CHAPITRE III

Lúka entra en coup de vent dans le bureau de William, et ce dernier leva les yeux de l'écran de son ordinateur, étonné. Son ami n'avait pas pour habitude de se précipiter comme cela pour le voir, sans même frapper. D'un autre côté, Lúka n'avait pas non plus pour habitude de ne pas se raser, de porter le même pull pendant plusieurs jours et de hurler sur tous les employés du département…

— On a une réunion, tout à l'heure, lui rappela William. Je trouve que tu aurais au moins pu mettre une chemise, histoire de faire bonne impression.

— Ils ne viennent pas pour un défilé de mode, ils viennent pour Z'arkán, rétorqua Lúka en s'asseyant en face de lui.

— Tu as besoin de quelque chose ?

— A ton avis, que se passerait-il si on déconnectait Z'arkán du système principal ? demanda-t-il à brûle-pourpoint.

— Pardon ?!! Pourquoi me poses-tu la question à moi ? C'est ton programme. Moi, je ne suis qu'un homme d'affaires. Tu devrais demander au staff technique.

— Mais c'est à toi que je le demande, insista-t-il.

— Ecoute, Lúka, tu sais pertinemment que je ne vais rien pouvoir te dire que tu ne sauras déjà. Et ne me fais pas croire que tu es venu me voir pour me parler de Z'arkán, je ne suis pas un imbécile. Que se passe-t-il ?

Lúka saisit une feuille qui traînait sur le bureau de William et se mit à la plier consciencieusement, arborant un air des plus indifférents. Son ami soupira.

— Si tu ne veux pas me parler, très bien, mais alors pourquoi viens-tu me voir ici ? Ne me dis pas que c'est pour faire des origamis, tu as du très joli papier dans tes tiroirs et sur ton bureau. Je ne sais pas ce qui t'arrive, depuis quelques jours, mais tu es devenu hostile envers les collègues, et la façon dont tu as renvoyé Connie ce matin n'était tout simplement pas correcte. Je m'inquiète pour toi.

— Ouais, sûrement, marmonna-t-il.

— Je suis ton ami, au cas où tu l'aurais oublié.

— Je ne crois pas, non.

Lúka releva les yeux de son pliage et lui adressa un regard glacial qui le fit frissonner.

— J'ai trouvé des échanges de mails plutôt intéressants entre ma femme et toi, annonça-t-il. Un ami n'aurait pas agi derrière mon dos.

— Lúka, écoute, tu n'as pas l'air de t'en rendre compte, mais Line ne va pas bien du tout, répliqua William sans baisser les yeux.

— Eh bien, maintenant, je m'en suis rendu compte. Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?

— Dit quoi ? Que ta femme voulait acheter un appartement à Genève ? Ce n'est pas un secret d'état, à ce que je sache. Elle s'ennuie, et d'après ce qu'elle m'a raconté, tu passes plus de temps à programmer qu'à t'occuper d'elle et de votre fils. Elle souhaitait simplement avoir une vie un peu plus intéressante, c'est tout.

— En tout cas, maintenant, elle l'a, sa vie intéressante, répliqua-t-il sur un ton ironique.

— Comment cela ?

— Elle s'est barrée, avec mon fils. Elle m'a quitté. Si tu m'avais dit tout cela, je n'en serais pas là.

— Attends, Lúka. Cela fait deux ans qu'elle t'en parlait, je me trompe ? Tu ne l'écoutais pas, pourquoi m'aurais-tu écouté, moi ?

— Donc, tu savais qu'elle voulait me quitter et tu ne me l'as pas dit ?

— Non, je te le jure, je ne le savais pas. Je ne pensais pas que c'était si grave. Elle était un peu déprimée, ces derniers temps, mais jamais je n'aurais pu me douter qu'elle partirait. De toute façon, ce n'est sans doute que temporaire. Elle reviendra, lui assura-t-il.

Lúka s'acharna sur son pliage et déchira un coin de la feuille. Il pesta entre ses dents, puis la lança en direction de la poubelle d'un geste nerveux et rata son tir. Il chercha des yeux quelque chose d'autre à se mettre entre les mains et se rabattit sur un stylo.

— Honnêtement, Will, je pense qu'elle ne reviendra pas. Elle a dit qu'elle allait demander le divorce.

— Et tu as reçu la notification ?

— Pas encore.

— Elle ne le fera pas.

— Je ne sais pas. La dernière fois que je l'ai vue, nous nous sommes disputés, et… Et j'ai dit des choses que je regrette. Je pense qu'elle m'en veut terriblement ; elle est très rancunière.

— Tu lui as présenté tes excuses ?

— Non. Elle n'en voudrait pas, de toute façon, décréta-t-il.

Il dévissa le stylo et le revissa, puis recommença. William suivait des yeux son petit manège, plutôt agacé.

— Tu devrais tout de même lui demander de te pardonner. Si elle n'accepte pas tes excuses, au moins, tu auras essayé.

Il hocha la tête lentement, l'air pensif, les mains tremblant légèrement de nervosité. William ne l'avait jamais vu dans un tel état, et s'inquiétait.

— Ouais, tu as sûrement raison, soupira-t-il après quelques instants d'un silence entrecoupé par les grincements du stylo sans cesse dévissé et revissé.

— Lúka, si tu n'arrêtes pas de tripoter ce stylo, je te jette hors d'ici, prévint William, exaspéré. Tu devrais l'appeler, reprit-il sur un ton plus amical.

Lúka posa le stylo sur le bureau et se releva, commençant à faire les cent pas dans la pièce. Il passa la main dans ses cheveux un peu sales et emmêlés.

— Elle ne prendra pas mon appel. Elle ne veut plus me parler, je le sais.

William pianota des doigts sur son bureau, comme toujours lorsqu'il réfléchissait, et fixa le plafond, pensif.

— On va faire un marché, d'accord ?

Lúka se tourna vers lui, affichant l'air le plus misérable et dépressif dont il était capable, et William eut presque envie de lui proposer de reprendre le stylo.

— Bon, premièrement, tu arrêtes de faire cette tête. On dirait mon gosse quand je le prive de dessert.

— Ce n'est pas drôle, contra-t-il, vexé.

— Je ne trouve pas ça drôle non plus, surtout que si les investisseurs te voient comme ça, ils risquent de se faire du souci au sujet de la sécurité de leurs placements.

Lúka croisa les bras sur sa poitrine, les sourcils froncés. William passait son temps à le provoquer, et même s'il détestait ça, il savait que son ami s'inquiétait réellement pour lui.

— Deuxièmement, tu me fais le plaisir de t'habiller correctement. L'attitude jean crasseux-pull informe taché est peut-être le sommet de la mode en ce moment, je m'en contrefous. En tant que directeur, je t'ordonne de montrer un peu plus d'élégance au travail.

— Je crois que la plus grosse erreur de ma vie a été de te laisser m'engager ici. Je préférais t'avoir comme collègue, grommela-t-il.

— En attendant, nous avons fait plus de huit cents pour cent de bénéfices cette année, lui fit-il remarquer. Je suis persuadé que tu ne regrettes pas ton choix, et que tu le regretteras encore moins quand tu recevras ta part des bénéfices. Bref, là n'est pas la question. Le meeting est à quinze heures, je ne veux pas te voir traîner en baskets près des investisseurs. Tu te débrouilles comme tu veux, mais tu te rases, tu te brosses les cheveux et tu te trouves un costume.

— Et tu viendras me lire une histoire, aussi ? rétorqua-t-il avec mauvaise humeur. Très bien, très bien ! Je le ferai ! Ce n'est pas la peine de me fusiller du regard comme ça !

— Troisièmement, tu évites de leur servir ton sourire diabolique.

— Pardon ?

— Tu m'as bien entendu. Tu ne mets pas vraiment les gens à l'aise, ce n'est pas la peine d'avoir en plus une expression de prédateur qui va bondir sur sa proie.

— Line aime bien mon sourire.

— Je ne t'ai jamais vu lui sourire comme ça. D'ailleurs, c'est marrant, ça me fait penser que vous avez exactement le même sourire, avança-t-il. Evidemment, je ne parle pas du sourire diabolique.

Lúka sentait qu'ils s'aventuraient sur un terrain glissant et préférait ne pas laisser William se poser trop de questions ni se remémorer à quel point ils avaient également le même nez, la même bouche, la même forme de visage et les mêmes yeux.

— Très bien. Donc, j'essaie d'avoir l'air fou de bonheur, je demande à Amy d'aller m'acheter un costume et je ne souris pas. Et toi, ta part du marché ?

— Je te prête mon téléphone pour que tu appelles Line.

— C'est tout ?

— Au moins, elle acceptera l'appel. Et si cela se passe mal, j'essaierai de lui parler. Ça te convient, comme marché ?

Lúka lui offrit un sourire reconnaissant.

— Merci, Will. J'apprécie vraiment ce que tu fais. Je suis désolé de t'avoir accusé comme ça.

— Oh, j'ai l'habitude. Par contre, tu devrais vraiment faire un effort avec tes collègues. Connie a très mal pris ce que tu lui as dit ce matin.

— Attends, ce n'était pas si méchant !

— Non, tu l'as presque jetée hors de ton bureau, ce n'est qu'une bagatelle ! Tu sais que nous avons besoin d'elle. Si elle part, on aura du mal à lui trouver une remplaçante à la hauteur. Je te conseille d'aller t'excuser auprès d'elle.

— Je n'aime pas quand tu me parles comme à un enfant, répliqua Lúka en lui jetant un regard noir.

— Je te parle comme à un ami. En tant que directeur, je pourrais faire bien pire… Allez, va bosser un peu. Et n'oublie pas le meeting. Ce soir, tu essaieras d'appeler Line. Je suis sûr que tout s'arrangera.

Lúka hocha la tête d'un air dubitatif. Lui n'était pas si sûr de cela. William ne savait pas tout le mal qu'il avait fait à sa sœur ! Mais l'optimisme de son ami était presque contagieux, et il se sentait déjà un peu moins désespéré. Cela faisait plus d'une semaine, elle aurait sans doute réfléchi à tout cela…

***

Line oscillait entre la réalité et une demi-somnolence causée par les nombreux verres d'alcool qu'elle avait bus. Les yeux grands ouverts, elle fixait le plafond, comme hypnotisée par les entrelacs de plâtre décoratifs. Loin, très loin, elle entendit la notification d'appel, étouffée par une brume cotonneuse. Un instant, elle se dit qu'elle devrait répondre, mais rien que le fait de tourner la tête pour vérifier l'identité de l'appelant fit valser la pièce autour d'elle, et elle dut fermer les paupières, soudain prise de nausées. Lentement, elle porta la main à son front, maudissant cette sonnerie qui ne s'arrêtait pas.

Dans la pièce d'à côté, Mikhail finit par prendre l'appel, et elle tenta de se redresser. Combien de fois lui avait-elle dit de ne pas accepter de communications et de ne pas ouvrir la porte ? Ce gosse n'en faisait vraiment qu'à sa tête ! Une des petites bouteilles du minibar tomba du lit et roula sur le sol, et elle se pencha pour la ramasser, par réflexe. Aussitôt, elle sentit un étau se resserrer autour de son crâne et gémit de douleur. Qu'est-ce qui lui avait pris de boire autant ? Elle n'était pas habituée à l'alcool, et si celui-ci lui avait apporté quelques instants d'insouciance presque joyeuse, à présent, elle en payait le prix. Elle ne savait pas ce qui était pire, des nausées ou de l'épouvantable migraine.

Les rideaux étaient tirés, mais à en juger par la lueur du jour qui diffusait au travers du tissu, il devait être près de vingt heures. La nuit ne tarderait sans doute pas à tomber. Une nuit de plus qu'elle passerait sans son frère, et sans son fils. Mikhail dormait avec Lyen, et c'était mieux comme ça. En tout cas, c'est ce qu'elle se répétait depuis une semaine pour tenter de se convaincre. Cela ne fonctionnait pas très bien, d'ailleurs.

Tant bien que mal, elle parvint à se traîner hors de son lit et enfila un peignoir. Une main contre le mur pour soutenir son équilibre vacillant, elle quitta sa chambre pour rejoindre le petit salon. Mikhail était toujours en communication et il sursauta en l'entendant arriver. Line s'approcha de lui pour connaître l'identité de son interlocuteur, ne sachant trop si elle devait espérer que ce soit Lúka ou simplement le responsable du service d'étage. Mais sa surprise fut complète lorsqu'elle découvrit qu'il s'agissait de William. Son fils lui jeta un regard inquiet.

— Maman, ça va ?

Elle ne put que secouer la tête et s'écraser sur le fauteuil à côté de lui. Mikhail reporta son attention à la conversation téléphonique, répondant dans un anglais encore un peu hésitant. Line fut rassurée : c'était bien William. Son fils n'aurait jamais parlé en anglais à Lúka. Il lui tendit le combiné, avant de quitter la pièce pour retrouver Lyen dans l'autre chambre.

— Line ?

— Je suis contente de t'entendre, Will.

— Tu vas bien ? Mikhail m'a dit que tu passais ton temps enfermée dans ta chambre, que tu ne mangeais rien et que tu avais un comportement bizarre.

— La vérité sort de la bouche des enfants, rétorqua-t-elle, un peu amère. J'ai un mal de crâne abominable, et à dire vrai, je ne me sens pas spécialement bien. Comment va Lúka ?

— Je crois qu'il ne serait pas content que je te dise cela, mais il se traîne lamentablement d'un coin du département à l'autre, il ne prend plus soin de lui et il affiche une mine affreuse.

Line ne répondit rien, se rendant compte que cette description n'était pas sans rappeler celle que son fils aurait pu faire d'elle. Ainsi, Lúka était aussi malheureux qu'elle ? Elle ne savait pas si elle devait se réjouir de cette nouvelle.

— J'aimerais venir te voir, si tu veux bien, avança William.

— Ce n'est pas une bonne idée.

— Je veux juste m'assurer que tu vas bien, insista-t-il. Je me fais du souci pour toi. Tu sais que tu peux me faire confiance.

— Ah oui ? Et j'imagine que Lúka est assis juste à côté de toi, et qu'il écoute cette conversation. Je me trompe ?

— Non, tu as raison. Il voudrait te parler, d'ailleurs.

— Ce n'est pas la peine, il m'a déjà tout dit, je crois.

— Je t'en prie, laisse-lui te faire ses excuses.

— La dernière fois qu'il est venu me faire des excuses, ça a empiré les choses. Je ne veux pas lui parler, décréta-t-elle.

— S'il te plaît. Fais-le pour moi. Tu es libre de refuser ses excuses ou de les accepter, mais laisse-le au moins te parler.

— Pourquoi est-ce que tu fais ça ?

— Parce que je suis son ami, et parce que je suis également le tien. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous et je ne veux pas le savoir, mais je vois que vous êtes malheureux tous les deux et je trouve ça vraiment dommage.

Line ferma les yeux et soupira. Accepter de parler à Lúka, c'était se montrer adulte et responsable, mais c'était également exposer ses blessures encore ouvertes à un tortionnaire sadique qui s'amuserait à les saupoudrer de sel. Dans l'état où elle se trouvait, elle craignait d'être incapable de faire face à une conversation sensée avec lui. Elle se connaissait trop bien, et elle savait qu'elle fondrait en larmes dès qu'elle entendrait sa voix, si elle ne lui raccrochait pas au nez après les trois premières secondes. Malgré tout cela, elle ne pouvait s'empêcher de se dire que tout pourrait peut-être s'arranger, qu'à défaut de redevenir amants, ils pourraient au moins essayer de devenir amis. Il était son frère, sa seule famille, et il lui manquait terriblement.

— Très bien, j'accepte de lui parler, décida-t-elle.

— Je te le passe.

Il y eut quelques instants de silence et Line dut se faire violence pour ne pas céder à la panique et couper la communication. Son cœur s'était accéléré, et une boule douloureuse s'était nichée au creux de son estomac déjà malmené. Elle se cala tout au fond du fauteuil et tenta de calmer sa respiration trop rapide. La migraine était toujours bien trop présente et elle aurait donné beaucoup pour un cachet d'aspirine. Mais elle avait déjà plus qu'abusé de la gentillesse des employés du service d'étage — qui se battaient d'ailleurs pour lui apporter tout ce qu'elle demandait, sachant qu'un pourboire non négligeable se trouvait à la clé.

— Line ?

Son cœur bondit dans sa poitrine et elle dut se mordre les lèvres pour ne pas laisser échapper un sanglot. C'était si bon de l'entendre ! Même après tout ce qui s'était passé, la voix de Lúka avait toujours ce côté rassurant qui lui avait tant manqué. Incapable de parler, elle se contenta de crisper sa main sur le combiné.

— Line, tu ne veux pas passer en visuel, j'ai envie de te voir !

— Non, parvint-elle à répondre d'un ton presque naturel.

— Très bien. Je voulais te demander pardon pour tout ce que je t'ai dit. Je ne le pensais pas, et tu le sais. J'ai vraiment été le dernier des imbéciles de te parler comme ça. Je t'en prie, accepte mes excuses. J'aimerais tant qu'on soit à nouveau amis !

— On n'a jamais été amis, Lúka, rétorqua-t-elle.

Sa voix tremblait et elle espérait qu'il ne s'en rendait pas compte. Elle porta sa main à sa bouche et se mit à ronger ses ongles nerveusement.

— C'est vrai. Mais on pourrait le devenir, proposa-t-il. Je ne peux pas vivre sans toi ! Chaque nuit, je reste éveillé, espérant que tu apparaisses soudain près de moi et que tu me prennes dans tes bras, comme lorsque nous étions encore des enfants…

— William est toujours à côté de toi ? s'inquiéta-t-elle.

— Non, il est sorti. Line, tu es ma sœur, tu es comme une partie de moi ! Je me sens tellement vide depuis que tu es partie ! Jamais encore nous n'avons été séparés aussi longtemps ! Je suis prêt à faire n'importe quoi pour que tu acceptes de me revoir, pour que tu me parles à nouveau ! supplia-t-il.

— Détruis Z'arkán.

Elle ne savait pas pourquoi elle avait dit cela, et cela l'effraya presque. Z'arkán représentait tant pour son frère ! Lui demander de le détruire, c'était comme lui demander de tuer son enfant. Pourtant, elle ne put s'empêcher d'espérer qu'il accepte, attendant sa réponse, retenant sa respiration.

— Tu sais que je ne peux pas faire cela, soupira-t-il. Tout ce que tu veux, mais pas ça.

— Si j'accepte de te revoir, je ne veux pas que tu essaies de me convaincre de retourner avec toi. Ni que tu remettes en question mes décisions. Et je veux que tu acceptes le divorce. J'enverrai la notification demain. Tu pourras voir Mikhail dès que tu le voudras et dès qu'il aura envie de passer du temps avec toi. Tu créeras une identité pour Lyen, de façon à ce qu'elle soit libre d'aller et venir à sa guise.

— Line, c'est impossible ! Tu sais ce qui peut se passer si elle…

— C'est ça ou rien, coupa-t-elle d'une voix sèche. Si je décide de me mettre avec quelqu'un, tu respecteras mon choix, tout comme je respecterai le tien si tu décides de te mettre avec une autre femme, continua-t-elle. Nous prendrons ensemble toutes les décisions concernant Mikhail et les jumeaux. Et tu me laisseras voir Ludméa.

— C'est tout ? fit-il d'un ton ironique.

— Pour l'instant oui.

— Très bien, soupira-t-il. Je crois que je n'ai pas vraiment le choix. C'est accepter tes conditions ou te perdre, n'est-ce pas ?

— Exactement, confirma-t-elle.

— Pourquoi tu me fais ça ?

— Lúka, tu veux qu'on se dispute à nouveau ?

— Je t'ai dit que je ferai tout ce que tu veux, je m'y tiendrai, répondit-il.

Line se dit qu'elle avait peut-être été trop dure avec lui. Après tout, elle avait autant de torts que lui ! Mais pourquoi acceptait-il ? Pourquoi se laissait-il diriger comme un vulgaire pantin ? Sa culpabilité devait vraiment être trop difficile à vivre… Un instant, elle fut sur le point de changer d'avis, de lui dire qu'elle avait été stupide et qu'ils feraient mieux de tout reprendre à zéro, de se donner une nouvelle chance, mais les images de son frère avec sa jeune homonyme et avec celle qu'il avait créée défilèrent sous ses yeux. Non, elle ne pouvait pas oublier. Lui pardonner, peut-être, cependant, elle n'oublierait jamais. Il lui fallait plus de temps.

— Line, je m'inquiète pour toi. J'aimerais venir te voir, avança-t-il.

— Non, pas maintenant.

Cela faisait plusieurs jours qu'elle évitait son reflet dans le miroir, mais elle savait qu'elle avait une mine affreuse et elle refusait que Lúka la voie dans un tel état.

— Quand, alors ?

— Attends un peu, je t'en prie. J'ai besoin d'être seule. Peut-être la semaine prochaine…

— Comme tu veux.

Line serra les poings. Encore une fois, il désapprouvait ses choix. Certes, il ne le faisait pas directement, mais la manière qu'il avait eue de prononcer ce "comme tu veux" montrait bien ce qu'il en pensait : dans ces trois mots, il était parvenu à mélanger le mépris, la condescendance et sa certitude que sa décision était d'une stupidité déconcertante.

— Je sais bien ce que tu en penses, insinua-t-elle.

— Je ne pense rien. Tu fais ce que tu veux. Si tu n'as pas envie de me voir, d'accord. C'est toi qui décides de toute façon. Mais tu me manques, Line.

Elle se détendit un peu. Peut-être avait-elle été trop susceptible ? Peut-être avait-il vraiment changé ?

— Tu me manques aussi, murmura-t-elle. A bientôt, Lúka. Je suis heureuse de t'avoir parlé.

Elle coupa la communication, sachant qu'elle ne pourrait continuer cette conversation sans éclater en sanglots, et resta quelques instants à simplement regarder dans le vague, le combiné posé sur ses genoux. Pourquoi s'était-elle servie de l'amour de Lúka pour elle pour lui faire du mal ? Etait-elle en train de devenir pire que son père ? Une part d'elle-même avait espéré que son frère n'accepte pas cet injuste marché, pourtant, elle avait ressenti une satisfaction un peu sadique à l'entendre capituler.

Elle se releva avec beaucoup de précautions, le sang pulsant douloureusement sous ses tempes. Il n'y avait que quelques mètres jusqu'à sa chambre, mais ses vertiges avaient repris et elle faillit tomber deux fois, avant de pouvoir enfin s'écraser à nouveau sur son lit. Sur sa table de chevet, il restait deux petites bouteilles de gin et elle s'en empara. Avec un peu de chance, cela ferait passer son mal de crâne et elle parviendrait enfin à dormir…

***

Lorsque William entra, après avoir frappé trois fois, il trouva Lúka debout près de la fenêtre, occupé à regarder le soleil se coucher sur la ville. Le spectacle n'avait rien de passionnant, et il en déduisit que la conversation entre sa femme et lui avait dû plutôt mal tourner.

— Est-ce que ça va ? demanda-t-il.

— Mmhmmm, marmonna Lúka sans se retourner.

— Elle a accepté tes excuses ?

— On peut dire ça.

— C'est positif, alors !

— Pas tellement. Elle a accepté mes excuses, mais elle m'a aussi forcé à accepter tout un tas de conditions, dont la signature du divorce.

Il se retourna pour lui faire face et William s'étonna de son air presque indifférent. Lúka s'assit sur un coin du bureau, les yeux baissés.

— Je m'inquiète pour elle. Elle n'avait pas l'air bien,

— En effet. D'après ce qu'a dit ton fils, elle a un comportement bizarre, confirma William. Je l'ai moi-même trouvée plutôt étrange.

— Elle ne veut pas que je passe la voir.

— Je vais y aller, proposa son ami.

Lúka lui adressa un regard reconnaissant et soulagé.

— Merci, Will, c'est gentil de ta part.

— C'est normal. Je m'inquiète également pour elle.

— Je peux t'accompagner ?

— Ce n'est peut-être pas une bonne idée. Tu viens de me dire qu'elle ne voulait pas que tu y ailles, lui fit remarquer William.

— Bien sûr. Mais je t'attendrai dans la navette.

— Tu ne préfères pas rentrer chez toi ? Tu as l'air absolument claqué, et de toute façon, je peux t'appeler.

Lúka réfléchit quelques instants, pesant le pour et le contre. Rester dans la navette pendant que William discuterait avec Line, être si près d'elle et pourtant ne pas pouvoir la voir, c'était peut-être plus qu'il n'était capable d'endurer. D'un autre côté, supporterait-il d'être chez lui à tourner en rond à côté du téléphone, regardant sa montre toutes les deux minutes ? Mais chez lui, il y avait Z'arkán… Et il parviendrait sans mal à se connecter au système de sécurité de l'hôtel et à se brancher sur les multiples caméras de surveillance.

— Tu as raison, je devrais rentrer. Je vais te donner l'adresse de son hôtel. Tu n'oublieras pas de m'appeler, hein ?

William se mit à rire et ramassa sa veste sur le portemanteau.

— Tu penses que je pourrais oublier ? Je ne suis pas encore sénile, Lúka !

— Si elle va trop mal, je veux que tu ramènes mon fils avec toi, ajouta-t-il. Je ne suis pas persuadé qu'elle puisse s'occuper de lui dans l'état où elle est.

— Non, je ne peux pas faire ça, et tu le sais. Si je lui enlève Mikhail, elle te fera la guerre, je la connais. Mais si je vois qu'elle est incapable de prendre soin de lui, j'essaierai de la convaincre de le laisser venir chez moi quelques jours.

— Pourquoi chez toi ?

— Parce que chez moi, ce n'est pas chez toi, et que c'est donc un terrain neutre, expliqua-t-il. J'espère ne pas avoir à en arriver là. A mon avis, elle est seulement un peu déprimée. Il se fait tard, tu devrais rentrer. Je t'appelle dès que je l'aurai vue, ne t'inquiète pas.

— Merci, Will. Je me sens encore plus con de t'avoir agressé comme ça tout à l'heure, avoua-t-il.

— Dans la situation, j'aurais fait pareil, le rassura son ami. Tout s'arrangera, j'en suis sûr. Laisse-lui du temps.

Lúka hocha la tête lentement. Cela faisait plus d'une semaine, et il avait plutôt l'impression que la situation avait empiré. Jamais il n'aurait pu croire que tout cela irait aussi loin. William pouvait bien être optimiste, il ne connaissait pas le dixième de ce qui s'était passé entre eux. Et quand il apprendrait ce qu'il avait fait… il serait sans doute furieux contre lui et même s'il ne le dirait pas, il penserait qu'il méritait ce qui était en train de lui arriver. Et il n'aurait pas tort.

***

William fut surpris de voir Mikhail lui ouvrir la porte. Qui donc laisserait un enfant de quatre ans ouvrir la porte à un inconnu après la tombée de la nuit ?

— Je viens voir ta maman, annonça-t-il.

Le petit garçon hocha la tête sans un mot. William le trouva plutôt pâle. De lourds cernes assombrissaient ses yeux verts et il avait l'air presque aussi déprimé que son père. Ce n'était peut-être qu'une impression, mais il paraissait avoir maigri.

— Tu vas bien, Mikhail ?

— Ça va. Maman est dans la chambre.

— Elle dort ?

Mikhail sembla hésiter, puis secoua la tête.

— Elle ne se sent pas bien, répondit-il finalement.

William parcourut la pièce des yeux : des vêtements traînaient sur les chaises et les fauteuils, et les reliefs d'un repas gisaient encore sur la table. L'holovision projetait un film violent qu'il n'aurait certainement pas autorisé ses propres enfants à regarder, même s'ils étaient tous les deux plus âgés que Mikhail.

— Tu me laisses entrer ? demanda-t-il comme le petit garçon se tenait toujours dans l'encadrement de la porte.

Il s'écarta et William put pénétrer dans la pièce. Mikhail le suivit des yeux d'un air inquiet, tripotant le bas d'un t-shirt taché. Lúka avait visiblement eu raison de s'inquiéter pour son fils. L'homme saisit la télécommande de l'holovision et changea de chaîne.

— Je suis sûr que ta mère ne serait pas d'accord que tu regardes ce genre de choses, décréta-t-il.

Le petit haussa les épaules et finit par refermer la porte et s'approcher de lui, traînant un peu les pieds.

— Elle s'en fiche. Elle me laisse tout regarder.

— Tu ne préfères pas regarder un dessin animé ?

— J'aime pas les dessins animés, rétorqua-t-il. C'est pour les bébés.

— Ma fille adore les dessins animés, contra William.

— Comment va mon père ?

— Il est triste, répondit-il, un peu surpris par la question du petit garçon et par la gravité qu'il pouvait lire dans ses yeux.

— C'est bien. Il a fait beaucoup de mal à maman.

— C'est ce que ta mère t'a dit ?

— Elle n'a rien dit. Mais elle pleure tout le temps. Quand papa est venu, il lui a crié dessus, ajouta-t-il.

— Je vois, soupira William.

— Il a été méchant. Je suis content que Maman ne veuille plus le voir.

— Tu sais, les adultes se crient parfois dessus, mais ça ne veut pas dire qu'ils ne s'aiment plus.

— Tu n'es pas obligé de me parler comme à un bébé, protesta Mikhail. Je sais très bien que mes parents s'aiment encore, mais maman ne veut plus vivre avec papa. Elle en a assez de ne jamais le voir. Il ne s'occupe que de Z'arkán, et il la laisse tout le temps toute seule. Ils se disputaient très souvent, et c'est bien qu'on soit partis.

William resta sans voix. L'attitude de Mikhail n'était en aucun cas celle d'un enfant de quatre ans dont les parents venaient de se séparer, et cela le mettait mal à l'aise. Il se contenta de hocher la tête.

— Je vais aller la voir, annonça-t-il en rendant la télécommande au petit garçon.

Celui-ci s'empressa de remettre la chaîne que William avait changé. Cette fois-ci, l'homme n'intervint pas. Le salon donnait sur deux chambres, et Mikhail lui indiqua celle de gauche. Il le remercia, et frappa à la porte. Ne s'attendant à aucune réponse, il ne fut pas déçu.

— Line ? appela-t-il. Line, c'est William. Je peux entrer ?

— Elle ne te répondra pas, prévint Mikhail.

William hésita un instant, puis ouvrit doucement la porte. La chambre était plongée dans la pénombre, mais la lumière du salon éclairait une partie de la pièce. Line était couchée sur son lit et semblait dormir, cependant, il ne s'y trompa pas : il pouvait sentir les effluves de l'alcool même à deux mètres d'elle. Sans bruit, il ferma la porte derrière lui et s'approcha d'elle.

— Line, murmura-t-il. Tu es réveillée ?

Il s'assit sur le rebord du lit et lui caressa les cheveux. Ceux-ci étaient emmêlés et sentaient l'alcool, ce qui n'était guère étonnant vu le nombre de bouteilles qui gisaient à demi vides sur le lit. Elle gémit et repoussa sa main.

— Va-t'en, Will. Laisse-moi.

— Il n'en est pas question, rétorqua-t-il. Tu as bu combien de bouteilles ?

Il tâtonna dans l'obscurité pour ramasser les petites bouteilles et les ôter du lit. Line gloussa stupidement et tenta de se redresser.

— Oh la la, ça tourne !

Elle s'accrocha à l'épaule de William et s'assit avec difficulté dans le lit. L'homme tendit le bras et alluma la lampe de chevet. Line crispa ses paupières et gémit.

— Eteins ça, j'ai mal aux yeux !

— Ça t'apprendra à boire autant, répliqua-t-il. Tu as une mine affreuse.

Elle se mit à rire et William soupira. Il continua à débarrasser le lit des trop nombreuses bouteilles, les sourcils froncés. Line était visiblement incapable de s'occuper de Mikhail : elle n'était même pas capable de prendre soin d'elle.

— Ton fils est en train de regarder des horreurs à l'holovision.

— Il fait tout le temps ça.

— Tu ne devrais pas lui laisser regarder n'importe quoi, lui reprocha-t-il.

Elle haussa les épaules, et ce geste lui arracha une grimace de douleur. Elle porta la main à son crâne en gémissant.

— Tu n'as pas quelque chose pour la tête ? demanda-t-elle.

— Certainement pas. Tu n'avais pas besoin de boire autant.

— Will, s'il te plaît ! J'ai trop mal !

— Tu pues l'alcool à trois mètres, et ton fils est tout seul dans le salon à regarder un film d'horreur. Tu trouves ça normal ?

— Ne me dis pas ce que je dois faire avec mon fils, répliqua-t-elle, lui lançant un regard noir. Je suis tout à fait capable de m'occuper de lui.

— Oui, c'est ce que je vois, ironisa-t-il. Depuis combien de jours traîne-t-il dans les mêmes vêtements ? Il a maigri, il ne mange pas assez. Et je suis sûr qu'il passe tout son temps devant l'holovision. Il a quatre ans, Line, comment peux-tu le laisser seul et t'enivrer comme ça ?

Elle ne répondit pas, baissant les yeux comme une petite fille coupable. William soupira. Il ne pouvait certainement pas lui faire l'affront de la ramener chez lui, même s'il commençait à se dire que Mikhail n'était peut-être pas celui pour lequel il fallait le plus s'inquiéter. S'il l'emmenait avec lui, elle perdrait la face vis-à-vis de son fils et de son mari.

— Je vais prendre Mikhail chez moi quelques jours, annonça-t-il. Il sera bien, avec Kirsten et John. Tu as besoin de te ressaisir, et ton fils ne mérite pas de souffrir de cette situation.

— Tu veux m'enlever mon fils ?

— Non, juste le prendre quelques jours chez moi. Tu sais que Rosalyn l'adore.

— Lúka est d'accord ?

— Oui.

— C'est lui qui t'a demandé de faire ça ? Il t'a demandé de venir m'espionner, aussi ? Hein ?

— Bien sûr que non. Je m'inquiétais pour toi, c'est tout.

— Si je te laisse emmener Mikhail, tu me promets que tu ne le confieras pas à Lúka ?

— Je te le jure, Line. Je vais te faire couler un bain, ça te fera du bien.

***

Un peu maladroitement, William aida Line à quitter ses vêtements imprégnés de gin. Il se demanda comment Lúka réagirait s'il apprenait qu'il avait déshabillé sa femme… Mais de toute manière, Line était si soûle qu'il n'en tirait absolument aucun plaisir. Il avait plutôt l'impression d'être en train de s'occuper de sa fille lorsqu'elle était malade.

La jeune femme basculait entre le rire et les larmes et se laissait faire comme une marionnette. William la trouva très maigre : ses côtes se dessinaient nettement sous sa peau trop pâle, et sous la lumière crue de la salle de bain, son visage paraissait très osseux.

Une fois qu'elle fut dans la baignoire, recroquevillée sur elle-même dans un dernier sursaut de pudeur, il lui donna un pain de savon à la pêche, mais elle le laissa tomber dans l'eau et se mit à rire bêtement. William soupira et déballa un autre morceau de savon. Cette fois-ci, il se chargea lui-même de la savonner, priant pour que Rosalyn et Lúka ne l'apprennent jamais.

— Tu me chatouilles ! s'écria Line en riant.

— Arrête de faire l'enfant, grommela-t-il. Tu as du shampoing ? Tes cheveux sont dégoûtants.

— Près du lavabo. Willy, pourquoi tu ne me regardes pas ?

— Ne m'appelle pas Willy, tu sais que je déteste ça.

— Tu me trouves affreuse, c'est ça ?

— Tout à fait. Tu as une mine épouvantable, déclara-t-il.

Elle se mit à sangloter convulsivement, cachant son visage entre ses mains. William se mordilla la lèvre, troublé.

— Lúka aussi me trouvait affreuse, pleura-t-elle. Il a préféré une fille plus jeune et plus jolie que moi !

— Line, arrête, je ne veux pas être mêlé à cette histoire.

— Elle n'avait que quinze ans ! Il m'a trompé avec une fille de quinze ans !

William laissa échapper le pain de savon et pesta entre ses dents. Il remonta la manche déjà trempée de sa chemise et plongea le bras dans l'eau, se concentrant sur la recherche du savon perdu plutôt que de laisser son esprit assimiler ce que Line venait de lui dire. L'entreprise était périlleuse et il rougit lorsqu'il effleura la cuisse de la jeune femme.

— Aide-moi à retrouver ce savon, ordonna-t-il.

Il baissa les yeux pour ne pas croiser les siens, feignant l'indifférence la plus totale. Mais Line ne fit pas le moindre geste pour l'aider, et sanglota de plus belle.

— Tu crois qu'il m'aurait trompée, si j'avais été plus jolie ?

— Tu es très belle, Line. Arrête de pleurer comme cela.

Elle secoua la tête en reniflant. Il hésita, puis caressa doucement son épaule.

— Line… Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous, mais tu es une femme magnifique. Quoi que Lúka ait fait, je t'interdis de remettre en cause ta beauté.

— C'est vrai ?

Elle releva les yeux et lui fit un pauvre sourire. Sous la lumière vive, ses iris étaient encore plus clairs, et William se trouva comme hypnotisé par l'intensité de son regard. Il tourna la tête, se reculant légèrement.

— Oui, bien sûr que c'est vrai, répondit-il.

— Oh, Will, tu es si gentil ! s'écria-t-elle.

Elle passa spontanément ses bras autour de son cou, et avant qu'il ait pu faire le moindre geste, elle l'embrassa. William était sur le point de la repousser, sans doute quelques secondes trop tard pour encore espérer sauver les apparences, lorsqu'il entendit le bruit de la porte que l'on ouvrait brusquement.

— Ah ouais, d'accord, décréta Mikhail, avant de tourner les talons et de claquer la porte derrière lui.

Line sembla dessoûler en un quart de seconde et se recula, les joues en feu.

— Will, je suis désolée, murmura-t-elle.

— Pas autant que moi, rétorqua-t-il en se relevant, tentant de lisser sa chemise trempée.