dans toutes nos conférences, comment crois-tu que les gens accueilleraient la chose ?
— Je n'avais pas pensé à ça, soupira Lúka. Tu as raison, c'est une mauvaise idée. Mais comment peux-tu les laisser te calomnier sans rien faire ?
— Je n'ai pas le choix. Tu crois peut-être que ça me fait plaisir ? Rosa ne risque pas de prendre ça très bien, en tout cas. Mais il faut savoir mettre ses problèmes personnels de côté si on veut se montrer efficace.
— Tu dis ça pour moi ?
— Non, pour la postérité, rétorqua-t-il. A ton avis ?
Lúka lui jeta un regard noir.
— Excuse-moi, lâcha William. Je n'ai pas le droit de te sermonner comme ça.
— C'est rien. Tu as raison, de toute manière. Je me suis laissé emporter par ma colère.
— Ecoute, il faut que je te parle de Line, avança-t-il.
Le ton de sa voix n'avait plus rien d'autoritaire, et Lúka le dévisagea, surpris.
— Ce soir, je vais aller chercher ton fils pour le prendre quelques jours chez moi, et je pense que tu devrais en profiter pour tenter de lui parler. Vous serez seuls tous les deux, ce sera sans doute très différent.
— Tu oublies qu'elle ne veut pas me voir.
— Essaie quand même. Apporte-lui des fleurs, quelque chose. Fais un geste romantique.
— Tu crois que ça suffira ? Je la connais, elle me jettera les fleurs au visage.
— D'un côté, tu l'as peut-être un peu cherché, insinua-t-il.
— Je sais. Mais si je peux me permettre de te parler d'homme à homme, Will…
— Vas-y, tu peux me dire n'importe quoi, cela ne sortira pas de cette pièce.
— Surtout depuis que j'ai désactivé les micros, ajouta Lúka, s'attirant un regard incrédule de son ami. Bref. C'est à propos de Line.
— Je m'en doutais un peu, figure-toi.
— Oui, mais… C'est… C'est plutôt personnel, si tu vois ce que je veux dire…
Il avait les joues rouges, et William l'avait rarement vu aussi mal à l'aise. Il se crut revenu deux jours en arrière, lorsque Line essayait de lui parler du manque d'intérêt de Lúka à son égard. Visiblement, il allait l'entretenir très exactement de la même chose, et Will aurait sans doute trouvé la situation plutôt comique s'il n'avait pas été aussi impliqué.
— Tu te demandes sans doute pourquoi j'ai eu envie d'aller voir ailleurs. Tu dois te dire qu'avec une femme aussi belle et charmante que la mienne, aucun homme n'aurait risqué son mariage pour une nuit avec une autre.
— Cette pensée m'a effleuré l'esprit, en effet.
Lúka prit une feuille sur son bureau et commença lentement à la plier, incapable de laisser ses mains tranquilles, comme toujours lorsqu'il était gêné. William suivit des yeux le mouvement régulier de ses doigts.
— Line t'a dit que nous nous connaissions depuis de longues années, avant notre mariage ?
— Oui, elle me l'a mentionné.
— Je… C'est difficile de te parler de ça, je me sens un peu bête, avoua-t-il.
— Je ne me moquerai pas de toi, tu le sais.
Plus que jamais, il se sentait comme un grand frère à qui on vient demander des conseils. Il n'aimait pas cela. Pas que le rôle du grand frère lui déplaise, mais il était terriblement mal à l'aise face à Lúka. Après tout, il avait trahi sa confiance : ce qui s'était passé entre Line et lui n'avait pas dépassé le stade des baisers, cependant, cela ne rendait pas cet acte moins grave.
— Très bien. Je vais arrêter de tourner autour du pot, décréta Lúka, cessant pour quelques secondes son pliage complexe. Line a été la première.
— Je ne vois pas pourquoi tu te sentais bête de me dire ça. Vous vous êtes rencontrés très jeunes, c'est assez naturel que cela se soit passé comme ça.
— J'imagine que tu as raison. Nous nous sommes mis ensemble, puis nous nous sommes séparés pendant quelque temps, expliqua-t-il.
William fut un peu surpris. Line ne lui avait pas parlé d'une séparation.
— Pendant un moment, j'étais avec une autre fille. Je l'aimais beaucoup, elle me plaisait, mais ce n'était pas Line, tu comprends ? Je ne pouvais pas l'oublier. Elle ne voulait plus de moi, et je n'arrivais pas à me faire une raison. Finalement, nous avons fini par nous remettre ensemble.
— Et cette fille ?
— Elle est morte, lâcha Lúka.
Son ami tenta de le cacher, cependant, il était choqué. Morte ?
— Elle était très malade, expliqua-t-il. C'était une fille bien. Par bien des côtés, elle était plus stable et plus mature que Line, mais bon, l'amour ne choisit pas, c'était Line que je voulais. Nous nous sommes remis ensemble, nous nous sommes mariés et notre fils est né. Et là, j'ai rencontré Line.
— Pardon ?
— Oui, le comble, c'est qu'elle s'appelle Line aussi.
— Tu plaisantes ?
— Est-ce que j'ai l'air de plaisanter ?
Lúka plongeait ses yeux verts dans les siens, le visage grave. L'espace d'un instant, William eut une brusque impression de déjà-vu, et plus que jamais, il trouva la ressemblance entre son ami et sa femme assez frappante.
— Et laisse-moi deviner, elle est blonde aux yeux verts, aussi ? lança-t-il pour cacher son trouble.
— Non, elle a les cheveux noirs. Ses yeux sont verts, c'est vrai. Mais ils sont bridés.
— Japonaise ou chinoise ?
— Métissée. Chinoise, je pense.
— Elle est belle ?
— A couper le souffle. Mais ça n'a rien à voir. Ce n'est pas pour ça que j'ai craqué. En réalité, je ne pourrais même pas expliquer pourquoi cette fille m'attire tant. Je crois que j'aime bien son côté têtu et rebelle. J'avais peut-être besoin de ça, je ne sais pas… Je voulais voir comment ce serait, avec une autre femme, sans doute. J'imagine que Line s'est empressée de te dire à quel point elle est jeune, n'est-ce pas ?
— Elle me l'a dit, en effet, confirma William.
— Je ne suis pas un anormal ! se défendit Lúka. Jamais encore une fille de son âge ne m'avait attiré. Mais elle… Elle est si différente ! Jamais on ne croirait qu'elle est si jeune ! Elle a insisté, elle a tout fait pour me séduire, et je l'avoue, j'ai été faible et j'ai cédé. Mais c'est ce que j'aime, chez elle ! Elle me montre que je lui plais, tu comprends ?
— Non, répondit franchement son ami. Tu es amoureux d'elle ?
— Je ne sais pas. Je pense beaucoup à elle, c'est vrai, mais je ne sais pas si c'est de l'amour. Je pense beaucoup plus à ma femme, évidemment.
— Tu l'as revue ?
— Non.
— Mais tu aimerais la revoir ?
— Je pense que oui.
— Tu devrais réfléchir à ce que tu veux vraiment, avant de revoir l'une ou l'autre, conseilla William.
— Je n'ai pas besoin de réfléchir, je sais que je veux récupérer ma femme, appuya Lúka. Par tous les moyens.
William baissa les yeux, incapable de soutenir son regard. Il se sentait encore plus misérable d'avoir fait ce qu'il avait fait, cependant, l'avouer à Lúka ne résoudrait pas ses problèmes, au contraire.
— Je sais que tu as trompé Rosalyn, reprit-il.
— Qui t'a dit ça ?
— Je le sais, c'est tout. Il y a eu au moins la fois où nous étions à Chicago, il y a trois ans. Mais je suis certain que ce n'était pas la première fois. Ni la dernière.
— Tu as raison, soupira William. C'est vrai, j'ai trompé ma femme. A plusieurs reprises. Et ce n'est pas une raison pour faire de même.
— Mais Rosalyn ne t'a pas mis à la porte, et elle n'est pas partie en emmenant tes enfants.
— Non, mais elle n'a jamais découvert mon infidélité.
— Et si elle apprenait la vérité, penses-tu qu'elle le ferait ?
Le regard que lui jetait Lúka lui glaça le sang, et il se demanda soudain s'il savait à propos de Line et lui. Aussitôt, il chassa cette pensée de son esprit ; c'était impossible. D'ailleurs, son ami baissait déjà les yeux, reprenant son pliage.
— Je ne sais pas ce qu'elle ferait, admit-il. Je ne pense pas qu'elle partirait. Mais elle m'en voudrait et me mènerait sans doute la vie dure pendant un temps indéterminé.
— Tu crois que Line acceptera de se remettre avec moi ? demanda Lúka sur un ton presque suppliant.
— Elle t'aime toujours et elle a vraiment envie d'être avec toi. Cependant, elle a beaucoup souffert et il lui faudra du temps.
Lúka avait presque terminé sa rose de papier. Il releva la tête et soupira, avant de la jeter dans la corbeille d'un tir précis et parfait. William découvrit que celle-ci était remplie de roses de papier, finies ou à demi finies.
— Je n'ai pas le choix, de toute façon, conclut-il. J'attendrai.
Il consulta l'horloge digitale, qui affichait à présent dix heures quinze.
— Allons les affronter, reprit-il.
— Lúka…
— Soyons soudés, Will. S'ils nous voient nous comporter tout à fait comme d'habitude, sans tenir compte de cet article, ils comprendront que ce ne sont que des mensonges.
William lui fit un sourire chaleureux. A l'intérieur, il se sentait plus mal que jamais : il avait trahi son meilleur ami, et celui-ci, malgré les preuves accablantes, continuait à lui accorder sa confiance. Il avait tourné l'écran vers lui et regardait à présent les photographies de Line et lui. Ils étaient trop proches, enlacés bien trop intimement pour que le moindre doute puisse subsister. N'importe qui voyait qu'ils étaient plus que des amis. Lúka connaissait bien Line, et il n'était pas aveugle. Il avait forcément dû remarquer l'évidence. Pourtant, il continuait à l'appeler son ami et à le traiter en tant que tel. C'était incompréhensible. Soit Lúka savait la vérité, mais avait décidé pour une raison connue de lui seul de ne pas lui en vouloir et d'accepter les choix de Line, soit il était le dernier des imbéciles.
***
Lúka frappa son bureau du poing, renversant par la même occasion la tasse de café froid qui traînait là depuis plusieurs jours. Z'arkán vint s'asseoir près de lui et prit ses mains dans les siennes. Il se dégagea, lui lançant un regard mauvais.
— Tu le savais ! l'accusa-t-il. Tu savais ce qui se passait, et tu ne m'as rien dit !
— Et si je te l'avais dit, qu'est-ce que cela aurait changé ?
Il ne répondit rien, conscient malgré sa fureur qu'elle avait parfaitement raison.
— Je croyais qu'il était mon ami ! se plaignit-il. Je lui faisais confiance ! Je lui ai dit d'aller parler à Line, et il…
— Tu devrais éponger ce café avant qu'il ne coule sur la moquette, coupa Z'arkán en désignant la tache brune à pois bleu-vert qui s'étalait peu à peu, s'approchant dangereusement du bord du bureau.
Lúka prit un paquet de mouchoirs et commença à nettoyer les dégâts, les tympans bourdonnants.
— Je ne peux pas croire qu'il ait fait une chose pareille !
— Tu sais qu'il n'est pas à blâmer. C'est ta sœur qui l'a séduit. Elle n'a pas hésité à se servir de son don pour abattre ses réticences.
— Je t'interdis de dire du mal de Line ! Tu ne la connais pas !
— Oh, non, tu peux m'accuser de tout ce que tu veux, mais pas de ne pas connaître Line. Pendant presque cinq ans, je l'ai étudiée, jour après jour. Je la connais mieux que personne. Et mieux que toi. Elle n'a aucun scrupule. Elle est absolument prête à tout pour parvenir à ses fins.
— Et son but, c'est quoi, puisque tu es si maligne ?
— Te faire souffrir. Je crois qu'elle s'en sort assez bien, jusqu'à maintenant.
— Tais-toi ! cria-t-il. Je t'interdis de dire ça ! Elle n'est pas comme ça !
— Pense ce que tu veux. De toute manière, tu n'en fais toujours qu'à ta tête. On voit bien où ça t'a mené.
Avant même qu'il se rende compte de ce qu'il faisait, Lúka la gifla violemment et la repoussa. Elle tomba sur le sol avec un cri de douleur et appuya sa main sur sa joue qui se colorait de rouge, les yeux remplis d'incompréhension.
— Tu m'as frappée ?!!
— Je suis désolé, murmura-t-il. Je ne voulais pas faire ça…
— Mais tu l'as fait !
Elle se releva et se planta devant lui, les lèvres pincées. La marque sur sa joue était très visible ; Lúka avait frappé fort. Il s'apprêtait à s'excuser à nouveau, lorsqu'elle lui envoya un coup de poing en plein visage. Il ne chercha même pas à esquiver le coup suivant, et se contenta d'essuyer le sang qui coulait de ses lèvres, trop choqué pour réagir.
— C'est la dernière fois que tu lèves la main sur moi, c'est bien compris ? siffla Z'arkán.
— Mais t'es malade ?!! Qu'est-ce qui t'a pris de me frapper comme ça ?
— Tu penses peut-être que Line n'aurait pas rendu les coups ? Tu la connais bien mal.
— Je ne l'aurais jamais frappée.
— Tu m'as frappée, moi, lui fit-elle remarquer.
— Tu n'es pas Line.
— Cet état de fait n'a pas eu l'air de te traverser l'esprit, la nuit dernière.
Lúka rougit. Il tamponna sa lèvre, utilisant sans s'en rendre compte le mouchoir imbibé de café. Il le jeta au loin, dégoûté par le mélange de la poussière et de la moisissure.
— Ne recommence pas. La prochaine fois, je frapperai beaucoup plus fort, prévint-elle. Tu ferais mieux de ne pas tenter ta chance. Et ce soir, tu dormiras sur le canapé. Je ne veux pas de toi à côté de moi.
— Tu te fous de moi ? Je dors où je veux, c'est ma chambre. Personne ne t'oblige à occuper mon lit, à ce que je sache, répliqua Lúka.
La fureur avait éliminé les dernières traces de culpabilité, et à présent, il était presque prêt à la frapper à nouveau. Cependant, la douleur à sa lèvre était encore trop vive, et il n'avait jamais appris à rendre les coups. Frapper Lyen était une chose, se défendre contre une entité qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa sœur en était une autre. D'autant plus que Z'arkán n'était pas faite de chair et de sang : les coups ne la blesseraient pas, en revanche, elle se servirait de sa capacité à générer des impulsions électriques pour l'atteindre lui.
— Non, personne ne m'y oblige. Mais à partir de maintenant, toi et moi, on va reconstruire notre relation sur des bases complètement différentes. Je ne suis ni ton esclave, ni ton punching-ball. Si tu veux que je fasse plus que les tâches courantes, il faudra que tu le mérites. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, Lúka, je ne suis plus ta chose.
Lúka sentit un frisson remonter le long de son échine : il l'avait créée, il lui avait donné l'intelligence et la puissance, le pouvoir d'agir à sa guise et de gérer les réseaux mondiaux. Et elle lui échappait… Z'arkán était clairement devenue incontrôlable, et il était le seul fautif.
***
La valise de Mikhail était prête, et le petit garçon attendait sagement dans le fauteuil devant l'holovision. Il fixait le projecteur sans le voir, les yeux perdus dans le vague. Assise à la table à quelques mètres de lui, sa mère lisait, nerveuse. Elle passa la main dans ses cheveux pour la quatrième fois en moins d'une minute et mordilla l'ongle de son pouce, ne quittant pas les pages du regard. Lyen était sur le balcon et tentait de se réhabituer à l'air pur, les doigts crispés sur la barrière de sécurité et le visage blême. Au vingt-septième étage, la terre ferme était loin et les passants se réduisaient à de petits points colorés.
La sonnette les fit tous sursauter, et Line se dépêcha de remettre de l'ordre dans ses cheveux. Elle ordonna à Lyen de battre en retraite dans la chambre, et la femme s'exécuta, à la fois déçue et soulagée d'avoir à quitter le balcon. Puis, elle alla ouvrir, souriant déjà à l'idée de revoir William, malgré le malaise qui l'habitait encore. L'homme entra, mais lorsqu'elle voulut l'embrasser, il détourna la tête.
— Line, non.
Elle lui jeta un regard rempli d'incompréhension et recula, blessée.
— Je suis désolé, murmura-t-il.
— Ouais, c'est ça, marmonna-t-elle.
Il la dévisagea tristement et soupira. Ce n'était pas le moment. Et Mikhail était à quelques mètres. Même s'il ne semblait pas leur prêter la moindre attention, William savait qu'il était très conscient de ce qui se passait entre eux.
— On en parle plus tard, tu veux bien ? Je n'ai pas beaucoup de temps. Mikhail est prêt ?
— Oui. Il est impatient de partir avec toi.
A ces mots, Mikhail tourna la tête dans leur direction et leur jeta un regard dénué de toute lueur d'intérêt.
— Il a l'air impatient, en effet. Mikhail, si tu ne veux pas venir, je ne veux pas t'obliger.
— Je veux venir, appuya-t-il.
Il glissa hors de son fauteuil et essaya de soulever sa valise. William se précipita pour l'aider.
— Line, il ne vient que quelques jours, ce n'était pas la peine de lui faire emmener la totalité de sa garde-robe, lui reprocha-t-il.
— On ne sait jamais.
— Tu as vu l'article ? demanda-t-il.
— Quel article ?
— Regarde sur la 1210. Mikhail, dis au revoir à ta maman, on va y aller.
— Déjà ? s'exclama Line.
— Je t'ai dit que je n'avais pas beaucoup de temps.
— Oui, mais… Non, laisse tomber. Viens par là, mon chéri.
Elle attira son fils contre elle et le serra dans ses bras, avant de lui plaquer un gros bisou sur la joue.
— Tu seras sage, hein ? Et tu te souviens, pas un mot à propos de Lyen, et pas question de t'amuser à déplacer les objets à distance, ajouta-t-elle en russe, pour être tout à fait certaine que William ne comprendrait pas un mot.
— Oui, maman. Je ne suis pas stupide ! Mais toi, tu t'occuperas bien d'elle. Elle s'ennuie, et elle en a marre d'être enfermée ici.
— Je te promets que je l'emmènerai se promener. Je dois lui acheter des vêtements, de toute façon. Je t'appellerai tous les jours, ne t'inquiète pas !
— Je ne m'inquiète pas, c'est toi qui t'inquiètes.
— Très bien, soupira-t-elle.
Elle se releva et croisa le regard de William. Elle détourna les yeux. Mikhail les observa un instant, puis s'éloigna et retourna dans sa chambre, prétextant avoir oublié quelque chose. Line le suivit des yeux, pensive.
— C'est la première fois que je serai séparée de lui pour plus de quelques heures, avoua-t-elle. Je crois que j'ai plus peur que lui.
— Ne te fais pas de souci. Rosalyn s'occupera de lui, tu sais qu'elle l'aime beaucoup. Et je suis sûr que John sera plus que satisfait d'avoir enfin un camarade pour le jeu de courses sur la console. Sa sœur déteste les courses de navettes, et il n'a personne pour jouer avec lui. Il sera bien, je te le promets.
Elle hocha la tête, un peu triste. William effleura sa joue. Son visage était grave, et Line ne se souvenait pas l'avoir déjà vu si sérieux.
— Line, Lúka a assez souffert. Je ne peux pas lui faire ça. C'est mon meilleur ami, murmura-t-il. Tu es une femme superbe, drôle, intelligente, et j'aime être avec toi. Mais nous ne sommes pas seuls au monde. Il y a ton mari, il y a ma femme. Il y a les enfants. Crois-moi, j'ai envie de te prendre dans mes bras et de t'embrasser, moi aussi. Restons amis, tu veux bien ? conclut-il.
— Je ne sais pas.
— Je t'en prie… Tu dois me comprendre. J'ai fait des erreurs, c'est vrai. Je n'ai pas toujours bien agi. Mais je ne suis pas un salaud. Les journalistes sont sans arrêt à nos trousses, et après ce qui s'est passé aujourd'hui, je vois bien que nous ne pouvons pas être plus que des amis sans que cela ne soit affiché en grosses lettres en première page des magazines populaires.
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ? s'étonna-t-elle, fronçant les sourcils.
Sans un mot, William s'empara de la télécommande et mit la chaîne 1210. L'article les concernant apparut immédiatement, et Line porta les mains à sa bouche, paniquée.
— Lúka a vu ça ?
— Je vois mal comment il aurait pu ne pas le voir. Il l'a vu, ainsi que la moitié de la planète, sans doute. L'ambiance n'était pas franchement joviale, au département. Ton mari a bien pris la chose, il m'a assuré qu'il savait que cet article était un tissu de mensonges et que cela ne changeait rien à notre amitié. Mais il est parti tôt, et il avait l'air plutôt distant.
Line parcourait l'article rapidement, zoomant sur les photographies. Ses mains tremblaient, et elle semblait bouleversée. Elle leva les yeux vers lui.
— Il le sait… Je suis sûre qu'il le sait. Personne ne serait assez stupide pour croire qu'il n'y a rien entre nous, décréta-t-elle. Qu'est-ce qu'on va faire ?
— Rien du tout. Evitons de nous voir, ce sera la meilleure solution.
— Ne plus te voir ? s'écria-t-elle. Non, ça je ne veux pas !
— Au moins pendant quelques semaines ! Line, sois raisonnable. Nous ne sommes pas des enfants, nous devons nous montrer responsables.
— Ne me sermonne pas ! Je déteste quand Lúka fait ça, ce n'est pas la peine que tu t'y mettes aussi ! protesta-t-elle.
Elle éteignit l'holovision d'un geste rageur, et jeta la télécommande sur le fauteuil. L'espace d'un instant, elle fut sur le point de lui dire quelque chose, mais sa voix se brisa en un sanglot, et les larmes se mirent à couler sur ses joues. William l'attira contre elle, la berçant tendrement dans ses bras.
— Je ne veux pas que tu me laisses seule ! pleura-t-elle. Si tu ne veux plus me voir, je n'arriverai pas à m'en sortir !
— Allons, ce n'est que pour un moment… Line, je t'en prie. Je ne peux pas faire ça, et tu le sais.
Elle s'écarta doucement de lui et hocha la tête. De la manche de son pull, elle essuya ses larmes.
— Je le sais, oui.
Elle lui fit un pauvre sourire, puis se détourna. Mikhail revint dans la pièce, les mains vides. Ses yeux étaient un peu rouges et quelques traces de larmes mouillaient encore ses joues. Visiblement, il avait pleuré, mais n'avait pas voulu que sa mère le sache.
— Tu n'avais pas oublié quelque chose ? demanda William.
— Si, ma brosse à dents. Mais je ne l'ai pas trouvée. Elle est dans la valise, je crois, expliqua-t-il.
— Parfait. Line, je t'appelle, d'accord ?
Il prit la valise de Mikhail, pendant que le petit garçon disait à nouveau au revoir à sa mère. Line était touchée, et cela ne le laissait pas indifférent. Il aurait aimé pouvoir passer un peu de temps avec elle, mais considérant les circonstances actuelles, ce n'était pas la chose à faire. Rosalyn avait sans doute vu cet article et allait réclamer des explications. Il avait repoussé le moment de lui parler pendant toute la journée, préférant discuter avec elle face à face plutôt que lui téléphoner. Cependant, rien ne serait simple, et il en était parfaitement conscient.
Mikhail vint mettre sa main dans la sienne et leva les yeux vers lui.
— On y va ?
Il hocha la tête, et après un dernier regard à Line, il sortit, emmenant son fils et sa valise. Dans le couloir, le petit garçon se frotta les paupières en reniflant. Il serra affectueusement sa main dans la sienne.
— Allez, mon bonhomme, ce n'est que pour quelques jours. Tu vas la revoir, ta maman ! On l'appellera dès qu'on sera arrivés chez moi, d'accord ?
— Je ne suis pas triste pour ça, rétorqua-t-il.
— C'est à cause de ton papa, alors ?
— Non. J'ai pas envie d'en parler.
— Très bien.
Mikhail essuya ses larmes du poing, se mordant les lèvres pour ne pas se remettre à pleurer. Qu'allait-il faire sans elle pendant toute une semaine ? Comment pourrait-il dormir sans l'avoir près de lui ? Qui lui lirait des histoires le soir avant qu'il s'endorme ? Lyen allait tellement lui manquer !
***
Line venait tout juste de se changer et de revêtir une chemise de nuit, lorsque la sonnette retentit. Elle enfila son peignoir en hâte ; Mikhail avait certainement oublié quelque chose, ou alors il ne voulait plus partir avec William. Secrètement, elle espérait que ce soit la deuxième possibilité : elle n'aimait pas que son fils soit loin d'elle. Qui sait ce qui pourrait se passer ? Il n'était pas un petit garçon comme les autres ! Lyen s'amusait avec l'holovision, zappant de chaîne en chaîne, et elle lui fit signe de regagner sa chambre. La femme s'exécuta, non sans lui jeter un regard lourd de sens. Rapidement, Line remit un peu d'ordre dans ses cheveux et ouvrit la porte. Mais ce n'était pas William qui se trouvait sur le seuil. C'était Lúka.
Un instant paralysée par la surprise, elle le dévisagea sans comprendre. Ses lèvres étaient enflées, et un bleu s'étalait sur le côté gauche de sa mâchoire.
— Bonsoir, Line.
Il tenta un sourire, cependant, celui-ci se transforma bien vite en grimace de douleur. Line le fit entrer et referma la porte, troublée.
— Lúka, que t'est-il arrivé ? s'inquiéta-t-elle. Tu ne t'es pas battu avec William, tout de même ?
— Non, bien sûr que non…
— Assieds-toi sur ce fauteuil, je reviens.
Il s'exécuta, et elle se dépêcha de regagner sa chambre. Elle s'adossa au mur et soupira. Qu'allait-elle faire ? Elle ne pouvait tout de même pas le laisser repartir ainsi ! Le visage tuméfié de son frère lui rappelait bien trop de souvenirs et elle se sentait totalement désemparée. Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration et tenta de se ressaisir. Elle allait le soigner, comme elle l'avait déjà fait si souvent. Il n'y avait pas d'autre choix possible. Lúka avait beau avoir mal agi, il restait son frère, sa moitié.
Sa décision prise, elle se rendit dans la salle de bain et imbiba un linge d'eau fraîche, se revoyant en train de faire les mêmes gestes quelques années plus tôt. Elle crispa ses paupières pour ne pas laisser échapper des larmes de désespoir. Qui avait fait ça ? Qui avait frappé son frère ?
Elle coupa l'eau et releva les yeux, croisant son reflet dans le miroir, presque surprise de se voir si adulte. Les mains serrées sur le linge mouillé, les cheveux devant le visage, elle se sentait comme l'adolescente qu'elle avait été. Celle qui réconfortait son frère par tous les moyens. Mais aujourd'hui, il n'en était plus question. Elle ne savait pas pourquoi Lúka était là, cependant, dès qu'elle l'aurait soigné, il s'en irait.
***
— Appuie ça sur tes lèvres, ordonna-t-elle.
Elle lui tendit le linge mouillé, avant de s'installer à côté de lui. Il se tourna légèrement pour lui faire face, ne pouvant s'empêcher de remarquer qu'elle aurait pu s'asseoir dans le fauteuil, mais qu'elle avait choisi d'être près de lui. Il porta le tissu-éponge à son visage et tamponna ses lèvres. Son sang tacha le linge blanc. Il n'aurait pas dû lui tenir tête. Il avait été trop loin, et ce qui lui arrivait était uniquement sa faute. Line prit sa main dans la sienne, et il sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Mais ce n'était que pour examiner ses ecchymoses.
— Tu as très mal ? J'ai des cachets contre la douleur.
— Ça va, c'est supportable. Dans quelques heures, il n'y paraîtra plus.
— Et ta main, ça va ? Tu as dû salement amocher l'autre personne, insinua-t-elle.
— Même pas, soupira-t-il.
Il essaya d'accrocher son regard, mais elle détournait sans cesse les yeux. Il n'avait pas oublié les conditions qu'elle lui avait imposées et ne tenta pas de la toucher, bien qu'il désespère de la prendre dans ses bras. Elle était si près de lui ! Il pouvait sentir l'odeur de sa peau, mêlée à celle, plus entêtante, de son savon à la pêche.
— Tu as mal ailleurs ?
— Oui, j'ai peut-être une côte cassée.
Il releva le bas de son t-shirt, dévoilant une large ecchymose violacée. Line passa doucement ses doigts sur sa peau et il frémit. Aussitôt, elle s'excusa et se recula.
— Je ne sais pas si c'est cassé, mais en tout cas, ça l'air plutôt douloureux, décréta-t-elle. Ils ont peut-être une pommade, en bas. Tu veux que j'aille demander ?
— Non. Ça va aller. Je ne veux pas t'ennuyer avec ça.
Il rabattit son t-shirt, cachant son bleu. Elle lui prit le linge de la main, et essuya un peu de sang qui avait coulé sur son menton.
— Qui t'a fait ça, Lúka ?
Il haussa les épaules, mais ce geste le fit grimacer. Line fronça les sourcils.
— Dis-le moi !
— Tu vas être furieuse.
— C'est Ruan ? supposa-t-elle comme il n'ajoutait rien.
— Ruan ?!! répéta Lúka avec mépris. Certainement pas !
— Alors qui ?
— Tout était de ma faute, Line. Tout. J'ai déconné, et j'ai pris une bonne leçon.
— Parce que tu penses que te faire tabasser est prendre une bonne leçon ? Lúka, qui t'a frappé ?
— C'est moi qui ai commencé, avoua-t-il. Je l'ai giflée, et…
— Tu as giflé qui ? Pas Ludméa, au moins ?
— Mais non, ne sois pas ridicule. Je n'aurais pas dû insister, se reprocha-t-il. J'aurais dû savoir qu'elle le ferait vraiment.
Il avait baissé les yeux, tamponnant distraitement ses lèvres avec le linge. Par réflexe, il avait protégé son esprit, même s'il était certain que Line n'essayerait pas de lui soutirer la vérité sans son accord. Sa sœur était partagée entre la colère et l'inquiétude, et il ne savait pas quel sentiment l'emporterait.
— Line, c'était Z'arkán. C'est elle qui m'a frappé. Je pense que j'ai dû rester inconscient quelques minutes, et quand j'ai rouvert les yeux, elle n'était plus là. Je me suis dépêché de venir te voir, je… Je ne savais pas où aller !
Le visage de Line se ferma et son regard se fit dur. Lúka sentit le désespoir l'envahir. Mais elle avait raison de lui en vouloir, et il en était bien conscient.
— Je… Est-ce que je peux rester, cette nuit ? Tu vas trouver ça stupide, mais j'ai peur de retourner là-bas.
— Débranche-la, ordonna Line d'un ton sans appel.
— Je ne peux pas, soupira-t-il.
— Mais tu as quoi dans la tête ? Tu attends quoi ? Qu'elle te tue ? Hein ?
— Je ne peux pas la débrancher, répéta-t-il.
— Toi et ton stupide orgueil ! Tu préfères rester là à rien faire pendant qu'elle prend le contrôle de tout, c'est ça ? Tout ça parce que tu ne veux pas risquer de gâcher des années de travail ? As-tu la moindre idée de ce qui se passera si elle décide soudain de lancer les missiles ?
— Je sais tout ça, Line !
Il lui lança un regard désespéré. Il n'avait pas envie de se disputer avec elle, une fois de plus. Elle se radoucit un peu et baissa les yeux, tentant de reprendre son calme.
— Lúka, je t'en supplie, il faut que tu la débranches, insista-t-elle.
— C'est impossible, je te l'ai dit !
— Je comprends très bien que tu ne veuilles pas la détruire, après toutes les années que tu as passées à travailler dessus. Mais essaie d'être un peu plus objectif !
— J'ai essayé, Line…
La jeune femme croisa les bras sur sa poitrine et le regarda sans la moindre douceur. Il baissa les yeux, ne pouvant supporter tout le mépris qu'il lisait dans ses yeux.
— J'ai voulu la débrancher, mais je n'ai pas pu. Elle a dit que la prochaine fois, elle me tuerait…
Commentaires
1. Le vendredi 23 janvier 2009 à 22:00, par Butterfly
2. Le mardi 27 janvier 2009 à 18:17, par Mélie
3. Le mardi 27 janvier 2009 à 20:59, par Ness
4. Le mardi 6 septembre 2011 à 15:53, par raph1509
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