CHAPITRE XIV
Lorsque Line rentra, Lúka était assis dans le grand canapé du salon, Mikhail sur ses genoux. Ils ne l'avaient pas entendue arriver, et elle se glissa auprès d'eux sur la pointe des pieds, faisant bien attention à relever ses barrières télépathiques pour ne pas trahir sa présence. Ils lui tournaient le dos, trop occupés pour la remarquer. La pièce était plongée dans la pénombre, et seule la petite lampe qui surplombait le canapé était allumée. Lúka était en train de raconter une histoire à leur fils, et la jeune femme dut se retenir pour ne pas éclater de rire. Son frère avait toujours été nul pour ce genre de choses, mais Mikhail semblait absolument ravi par sa pitoyable prestation. Des deux, Line avait toujours été celle qui avait le plus d'imagination. D'un autre côté, elle lisait, elle regardait la télévision, elle s'intéressait un minimum au monde extérieur, alors que Lúka passait tout son temps devant son ordinateur.
Elle se mordit la lèvre ; la blessure était encore bien trop vive. Après tous les événements de la journée, Line avait du mal à croire que tout cela s'était seulement produit la veille. Qu'une dizaine d'heures auparavant, elle avait découvert son frère en train de… Elle prit une profonde inspiration et chassa ces images de son esprit. Ce n'était pas le moment de penser à cela.
— Coucou les garçons ! s'écria-t-elle. Je suis rentrée !
Lúka sursauta et se tourna vers elle. Mikhail ne semblait pas surpris. Visiblement, il avait perçu sa présence.
— Déjà ? ironisa son frère.
— Désolé, c'était plus long que prévu, s'excusa-t-elle.
Elle s'avança vers lui, sortant de la demi pénombre du reste de la pièce pour entrer dans le halo de lumière jaunâtre projeté par la petite lampe du canapé. Lúka écarquilla les yeux et son sourire s'effaça.
— Line, souffla-t-il. Qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ?
Il avait l'air bouleversé. Mikhail leva vers elle ses grands yeux verts, et l'expression sur son visage était si proche de celle de Lúka que Line en aurait souri, dans d'autres circonstances… Plus le temps passait, plus le petit garçon lui ressemblait.
— Ne fais pas cette tête-là ! Ce ne sont que des cheveux ! Et tu sais bien que je ne pouvais pas aller voir Ludméa avec mes cheveux blancs, elle aurait tout de suite fait le rapprochement entre les jumeaux et moi, lui fit-elle remarquer.
Lúka secoua doucement la tête, le visage défait. Line sentit les larmes piquer ses yeux et serra les dents. Il n'avait pas le droit de lui faire cela ! Il devait comprendre qu'elle n'avait pas eu le choix !
— Pourquoi tu as changé de cheveux, Maman ? gémit son fils, prêt à pleurer.
— Line, il y avait d'autres moyens, murmura Lúka.
La jeune femme leur jeta un regard noir. Pourquoi ne pouvaient-ils pas comprendre qu'elle souffrait ? Pourquoi insistaient-ils ainsi ? Mikhail n'était encore qu'un enfant, mais Lúka ? Ne ressentait-il pas sa douleur ?
— Eh bien moi, je m'aime bien comme ça, décréta-t-elle avant de tourner les talons et de quitter la pièce, furieuse.
Mikhail se tourna vers son père, l'air désespéré.
— Qu'est-ce qu'elle a, Maman ?
— Elle est fâchée, répondit Lúka. Allez, c'est l'heure d'aller dormir.
— Mais pourquoi elle est fâchée ? insista-t-il.
— Ecoute moi bien, fils. Une grande leçon à retenir, c'est qu'il faut toujours approuver la coiffure de la femme qu'on aime. Même si c'est moche, même si on déteste, il faut lui dire "Oh, chérie, mais quelle ma-gni-fique coiffure ! Tu es absolument splendide !". C'est une simple question de psychologie.
— C'est quoi, psychologie ?
— Laisse tomber. Allez, c'est l'heure d'aller dormir.
— Et mon histoire ?
— Je te raconterai la suite demain.
— Je veux pas aller dormir !
— Il est tard. Je t'emmène te coucher, et ce n'est pas la peine de discuter.
— Mais Papa ! protesta-t-il.
— Pas de mais.
Mikhail croisa les bras sur sa poitrine et se mit à bouder. Lúka sourit. Il avait bien le sale caractère de sa mère…
— Papa, s'il te plaît, je veux pas ! Je veux pas encore voir la femme en noir, elle me fait peur ! Me laisse pas avec elle ! pleura-t-il.
— La femme en noir ? s'étonna-t-il.
— Elle vient toujours me voir quand t'es pas là… Papa, je veux pas !
— Il n'y a pas de femme en noir, Mikhail. C'est juste un rêve. Tu sais bien que personne ne peut rentrer ici ! Ne t'inquiète pas, mon garçon. Allez, au lit, maintenant !
Mikhail leva les yeux vers son père. Au ton de sa voix, ce n'était même pas la peine d'essayer de protester… Il renifla et essuya ses larmes de la manche de son pull.
— Notre fils fait des cauchemars, déclara Lúka en rejoignant sa sœur.
Elle hocha la tête avec indifférence. Il s'assit près d'elle et voulut l'attirer contre lui, mais elle le repoussa.
— Line, s'il te plaît… Ne sois pas comme ça !
— Comme quoi ? rétorqua-t-elle.
— Je suis désolé, je n'aurais pas dû réagir ainsi. Je te demande pardon. Mais si tu m'avais prévenu, aussi !
— Ah, bien sûr, c'est de ma faute, comme toujours, marmonna-t-elle.
— Mais non, je n'ai pas dit ça, soupira-t-il. J'ai été surpris, et… Tes cheveux sont très jolis comme ça aussi, lui assura-t-il. C'est juste que ce n'est plus pareil. Pendant toutes ces années, je t'ai vue avec tes cheveux blancs. Il me faut un peu de temps pour m'y habituer.
— Certes.
— Line, excuse-moi, s'il te plaît ! insista-t-il.
Il saisit la tresse que sa sœur avait faite et commença lentement à la défaire, libérant les longs cheveux blond platine. Curieusement, ils étaient plus doux et presque plus lumineux. Et à la réflexion, cette couleur lui allait plutôt bien. Mais lorsqu'il l'avait vue, il avait tout de suite pensé à Tia Anderson, et cela l'avait mis mal à l'aise. A présent, il n'y avait plus que la couleur de leurs yeux pour les différencier l'une de l'autre.
— Tu es toujours aussi belle, lui murmura-t-il.
— Tu ne le penses pas.
— Je te jure que je le pense.
— Alors pourquoi ne m'ouvres-tu plus ton esprit ? Depuis quelques semaines, j'ai l'impression que tu es devenu un étranger pour moi. Un peu comme l'an dernier, lorsque cette drôle de chose nous est arrivée.
Elle parlait bien sûr des barrières mentales qui lui avaient été imposées et qui l'avaient empêché de communiquer avec elle pendant si longtemps. Lúka détourna les yeux. Cette fois-ci, c'était différent. Elle lui avait pardonné, pourtant, il ne pouvait se résoudre à s'ouvrir à elle, à la laisser fouiller dans son esprit et découvrir tout ce qui s'était passé avec la cousine de Ruan. C'était une chose de lui avouer la vérité, c'en était une autre de lui imposer des images qui la feraient immanquablement souffrir.
— Line, je t'en prie… Crois-moi. Tu es magnifique.
Il l'embrassa tendrement sur la joue et noua ses doigts aux siens. Elle se laissa aller contre lui, sa tête sur son épaule, les yeux tristes.
— Ça partira, avec le temps, avança-t-elle. Mais je devrai recommencer dès que j'irai la voir.
— Comment ça s'est passé ? s'enquit Lúka.
— Comme je l'avais prévu. Cela m'a fait de la peine. Cette fille est tellement gentille, je regrette de devoir la manipuler ainsi.
— Je vois ce que tu veux dire…
Lúka avait été tout bonnement incapable d'user de persuasion mentale sur elle. Autant il ne reculait devant rien pour tout ce qui concernait ses missions, autant il ne pouvait se résoudre à se servir de son don pour contraindre Ludméa à une vie de souffrances.
— Il l'a frappée…
— Cela ne m'étonne pas, soupira Lúka. Ce n'est pas la première fois qu'il lui fait du mal.
— Il n'a pas fait que la frapper, reprit Line. Heureusement, cette fois-ci, il a été assez malin pour lui faire oublier ce qui s'était passé, ajouta-t-elle d'un air sombre.
— Tu sais qu'il m'avait demandé s'il pouvait adopter les jumeaux et les élever ? lui apprit-il.
— Alors ça, jamais ! s'écria-t-elle. Je ne le permettrai pas !
— C'est bien ce que je pensais, fit Lúka. Je suis du même avis que toi. C'est dommage pour Ludméa, elle aurait fait une bonne mère…
— Cette pauvre enfant est née sous une bien mauvaise étoile, murmura Line. Quand je pense à tout ce qui l'attend, j'en ai la gorge serrée.
— Et tu es sûre qu'elle ne se doutera de rien ? demanda son frère.
— Elle pense qu'elle a fait un cauchemar et qu'elle s'est cognée au montant du lit.
— Mouais. Je ne sais pas qui peut être assez stupide pour penser une chose pareille, rétorqua-t-il.
— Elle n'est pas stupide, Lúka. Elle essaie de se protéger comme elle peut. Elle aime Ruan, et elle est prête à croire les choses les plus absurdes pour ne pas laisser le doute s'immiscer dans son esprit. Elle ne veut pas se laisser aller à penser qu'il ait pu lui faire du mal, alors elle préfère se raccrocher aux explications tordues qu'il lui propose. Crois-tu peut-être que j'agirais différemment, si j'étais à sa place ? Crois-tu que je voudrais penser que tu m'as frappée et violée, même si les preuves s'avéraient accablantes ?
Ses lèvres tremblaient un peu et ses yeux brillaient de larmes contenues. Lúka la serra contre lui : elle avait été bien plus éprouvée par sa terrible mission que ce qu'il s'était imaginé. Il caressa sa joue, inquiet.
— Ça va, Lúka. Je vais bien. Je me suis laissée aller, c'est tout, le rassura-t-elle. Mais si seulement tu pouvais essayer de te mettre un peu à la place des autres, de temps en temps !
Il ne répondit rien, mais elle savait qu'elle ne l'avait pas vexé. Son frère avait beau avoir de nombreux défauts, il avait également bien des qualités : entre autres, celle de pouvoir reconnaître ses erreurs, que Line lui enviait parfois.
— Tu sais, ce n'est pas simple pour moi de me mettre à la place d'une femme, plaisanta-t-il. Je pense que j'aurais moins de mal avec Ruan. A vrai dire, je n'en suis même pas certain, ajouta-t-il sur un ton où l'on sentait poindre la colère. Je n'arrive pas à comprendre ce qui le pousse à faire tout cela ! Elle l'aime, et on dirait qu'il fait tout pour qu'elle finisse par le détester.
— Il n'est pas le seul, répliqua Line.
Lúka rougit et la culpabilité l'envahit. Sa sœur se dégagea de son étreinte et se releva, les bras croisés sur sa poitrine. Elle se mit à faire les cent pas, les yeux baissés et la mâchoire crispée.
— Je suis désolé, murmura-t-il.
— Oh, je n'ai pas à me plaindre, répondit-elle, cynique. Après tout, tu ne m'as jamais frappée, et tu ne m'as pas violée non plus. Non, tu as seulement trahi ma confiance. Une bagatelle.
— Line, s'il te plaît…
— Tu as raison. Nous avons déjà réglé ce problème, n'est-ce pas ? Dis-moi, Lúka… Comment est-ce que tu réagirais si tu apprenais que j'avais couché avec un autre homme ? Allez, au hasard, Ruan ?
— Je le tuerai, répondit-il sans aucune hésitation, serrant les poings inconsciemment.
Line ne parut pas surprise. Elle lui fit un pâle sourire et s'approcha de lui, prenant ses mains dans les siennes. Il releva les yeux, un peu étonné par son soudain changement d'attitude. Mais sa sœur était la personne la plus lunatique qu'il connaisse…
— Je ne laisserai jamais personne d'autre que toi me toucher, tu le sais.
Oui, il le savait. Pourtant, elle avait embrassé Ruan.
— Ce n'était qu'un baiser, décréta-t-elle. Un baiser, ce n'est rien.
— Je ne suis pas d'accord, contra-t-il.
— Tu m'en veux encore ?
— Non.
Après tout ce qui s'était passé avec Line, comment pouvait-il en vouloir à sa sœur d'avoir embrassé Ruan ? Alors qu'il l'avait trompée ?
Line s'assit à califourchon sur ses genoux et passa ses bras autour de son cou. Il l'embrassa longuement, ses mains s'affairant déjà à déboutonner sa chemise brune. Elle rit et se recula un peu pour plonger ses yeux dans les siens.
— Tu es si pressé ? se moqua-t-elle.
— Ça fait longtemps, rétorqua-t-il, rougissant un peu.
Ils sursautèrent soudain quand la porte s'ouvrit, et l'espace d'un instant, ils furent de nouveau les deux adolescents qui se cachaient de leur père et qui guettaient ses pas dans le couloir. Leur fils entra, les joues noyées de larmes, traînant sa peluche derrière lui. Il se précipita vers Line, et elle se pencha pour le prendre dans ses bras.
— Maman ! pleura-t-il. Je veux pas dormir dans ma chambre ! La femme en noir est méchante, je veux pas !
Line jeta un regard étonné à son frère, qui secoua la tête.
— Je t'avais dit qu'il faisait des cauchemars.
— Je veux dormir avec vous ! gémit le petit garçon.
— C'est hors de question, répliqua Lúka.
— Maman ! supplia-t-il.
— Il doit apprendre à dormir seul, pensa l'homme.
— Ce n'est encore qu'un bébé, Lúka ! protesta sa sœur.
— Il a deux ans. Si on le laisse dormir avec nous cette nuit, il va nous ennuyer toutes les nuits !
— Je t'en prie, il a fait un cauchemar… Nous étions deux, nous n'avions pas besoin de notre père, mais lui, il n'a que nous ! insista Line.
— Fais ce que tu veux. Tu ne m'écoutes jamais, de toute façon.
Line se glissa dans les draps et se serra contre Lúka. Il se tourna vers elle, un peu inquiet.
— Alors ?
— Il s'est endormi. Mais je me sens quand même coupable. On aurait dû le laisser dormir avec nous, juste une nuit !
— Ce n'était pas une bonne idée. On lui passe déjà tous ses caprices, il y a des limites.
— J'ai l'impression d'être une mauvaise mère, avoua-t-elle.
— Je trouve que tu te débrouilles très bien, au contraire. Tu sais à quel point c'est dur pour nous d'élever un enfant. On aura toujours peur d'être trop sévères avec lui, à cause de la façon dont Père nous traitait. Mais il ne faut pas pour autant sombrer dans l'excès inverse.
— C'est ce dont j'ai peur, justement, soupira-t-elle. Parfois, j'ai l'impression que je ne suis pas faite pour être mère.
— Pourquoi dis-tu ça ? s'étonna son frère.
— Je ne sais pas. C'est juste une impression, rien de précis. J'ai déjà peur qu'il aille à l'école, de devoir rencontrer d'autres parents… Et tu imagines, quand il sera grand !
— On n'en est pas encore là, ma chérie. Et tu sais que l'école, ce sera bien pour lui.
— Je n'ai aucun doute là-dessus, Lúka. Nous avons trop souffert de notre solitude. Je veux que Mikhail puisse se faire des amis de son âge, qu'il sorte, qu'il aille à des goûters, et toutes ces choses que les enfants font normalement.
— C'est ce que je veux, moi aussi.
— Ton meeting s'est bien passé ? demanda-t-elle.
— Ça va. Je trouve que Will me lance des regards bizarres, depuis quelque temps. Mais sinon, ils ont tout gobé, comme d'habitude. Tout se déroule exactement comme je l'avais prévu, pas de souci de ce côté-là.
— Et pour Alpha ?
— Ça peut encore attendre quelques mois. Quelques années, même, s'il le faut.
— Je n'ai pas hâte de te voir partir là-bas, décréta-t-elle.
— Tu sais bien que je n'ai pas le choix. Je ne me réjouis pas non plus à l'idée de manger leurs trucs immondes tous les midis et de porter leurs drôles de chemises synthétiques douze heures par jour. Mais il faut ce qu'il faut. Et puis, ce sera peut-être amusant.
— Parler informatique toute la journée, amusant ? Je crois que j'en mourrais d'ennui.
Elle étouffa un bâillement et se mit à rire.
— Les journées de trente-cinq heures ne me réussissent pas. Et quand je pense que j'y retourne demain… Enfin, c'est la vie. Cela dit, je me réjouis de revoir Ludméa. Je l'aime bien.
— Je t'ai toujours dit qu'il te fallait une amie de ton âge.
— Elle n'a pas mon âge, protesta-t-elle.
— Peu importe. Pour moi, tu as toujours vingt ans.
— Tu es gentil, Lúka. Mais tu ne crois pas que les gens vont finir par se poser des questions ?
— Les techniques de rajeunissement sont plutôt au point, de nos jours, rétorqua-t-il.
— Tu as raison, approuva-t-elle. Ils nous ficheront la paix pendant quelques années encore, j'imagine.
Lúka lui sourit et l'attira contre lui.
— Quand Mikhail est entré, tout à l'heure, j'ai tout de suite pensé à Père, fit Line. Pendant une fraction de seconde, j'étais terrifiée.
— Je sais. J'ai ressenti la même chose que toi.
— Tu crois que… Tu crois qu'il nous a vus ?
— On ne faisait que s'embrasser, je ne pense pas que ça l'ait choqué.
— Non, je ne parlais pas de notre fils. Je parlais de Père. Tu crois qu'il nous a déjà espionné ?
Lúka rougit, mais la pénombre cacha son trouble et Line ne remarqua rien. D'après ce que Z'arkán avait laissé entendre, des caméras avaient été placées dans leur chambre, et des milliers d'heures d'enregistrement étaient archivées. Leur père avait sans doute dû les consulter à un moment ou un autre, sinon, il n'aurait eu aucun intérêt à filmer leur chambre. Mais si Line apprenait cela, elle souffrirait bien trop.
— Je ne vois pas pourquoi il aurait fait ça, mentit Lúka. Il passait les trois quarts de son temps dans son laboratoire, quand il n'était pas enfermé dans sa chambre. Je doute fort qu'il ait été dérangé au point de venir nous espionner.
Line se détendit et lui sourit. Elle l'embrassa doucement, glissant ses mains dans ses cheveux.
— Cette fois-ci, il dort. On ne risque pas d'être dérangés, lui murmura-t-elle.
— Je suis bien content que tu aies mis ta nuisette. Cette chemise avait l'air d'un cauchemar à déboutonner, plaisanta-t-il.
— C'est bien une réflexion de mec, ça, répliqua-t-elle.
— Que veux-tu, le côté pratique avant tout !
— A propos de côté pratique, reprit-elle en passant les mains sous son T-shirt. Tu devrais fermer la porte, lorsque tu viens te coucher. Ça nous éviterait d'être un jour surpris par notre fils.
Il la fit basculer sur lui et posa ses mains au creux de ses reins, appréciant la finesse de sa taille.
— Mais j'avais fermé la porte, ma chérie…
— Mikhail est bien trop petit pour atteindre la poignée, lui fit remarquer sa sœur. Si tu avais fermé la porte, il n'aurait jamais pu entrer.
Lúka se redressa sur ses coudes et la dévisagea d'un air étonné.
— Je te jure que j'ai fermé la porte, Line. J'en suis absolument certain.
— Alors comment a-t-il pu entrer ?
Ils échangèrent un regard appuyé, puis Line secoua la tête.
— Non, c'est impossible. C'est bien trop tôt, il n'a que deux ans ! Il a sans doute utilisé sa peluche pour tirer sur la poignée.
— Tu as sûrement raison, lui accorda son frère. C'est la seule explication possible.
Mais tous deux ne pouvaient se défaire de la pensée qui avait effleuré leur esprit au même instant : leur fils avait leur pouvoir, et celui-ci commençait déjà à se manifester.
***
Mikhail, couché dans son petit lit, avait tourné son visage vers le mur et crispait ses paupières de toutes ses forces. Blotti sous les couvertures, il mourait de chaud, mais n'aurait abandonné sa vaine cachette pour rien au monde ; il savait bien que s'il se découvrait, la femme en noir serait là. Respirant à peine, figé dans une immobilité totale, il était terrifié. Pourquoi sa mère l'avait-elle abandonné ? Elle lui avait dit que cette femme n'était pas vraie, qu'elle n'était que dans sa tête. Mais elle mentait, et elle n'avait pas voulu le croire quand il lui avait assuré que ce n'était pas un rêve, que la femme était bien réelle.
Les larmes coulaient le long de ses joues et il serrait sa peluche contre lui, espérant que ses parents reviendraient le chercher et qu'ils chasseraient cette affreuse femme. Elle était là, toute proche. Il pouvait presque sentir son haleine glacée à travers la couverture.
— Alors, Mikhaiiil, tu as peur de nous ? lui susurra-t-elle.
Il sursauta et se recroquevilla sur lui-même, tremblant. Elle était plus proche qu'il ne l'aurait cru. D'habitude, elle restait tapie dans un coin de la pièce, mais là, elle semblait n'être qu'à quelques dizaines de centimètres de lui.
— Allez-vous-en ! pleura-t-il. Vous n'êtes pas vraie !
La femme partit d'un grand rire aux étranges éclats métalliques. Mikhail sanglotait, le visage enfoui contre sa peluche. Pourquoi ses parents l'avaient-ils laissé seul avec elle ?
Il sentit soudain une main se poser sur son épaule et hurla de toute la force de ses poumons.
Line s'éveilla en sursaut, la peur au ventre. Quelque chose de terrible était en train de se produire, elle en était certaine ! Elle s'assit précipitamment et chercha l'interrupteur de la lampe de chevet, jurant entre ses dents et maudissant son père qui n'avait jamais aimé les technologies de commande vocale.
— Lúka, murmura-t-elle. Lúka !
— Je suis réveillé, fit-il en posant une main rassurante sur son épaule.
Elle tremblait et il fronça les sourcils. Avait-elle fait un cauchemar ? Cela faisait des années qu'elle ne s'était pas réveillée en pleine nuit, complètement paniquée. Il voulut l'attirer contre lui, mais elle le repoussa.
— Il se passe quelque chose ! Je… J'ai entendu notre fils crier !
— Tu as dû rêver. C'est absolument impossible. Tu sais bien que les murs sont insonorisés.
— Je sais ce que j'ai entendu ! cria-t-elle.
Elle alluma enfin la lumière et sauta hors du lit. Lúka soupira, mais enfila son T-shirt et se leva à son tour. Il lui tendit sa robe de chambre et elle se débattit un instant avec les manches, avant de l'envoyer au loin, agacée. Son frère la regarda, étonné. Il ne l'avait encore jamais vue comme cela. Elle semblait paniquée, et perdue. Elle s'agitait en tous sens, paraissant incapable de prendre la moindre décision.
— S'il lui est arrivé quelque chose, je ne me le pardonnerai jamais ! fit-elle en s'élançant finalement hors de la pièce.
Lúka la suivit. L'inquiétude de sa sœur commençait à le gagner. Pour être très honnête, il avait lui aussi cru entendre un cri, cependant, il était impossible que ce soit Mikhail. Lorsque sa sœur s'était éveillée à côté de lui, il en avait déduit qu'elle avait simplement fait un cauchemar. Line était persuadée que leur fils était en danger et il savait qu'il ne pourrait pas la calmer tant qu'elle n'aurait pas pu constater par elle-même qu'il n'avait rien. Sa chambre n'était pas loin de la leur, mais les murs étaient épais et ne laissaient passer aucun son. La seule explication recevable était qu'il se soit servi de son don de télépathie pour les appeler. Et il était bien trop jeune. Line et lui n'avaient pas été capables de communiquer ainsi avant l'âge de huit ou neuf ans, même s'ils avaient toujours senti qu'un lien particulier les unissait, déjà bien avant cela. Mais Mikhail n'avait que deux ans.
Line ouvrit la porte de la chambre de leur fils et entra, s'attendant déjà au pire. A la lumière de la veilleuse, elle vit que Mikhail dormait bien tranquillement dans son lit, blotti sous les couvertures comme à son habitude. Elle secoua la tête, incrédule.
— Tu vois, il n'y avait pas à s'en faire, lui murmura Lúka. Retournons nous coucher, tu as dû rêver.
— Non, je ne suis pas folle, je suis sûre de l'avoir entendu crier ! souffla-t-elle. Quelque chose est arrivé, je le sais.
— Line, calme-toi, je t'en prie. Il n'a rien, tu le vois bien. Il dort, et tu devrais en faire autant. Une longue journée t'attend, demain.
— Je sens qu'il y a un problème ! insista-t-elle.
Lúka soupira. Il connaissait sa sœur : elle ne dormirait pas tant qu'elle ne serait pas absolument certaine que Mikhail allait bien. Déjà, elle s'approchait doucement de lui, les traits tendus. Elle allait le réveiller, et il ne voudrait plus se rendormir. Ils devraient de nouveau passer la moitié de la nuit à lui raconter une histoire et à lui préparer un biberon de cacao pour qu'il accepte de se remettre au lit… Pourquoi Line ne pouvait-elle pas être un peu raisonnable, parfois ?
— Lúka ! cria-t-elle soudain. Il ne respire plus !
Son sang ne fit qu'un tour et il se précipita à ses côtés. Il prit le petit corps de son fils entre les bras, essayant de garder son calme. Mikhail n'avait pas plus de réaction qu'une poupée de chiffon, et son pouls était faible. Line s'était trompée, il respirait. Mais bien trop faiblement.
— Line, va allumer la grande lumière ! ordonna-t-il, furieux qu'elle reste là, inutile.
Elle hocha la tête et courut tourner le commutateur. Lúka s'affairait déjà à ôter le haut de pyjama de Mikhail, le visage impassible. Elle ne put s'empêcher d'admirer son calme apparent, bien qu'elle sache qu'il était aussi terrifié qu'elle. Un jour, elle lui avait demandé comment il faisait pour ne pas se laisser envahir par la panique, et il lui avait simplement répondu que cela ne servait à rien de paniquer, vu que cela ne ferait pas avancer les choses. Certaines décisions devaient être prises, et s'il ne les prenait pas, personne ne s'en chargerait à sa place. Mais là, il s'agissait de leur fils, et elle savait qu'elle aurait été incapable de faire quoi que ce soit. Elle aurait aimé pouvoir l'aider, elle aurait voulu être en état de prendre des initiatives, cependant, elle restait figée, une main sur le commutateur, à le regarder faire du bouche-à-bouche à Mikhail.
Au bout de ce qui lui sembla une éternité, le petit garçon ouvrit les yeux et commença à pleurer. Son instinct de mère se débattit pour passer par-dessus la panique, et elle se précipita auprès de lui, les joues noyées de larmes.
— Maman ! appela-t-il d'une voix rauque.
— Je suis là, mon chéri, je suis là…
Elle le prit dans ses bras et embrassa ses joues, le serrant contre elle. Lúka s'était relevé et s'était adossé au mur, les yeux fermés, les mains tremblantes. Elle s'approcha de lui et l'attira à elle. Il l'entoura de ses bras, appuyant sa joue contre la sienne. Mikhhail pleurait toujours, mais ses sanglots se calmaient peu à peu. Line le sentait se détendre contre elle.
— Lúka, tu l'as sauvé, murmura-t-elle à son frère.
— Non, c'est toi. C'est toi qui l'as entendu nous appeler. Moi, j'étais trop enfermé dans mes schémas de pensées pour imaginer qu'un gosse de deux ans puisse se servir de son don de télépathie… On a failli le perdre, souffla-t-il.
— Je veux pas rester tout seul ! gémit Mikhail. Maman, je veux dormir avec toi !
— Je ne vois pas comment je pourrais refuser, après ce qui vient de se produire, fit Lúka.
Line hocha la tête et sortit de la chambre, son visage noyé de larmes tout contre celui de son fils. Lúka balaya la pièce du regard, les sourcils froncés, une main sur le commutateur. Puis, il éteignit la lumière et suivit sa sœur.
***
Perdu dans ses pensées, Lúka fixait le mur d'un regard vide, assis sur le rebord du lit. Line était à la salle de bain avec Mikhail, et le petit garçon semblait se remettre lentement de ses émotions. Il l'entendit rire et cela le rassura un peu. Qu'avait-il pu se passer ? Leur fils était en état de choc lorsqu'ils étaient arrivés, c'était certain. Etait-ce à cause de ses cauchemars ? Cela paraissait improbable… Tous les enfants faisaient des cauchemars. On ne les retrouvait pas tous à moitié inconscients dans leur lit, respirant à peine. Non, il y avait sûrement eu autre chose. Il demanderait à Z'arkán de lui montrer les enregistrements.
— Lúka ! cria soudain sa sœur.
Il sursauta et la rejoignit en quelques enjambées. Le ton de sa voix ne présageait rien de bon, et il ne voulait pas courir le risque de sous-estimer ses intuitions féminines une fois de plus. Elle était en train de mettre un pyjama propre à Mikhail, et tenait encore la petite chemise entre ses mains.
— Regarde ça, fit-elle en demandant à son fils de lever la tête pour dégager son cou.
Des marques rougeâtres s'étalaient sur sa peau. Des marques de mains. Quelqu'un avait essayé d'étrangler le petit garçon.
— L.I., souffla Lúka entre ses dents.
Il s'apprêtait à tourner les talons lorsque sa sœur le retint. Il lui fit face, furieux.
— Tu vas encore la défendre, c'est ça ? Après ce qu'elle vient de faire à notre fils ?
— Ça ne peut pas être elle ! protesta Line. Tu sais bien que sa chambre est verrouillée, pendant la nuit !
— Ce ne serait pas la première fois qu'elle sortirait, malgré le verrou ! Il semblerait qu'il y ait quelques bugs dans la sécurité du laboratoire. De toute façon, ce ne peut être qu'elle !
— Lúka, je t'en prie… Elle aime Mikhail. Elle ne lui aurait jamais fait ça !
— Tu ne la connais pas. Cette fille n'attend qu'une chose : se venger. Elle attend seulement le bon moment pour frapper ! riposta-t-il.
Pourquoi sa sœur ne pouvait-elle pas comprendre cela ? C'était pourtant si simple !
— Depuis toutes ces années, tu te sens coupable, l'accusa-t-il. Tu n'as rien pu faire pour empêcher notre père de les garder prisonnières, elle et sa sœur, et à présent, tu essaies de te racheter. Mais ce qui est arrivé n'est pas de ta faute, Line. Ce n'était pas de ta faute ! répéta-t-il.
La jeune femme se mit à pleurer. Son fils la regarda, inquiet. Il l'entoura de ses bras, les larmes aux yeux.
— Tu gardes encore cette barrette de perles qu'elle avait dans ses cheveux en arrivant ici. Et ne nie pas, je t'ai vue la regarder et la serrer entre tes doigts en pleurant. Notre père était un salaud, mais ce n'est pas la peine de te transformer en potiche pour autant ! appuya-t-il. Tu es intelligente, nom d'un chien ! Tu me demandes de me mettre à la place de Ludméa, d'essayer de comprendre ce qu'elle ressent… Je ne connais pas cette fille, mais je peux te dire une chose, je connais très bien L.I. Elle est loin d'être l'ange innocent en qui tu as pleinement confiance. Elle déteste Mikhail, elle te déteste aussi !
— C'est faux ! pleura Line. Comment peux-tu dire une chose pareille ? Lyen est mon amie !
— Non, Lyen n'est pas ton amie. Lyen est une petite fille qu'on a arrachée à sa vie de princesse et qu'on a enfermée dans une cellule de dix mètres carrés. Une petite fille qu'on a séparée de sa grande sœur et qu'on a maltraitée pendant toute son enfance. Je sais que je suis également responsable de cela, et je l'assume parfaitement, ajouta Lúka comme elle ouvrait la bouche pour l'accuser. C'est une jeune fille qui a vu sa sœur mourir sous ses yeux, parce que la pauvre Nato ne pouvait pas porter les précieux enfants de Père. C'est une femme à qui on a implanté quatre séries d'embryons, et à qui on a enlevé ses bébés. Et je peux te dire une chose, Line, depuis le jour où nous l'avons ramenée de Lambda pour lui implanter les jumeaux, elle nous déteste.
— Mais elle n'a aucune raison de me détester ! protesta sa sœur. Tu ne la connais pas !
— Oh, que si, je la connais. Elle sait que la ramener de Lambda était ton idée. Elle sait que je lui ai implanté les embryons à elle parce que tu étais enceinte de Mikhail. Elle sait tout cela. Ne la sous-estime pas. L.I. est une femme extrêmement intelligente. Elle a néanmoins commis l'erreur à ne surtout pas commettre : elle s'est attaquée à notre fils. Et tu ne peux pas décemment la défendre après ce qu'elle vient de faire !
Il était absolument furieux, les commissures de ses lèvres blanchies par la colère, les poings serrés. Si Line ne parvenait pas à l'en empêcher, il frapperait Lyen jusqu'à la mort.
— Lúka, je t'en supplie, je sais que ce n'est pas elle ! Crois-moi !
Mais l'homme ne se rappelait que trop de l'étrange rêve qu'il avait fait, la veille. Lyen essayait de l'étrangler. Et une coïncidence pareille était un peu trop belle à son goût. Cela faisait bien longtemps qu'il savait que la femme avait leur don, même s'il était bien moins développé. Il suffisait qu'elle ait pensé à ce qu'elle allait faire à Mikhail, et son esprit extrêmement réceptif l'avait englobé dans son cauchemar.
— Mikhail, qui est-ce qui t'a fait ça, dis-moi ! le pressa Line.
Le petit garçon leva ses grands yeux vers son père, la bouche tremblante. Il avait l'air absolument terrifié.
— C'est la femme en noir, murmura-t-il. Elle est méchante, et elle m'a fait mal !
— Tu vois, ce n'est pas Lyen !
— Ça ne veut rien dire. Il fait un cauchemar, et il a interprété les événements réels dans son rêve. Ça ne peut être qu'elle, et tu le sais bien ! Comment peux-tu encore en douter ? Alors que tu viens de m'exposer tes théories sur le refus de l'acceptation de certains éléments qui détruiraient l'image que l'on se fait de quelqu'un…
— Quoi ?
— Mais oui, quand tu me disais que Ludméa avait inventé cette histoire pour protéger Ruan ! Qu'elle était vraiment persuadée de s'être cognée contre le montant du lit, et qu'elle était prête à dénicher les explications les plus tirées par les cheveux pour ne pas accuser l'homme qu'elle aimait ! Tu réagis exactement comme elle ! Bientôt, tu me diras que Mikhail s'est fait ces marques lui-même !
— Ça n'a rien à voir, répliqua Line.
— Ça a tout à voir ! cria-t-il. Pas plus tard que ce soir, tu m'as dit que toi aussi, tu agirais de même dans une situation comme la sienne ! Comment puis-je croire à ton impartialité vis-à-vis de Lyen alors que tu la protèges depuis des années et que tu refuses de voir toutes les preuves que je te présente ! On dirait que tu te mets des œillères pour ne pas devoir assumer de t'être trompée !
— Lúka, arrête ça, ce n'est ni le lieu ni le moment d'avoir une dispute ! décréta-t-elle. Notre fils a besoin de sommeil, et il est quatre heures du matin ! Et tu lui fais peur, à crier comme ça !
— Et toi, tu me fais peur à agir de manière aussi stupide ! riposta-t-il.
Il lui jeta un regard furieux et sortit de la pièce.
— Où tu vas comme ça, maintenant ?
— Je vais te chercher des preuves, appuya-t-il. Et j'espère qu'une fois que tu les auras, tu arrêteras de te voiler la face.
Il s'assit dans son fauteuil, les mains tremblant encore de colère retenue. Pourquoi Line ne pouvait-elle pas accepter la vérité ? Elle était intelligente, que diable ! Et pourquoi son père avait-il ramené cette satanée gamine rousse ? Depuis près de vingt ans, elle faisait de sa vie un enfer !
— Z'arkán, montre-moi les enregistrements de la chambre de Mikhail, ordonna-t-il. Je veux que tu me trouves le moment où L.I. est entrée.
— Recherche effectuée, répondit l'hologramme bleuté. Aucune occurrence n'a pu être trouvée.
— Quoi ?
Il se rapprocha inconsciemment de son bureau, les yeux agrandis de surprise. Avait-il tiré des conclusions trop hâtives ? Mais c'était impossible ! Personne ne pouvait entrer dans le laboratoire, et ce n'était certainement pas Line qui avait fait cela à leur fils !
— Montre-moi l'enregistrement à partir de trois heures du matin, en avance rapide, s'il te plaît.
Lúka vit son fils dormir paisiblement. Puis, il s'éveilla et rabattit les couvertures sur son visage. Une drôle d'interférence qu'il connaissait bien brouillait une partie de l'image, et il sentit son cœur s'accélérer.
— Arrête, vitesse normale, souffla-t-il.
L'interférence semblait immobile, et comme il s'en doutait, elle se produisait sur les trois caméras différentes. Elle avait plus ou moins la taille d'un homme. Lúka scruta l'image, le visage tendu. Au bout de quelques instants, il commença à la voir bouger, et des grésillements se produisirent sur la bande son. Son fils se mit à pleurer et demanda à la chose de partir, mais celle-ci se rapprocha de lui. L'homme vit les interférences recouvrir le lit de Mikhail, et entendit celui-ci hurler. Ses cris ne tardèrent pas à faiblir, remplacés par des hoquets essoufflés. Quoi que ce soit, cela avait clairement eu l'intention de l'étrangler. Soudain, les interférences disparurent, et moins d'une minute plus tard, il vit sa sœur entrer dans la pièce, paniquée.
— Z'arkán, est-ce que tu as détecté une variation dans le flux énergétique de ton système ?
— Affirmatif. La variation correspond à l'apparition des interférences sur l'enregistrement, et l'augmentation de demande en énergie ne se termine qu'à leur disparition.
— Et tu ne peux toujours pas identifier l'origine de cette demande ?
— Non, cela m'est impossible, Père.
— Mais pourquoi ? Tu dois bien avoir une idée, non ? Tu es responsable de la gestion de l'énergie du système, tu dois savoir où l'énergie supplémentaire passe ! insista-t-il.
— Cela m'est impossible, répéta l'hologramme d'une voix impassible. Je n'ai pas accès à cette information, ajouta-t-elle.
— Comment ça ? Mais tu as accès à tout le système ! protesta Lúka.
— Je n'ai pas accès à cette information, Père, je suis désolée.
— Et qui a accès à cette information, alors ? Et ne me réponds pas "je n'ai pas accès à cette information".
Z'arkán n'ouvrit pas la bouche, se contentant de le regarder d'un air indifférent. Lúka se demanda l'espace d'un instant s'il n'aurait pas intérêt à fusionner le module Line avec Z'arkán. L'hologramme impersonnel et sans émotion commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.
— Bon, alors ? grommela-t-il.
— Vous m'avez interdit de répondre, Père.
— Merde ! En gros, tu as quelque chose qui est en train de pomper l'énergie de ton système, mais tu ne peux pas savoir ce que c'est, parce que cette chose t'a interdit l'accès à cette information ? résuma-t-il.
— C'est exact.
— Génial, soupira-t-il.
— Je ne trouve pas ça tellement positif, contra Z'arkán.
— C'était ironique.
— Vous ne m'avez pas donné d'instruction concernant l'ironie, lui rappela son hologramme.
— Ah vraiment ? Visiblement, tu n'as même pas eu besoin d'instructions, cingla-t-il. Filtre les enregistrements de la chambre de mon fils, je veux savoir si ces interférences se sont déjà produites.
L'hologramme ferma les yeux quelques instants et sa lumière bleutée s'intensifia, comme toujours lorsqu'elle opérait une tâche complexe. Au bout d'une dizaine de secondes, elle afficha une liste, qui déroula de façon apparemment infinie devant ses yeux.
— Cinq cent vingt-trois occurrences trouvées, Père.
Commentaires
1. Le vendredi 20 juillet 2007 à 19:43, par Naraé
2. Le mardi 24 juillet 2007 à 21:35, par Nantu
3. Le mardi 7 août 2007 à 18:20, par espoir
4. Le lundi 13 août 2007 à 22:47, par Aethalia
5. Le lundi 20 août 2007 à 14:05, par nayanka
6. Le mardi 21 août 2007 à 17:39, par louloute
7. Le jeudi 23 août 2007 à 19:25, par Ness
8. Le mercredi 29 août 2007 à 01:47, par Mélie
9. Le vendredi 31 août 2007 à 10:58, par Ness
10. Le vendredi 31 août 2007 à 13:40, par Mélie
11. Le vendredi 31 août 2007 à 15:19, par Ness
12. Le dimanche 2 septembre 2007 à 18:31, par caloue
13. Le jeudi 6 septembre 2007 à 17:44, par Butterfly
Ce commentaire a été modifié le 2007-10-05 11:37:55.
14. Le vendredi 5 octobre 2007 à 11:37, par Ness
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