PROLOGUE
Johannes regarda autour de lui : la plupart des invités étaient partis, et Svetlana semblait en grande conversation avec sa sœur. Les deux femmes en avaient sans doute pour quelques minutes encore et ne risquaient pas de les déranger. Ruan lui faisait face, et il le connaissait suffisamment bien pour comprendre qu'il était nerveux.
— C'était vraiment indispensable que nous ayons cette discussion maintenant ? Il est tard, et…
— Je sais, soupira Ruan. Mais je dois te parler de quelque chose de très important. Cela me tracasse depuis plusieurs jours.
— C'est à propos de Ludméa ?
— En partie.
— Tu devrais peut-être en parler à Svetlana, plutôt.
— Cela la concerne également.
Ruan passa sa main dans ses boucles blondes, comme toujours lorsqu'il était mal à l'aise. Johannes espéra qu'il n'allait pas lui demander des explications concernant la tension manifeste et la froideur que Svetlana lui témoignait. Lui-même était extrêmement gêné par le comportement de son épouse, qu'il n'arrivait pas à comprendre. Certes, il y avait eu les surprenantes révélations des journaux populaires et leurs photographies plutôt compromettantes, mais Ruan et Ludméa étaient si heureux ! Elle n'avait pas le droit de gâcher leur bonheur ! Sans compter que tout le monde savait que les journalistes adoraient prendre la jeune femme pour cible…
— Ludméa m'a dit que vous ne pouviez pas avoir d'enfants, lâcha finalement Ruan.
— C'est exact, reconnut Johannes après quelques instants. Nous sommes sur la liste d'attente pour une adoption, mais je dois avouer que nous n'avons plus beaucoup d'espoir. Pourquoi cette question ?
— Parce que j'aimerais te proposer quelque chose. Ludméa t'a déjà parlé de Nato et Yolan, j'en suis sûr…
— Oui, plusieurs fois, déjà.
C'était un euphémisme. Ludméa parlait sans arrêt des jumeaux, et cela les amusait beaucoup, Svetlana et lui. Elle était toujours tellement enthousiaste !
— Ils ont deux ans et demi, et je pense qu'ils auraient besoin d'une famille. Je ne veux pas qu'ils passent leur vie entre quatre murs.
— Je te comprends, bien sûr ! approuva Johannes. Mais en quoi cela concerne-t-il Svetlana ?
— J'aimerais que vous adoptiez les jumeaux.
Johannes avait repris une gorgée de son verre de vin, et manqua s'étouffer. Il toussa, le visage rouge, puis se ressaisit. Il lança un drôle de regard à Ruan, se demandant s'il était sérieux. Adopter les jumeaux ?
— Mais… Et Ludméa ?
Ruan détourna les yeux.
— C'est compliqué… Je suis directeur des DMRS, le conseil des Médecins ne me laisserait jamais adopter ces enfants. Mais ni toi ni Svetlana ne travaillez dans le secteur médical ou militaire, et j'ai tout de même une grande influence dans les décisions prises au sujet des jumeaux : je pourrais vous faire passer tout en haut de la liste.
— Ruan, je ne crois pas me tromper en disant que Svetlana n'acceptera jamais : ce serait bien trop cruel envers Ludméa ! Comment peux-tu penser que ma femme ait envie d'adopter les enfants de sa sœur ? Elle aurait l'impression de lui voler les jumeaux !
— C'est évident, concéda-t-il. Mais ce que j'ai à te proposer est assez différent.
Johannes écouta ses explications, les sourcils froncés. Ruan avait vraiment tout prévu, et il sentait bien que sa décision était mûrement réfléchie. Mais se rendait-il compte des implications ?
— C'est cruel, conclut-il, lorsque Ruan lui demanda ce qu'il pensait de sa proposition. C'est cruel pour Ludméa, ça l'est également pour Svetlana. Mais en même temps… En même temps, je ne peux pas m'empêcher de me dire que c'est la meilleure solution pour Ludméa et pour les jumeaux. Et c'est vrai que c'est tentant, avoua-t-il. Bien sûr, il faudra que j'en parle à Svetlana.
— Tu n'es pas contre, alors ?
— Contre, non. Il n'y a vraiment aucun moyen pour que Ludméa et toi adoptiez les jumeaux ?
— Aucun, soupira-t-il. Tu penses bien ! J'ai tout essayé, mais ils ont été catégoriques. Mon implication au sein des DMRS est bien trop grande pour qu'ils puissent me permettre de garder pour moi de si précieux spécimens, comme ils disent. Et n'oublie pas qu'une fois de plus, je suis desservi par mes origines toriennes. Ces enfants ne viennent pas de l'Alliance Toria, je peux le garantir, cependant, pour eux, le doute subsistera toujours. Par conséquent, ils ne peuvent pas les confier à quelqu'un qui est potentiellement un espion à la solde de l'alliance ennemie, lâcha Ruan avec ressentiment.
— La situation est délicate, lui accorda Johannes. Je vais en parler à Svetlana. Ne t'inquiète pas, nous trouverons une solution.
Ruan lui offrit un sourire reconnaissant, mais Johannes n'arrivait pas à se défaire de l'étrange impression d'avoir été manipulé depuis le début.
Commentaires
1. Le lundi 27 octobre 2008 à 19:24, par Mélie
2. Le vendredi 19 décembre 2008 à 16:27, par art
3. Le samedi 4 avril 2009 à 15:08, par mylasyl
4. Le vendredi 10 avril 2009 à 23:58, par Ness
5. Le samedi 1 août 2009 à 21:40, par Elena MAP
6. Le mardi 4 août 2009 à 13:10, par Ness
7. Le samedi 15 août 2009 à 00:05, par Elena MAP
8. Le dimanche 27 décembre 2009 à 20:16, par Barou
9. Le dimanche 27 décembre 2009 à 22:35, par Ness
10. Le mardi 6 septembre 2011 à 13:07, par raph1509
11. Le mardi 6 septembre 2011 à 13:37, par Ness
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