CHAPITRE X

Ils nagèrent longtemps, riant et se pourchassant dans de grandes gerbes d'eau. Cela faisait plusieurs années que Lúka ne s'était pas autant amusé, et il se sentait redevenir le petit garçon qu'il avait enfoui tout au fond de lui. Mais dès qu'il l'attrapait, dès qu'il sentait son corps nu contre le sien, il ne pouvait s'empêcher de la désirer à nouveau. Et à chaque fois, elle lui échappait, elle se glissait hors de ses bras en riant, ses yeux verts pétillant de malice.

Finalement, ils se retrouvèrent à une dizaine de mètres à peine de la petite île et Line reprit pied. Elle lui sourit, espiègle, et courut vers l'immense châtaignier. Lúka hésita un instant, puis la suivit. Il s'arrêta un instant pour observer l'arbre, impressionné par son énorme tronc. Sur Lambda, la végétation était plutôt florissante et poussait bien plus vite que sur Terre. Il avait rarement vu des châtaigniers si imposants : à sa base, celui-ci mesurait bien trois ou quatre mètres de diamètres, et il était encore jeune — une centaine d'années tout au plus. Line s'était cachée derrière le tronc et se pencha pour lui sourire. Il fit quelques pas dans sa direction, mais elle recula avec un petit rire cristallin. Au moment où il allait la toucher, elle s'enfuit en riant, avant de se laisser tomber au milieu des fleurs. Lúka s'assit à côté d'elle, les yeux baissés pour ne pas être tenté de les poser sur son corps nu.

— Tu as de la chance que l'on soit au printemps, décréta-t-il.

— Pourquoi ?

Elle se redressa à demi sur un coude, les lèvres entrouvertes, l'air attentive.

— A cause des châtaignes, rétorqua-t-il.

Il cueillit une fleur et la piqua dans les cheveux de la jeune fille. Puis, il se releva et alla s'appuyer contre le tronc de l'immense châtaignier, les yeux perdus dans le vague. A l'ombre, il faisait presque un peu frais et le contact de son caleçon encore trempé sur sa peau n'était pas des plus agréables. Au bout d'un moment, il sentit des bras se nouer autour de sa taille et il posa ses mains sur celles de Line.

— Tu as froid ? demanda-t-il.

— Un peu.

Il se retourna et rencontra son regard d'émeraude, si semblable au sien. Il caressa sa joue, écartant quelques mèches mouillées. Elle sourit et ferma les yeux. Il laissa retomber sa main, troublé. Pourquoi ne pouvait-il pas passer deux minutes sans la toucher ? Pourquoi n'arrivait-il pas à démêler ses émotions, une fois pour toutes ?

— Viens, murmura-t-elle en glissant sa main dans la sienne.

Il la suivit, docile, et elle l'entraîna au bord de la petite île, hors de l'ombre de l'immense châtaignier. Il y faisait beaucoup plus chaud et les frissons sur la peau de Line disparurent. Il s'assit dans l'herbe et la jeune fille se pelotonna contre lui, la tête sur son épaule. Presque sans y penser, il l'entoura de son bras.

L'après-midi touchait déjà à sa fin. Le ciel avait pris une couleur rose-orangé et les quelques nuages qui zébraient l'horizon s'étaient teintés de violet. Lúka ne put s'empêcher de se dire que le coucher de soleil lambdien surpassait en tous points les plus beaux couchers de soleil terriens. Sans qu'il sache trop pourquoi, il se retrouva en train d'expliquer à la jeune fille le phénomène de réfraction de la lumière sur les particules dispersées dans l'atmosphère. Elle éclata de rire.

— Ce n'est qu'un coucher de soleil, Lúka, pas la peine de t'emballer !

Il rougit et bafouilla une excuse. Il avait toujours tendance à partir dans de longs discours lorsqu'il était gêné. Elle lui sourit et caressa sa joue avec douceur. L'eau avait rendu le vert de ses iris plus clair, et Lúka pensa aussitôt à sa sœur. Line lui ressemblait beaucoup, à l'exception des yeux bridés, évidemment.

— Tes parents, ils sont où ? demanda-t-il.

Elle se détourna, une ombre passant sur son visage.

— Ils sont sur Gamma, avec mes deux frères.

— Mais pourquoi n'es-tu pas avec eux ? s'étonna-t-il.

— Je ne m'entends pas avec mon père, j'ai préféré rester avec Saraï.

Lúka sentit qu'elle lui mentait, mais n'insista pas.

— Il fallait quelqu'un pour s'occuper de Grand-mère, tu comprends ? appuya-t-elle.

— Il me semble que Saraï est tout à fait capable de se prendre en charge seule, répliqua-t-il. Et cette jeune femme qui m'a ouvert la porte…

— Gena. C'est notre femme de ménage.

— Elle pourrait s'occuper de ta tante, non ?

La jeune fille soupira et baissa les yeux.

— C'est compliqué, lâcha-t-elle.

Il l'observa discrètement, incapable d'empêcher son regard de glisser sur son corps nu. Elle était mince, et il imagina ses mains se poser au creux de sa taille, remonter sur ses seins…

Elle se tourna vers lui et lui sourit. Il rougit en réalisant qu'elle avait sans doute suivi le fil de ses pensées.

— On dirait que je te plais quand même un peu, finalement, décréta-t-elle.

Il ne sut pas quoi répondre et resta silencieux, se sentant très bête. Elle plongea ses yeux dans les siens et s'avança vers lui, les lèvres entrouvertes. Il l'embrassa d'abord timidement, pas encore sûr de ce qu'il voulait vraiment, puis l'attira contre lui, dévoré par son désir grandissant. Depuis des heures, elle le taquinait, se collait contre lui, jouait avec son esprit tourmenté. Au diable les convenances ! Elle avait quatorze ans, et alors ? Elle savait très bien ce qu'elle voulait, mieux encore que lui-même !

Il la coucha dans les fleurs, parcourant son corps de baisers et de caresses, vaguement conscient du fait qu'elle était à nouveau en train d'utiliser son don de persuasion mentale pour l'influencer. Dans d'autres circonstances, il aurait été furieux. Dans la situation présente, il se sentait toutefois terriblement soulagé : il n'avait pas envie de la repousser, et si elle utilisait son don contre lui, cela lui permettait de trouver des excuses à son propre comportement et de sauver les apparences. Cette réaction était lâche et immature, cependant, il avait besoin de se décharger de sa culpabilité. Il aurait sans doute pu résister, il aurait pu se relever et l'abandonner là, il aurait pu agir en adulte, mais cela n'avait plus d'importance. Rien n'avait plus d'importance. Il n'y avait plus que les lèvres douces de Line contre les siennes, ses mains qui caressaient son corps, les mots tendres qu'elle lui murmurait… Elle était télépathe, chacun de ses gestes le lui prouvait. Elle savait exactement quoi faire pour lui ôter toute envie de résister, et Lúka comprit enfin comment Ruan était parvenu à ses fins avec toutes les femmes qu'il avait désirées. Line était comme lui, à la différence près qu'elle était parfaitement consciente de son don et de ce qu'il impliquait.

— Line, on ne devrait pas… murmura-t-il. Je devrais te repousser…

Elle l'attira contre elle et l'embrassa longuement. Ses mains se glissèrent sous l'élastique de son caleçon et il frissonna d'anticipation.

— On ne fait rien de mal, lui chuchota-t-elle à l'oreille.

Elle fourra son visage dans son cou pour effleurer de ses lèvres sa peau encore humide. Il ferma les yeux. Non, ils ne faisaient rien de mal…

***

La nuit était tombée, et Isis, la première lune de Lambda, se levait lentement à l'horizon et éclairait le petit lac d'une douce lueur un peu bleutée. Les fleurs s'étaient closes, mais leur léger parfum flottait encore dans l'air du soir. Blottie contre Lúka, Line avait fermé les yeux. Elle ne dormait pas. Lui regardait le ciel, qui se découpait entre les feuilles du grand châtaignier. Les premières étoiles étaient apparues, petits points scintillants, et il se surprit à chercher la Grande Ourse et l'Etoile Polaire, avant de réaliser qu'il ne les trouverait pas ; il était bien loin de chez lui. Et pas seulement physiquement.

Il préférait ne pas penser à ce qui venait de se passer, même si le corps chaud de Line contre le sien ne pouvait manquer de lui rappeler à quel point tout cela était réel. Cette fois, il n'avait plus l'excuse d'avoir été drogué. Et même s'il savait qu'elle avait utilisé son don de persuasion mentale contre lui, il savait aussi qu'il avait été loin de lui offrir une résistance digne de ce nom. Que penserait sa sœur si elle découvrait ce qu'il avait fait ? Il avait déjà eu peur de la confronter après avoir simplement embrassé la jeune fille, mais à présent, qu'allait-il faire ?

— Ne pense pas à ça, Lúka, murmura Line.

Il caressa ses cheveux avec tendresse et soupira.

— Je n'y peux rien. Je ne peux pas ne pas y penser.

— Tu regrettes ce que nous avons fait ?

Elle s'était redressée sur un coude et avait plongé ses yeux dans les siens, le visage un peu triste. La lueur de la lune donnait à sa peau une teinte plus foncée, mais rendait ses iris plus clairs, presque lumineux. Elle était belle.

— Je ne sais pas, avoua Lúka.

Line s'assit face au lac, les genoux relevés contre son menton, ses cheveux fins cachant son visage. L'homme ne pouvait s'empêcher de percevoir sa détresse et cela lui faisait mal. Il avait envie de la serrer dans ses bras, de lui dire qu'il ne regrettait rien, toutefois, ç'aurait été lui mentir.

— Ne me dis pas que c'est la première fois que tu trompais ta femme, marmonna-t-elle.

Elle s'acharna sur une fleur jaune qui avait eu le malheur de se trouver à portée de ses doigts désespérés.

— Si, c'est la première fois.

— J'ai du mal à te croire, répliqua-t-elle, envahie par la colère.

Elle lui en voulait. Il était là, près d'elle, et il ne pensait qu'à l'autre.

— Beau comme tu es, tu dois avoir toutes les femmes à tes pieds, ajouta-t-elle.

— Tout le monde n'est pas comme ton cousin, le Don Ruan du huitième étage, plaisanta-t-il.

— Je t'interdis de dire du mal de mon cousin, souffla-t-elle en lui lançant un regard destructeur.

— Je te demande pardon. Non, je n'ai pas toutes les femmes à mes pieds, et même si c'était le cas, crois-tu que cela changerait quelque chose ?

— Je ne sais pas…

Elle se tourna vers lui et lui fit un pauvre sourire.

— Prends-moi contre toi, Lúka, j'ai froid.

Il la serra contre lui, la gorge nouée.

— Line, je suis désolé… Tu sais bien que je ne peux pas t'aimer !

— Mais je ne te demande pas de m'aimer ! protesta-t-elle. Tu aimes une autre femme, et moi j'aime un autre homme.

— Quoi ? s'étonna-t-il.

— Oui, c'est vrai, tu as oublié. Cela n'a pas d'importance. Je me suis attachée à toi, c'est tout. Et c'est vrai que je n'aurais pas dû, mais… Mais tu me plais beaucoup. Quand je te vois, j'ai envie que tu me prennes contre toi, que tu m'embrasses, que tu me fasses l'amour. Et j'ai beaucoup pensé à toi, ces deux derniers jours.

Elle ne lui disait pas toute la vérité et il le sentait sans peine. Sous ses doigts, elle était tendue, sur la défensive. Il ne pouvait pas lui en vouloir de chercher à se protéger.

— Raconte-moi ta première fois, Lúka, demanda-t-elle en lui souriant, toujours un peu crispée.

L'homme rougit et s'écarta un peu d'elle.

— Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée, avança-t-il.

— Pourquoi ? Ce n'était pas bien ?

— Mais non, ce n'est pas ça ! se défendit-il. C'est privé, c'est tout.

— Tu fais ton timide ? se moqua-t-elle gentiment. Et ne me regarde pas comme ça, tu crois que je n'ai pas remarqué que tu étais timide ?

— Je ne suis pas timide !

— Bien sûr que si, tu l'es. Un timide qui a presque réussi à vaincre sa timidité, voilà ce que tu es.

Lúka était écarlate et rempli de gratitude pour l'obscurité qui dissimulait sa gêne avec tant de commodité. Line souriait, malicieuse. Elle passa ses bras autour de son cou avant de l'embrasser. Il écarquilla les yeux de surprise et elle éclata de rire.

— Tu es bien une gamine, grommela-t-il.

— Allez, vas-y, raconte ! le pressa-t-elle, ignorant sa remarque.

— Mais pourquoi les filles veulent toujours savoir ce genre de choses, hein ? Est-ce que je t'en pose, moi, des questions pareilles ?

— Je peux te raconter, si tu veux, proposa-t-elle, hilare. Ça te rappellera quelques souvenirs…

Lúka se prit la tête dans les mains, désespéré.

— Arrête donc de te sentir coupable. C'était très bien, je te l'ai déjà dit. Tu avais quel âge ?

— Pardon ?

— Tu avais quel âge, la première fois ?

— Euh, je ne sais plus… C'était il y a longtemps. Quinze ou seize ans, j'imagine.

— C'était avec ta sœur ?

— Quoi ?!!

Il la regarda, les yeux ronds. Comment savait-elle…

— C'est toi qui me l'as dit. C'était avec elle, alors ?

— Oui, c'était avec elle, soupira-t-il.

Il n'y comprenait plus grand-chose, et les questions de Line ne contribuaient pas à éclaircir son esprit.

— Comment c'était ?

— C'était bizarre, répondit-il, évasif.

En vérité, cela avait été si catastrophique que lui et sa sœur s'étaient évités pendant plusieurs jours sans oser se regarder, honteux. Et puis, c'était presque un accident, cela n'avait rien eu de planifié. D'un commun accord, Line et lui n'en avaient jamais reparlé. Ils n'avaient pas recommencé avant de longs mois, d'ailleurs.

— Et ta sœur, elle avait quel âge ? insista la jeune fille.

— Le même âge que moi. C'est ma sœur jumelle, précisa-t-il.

— C'est marrant, fit Line. Des jumeaux !

— Je ne vois pas ce qu'il y a de marrant.

— Non, c'est juste que… Il y a beaucoup de jumeaux, dans ma famille. Je trouvais ça intéressant, c'est tout.

— Je ne savais pas, reconnut Lúka, pensif. Qui, par exemple ?

— Oh, plein de gens. J'ai vu ça sur l'arbre généalogique de Saraï. Le père de Ruan était le frère jumeau de mon père…

— C'est vrai ? s'écria-t-il.

— Oui, mais t'emballe pas, hein !

— Des vrais jumeaux ou des faux jumeaux ?

— Faux jumeaux. Mon père a les cheveux presque noirs et son frère était blond. Mais ils avaient les mêmes yeux, par contre. J'ai vu des photos, ils se ressemblaient quand même beaucoup.

— Tu pourrais m'avoir une copie de l'arbre généalogique qu'a fait ta tante ?

— Non. Elle y tient comme à la prunelle de ses yeux. Elle l'a toujours avec elle, elle dort même avec.

— C'est dommage…

— Pourquoi tu veux absolument voir ce papier ? s'étonna-t-elle. Pourquoi t'intéresses-tu comme ça à ma famille ? Je veux dire, on n'a rien de spécial !

— Oh, non, rien de spécial, ironisa-t-il. Tu es télépathe, Line !

Elle haussa les épaules.

— On n'est pas la seule famille télépathe, sur Toria. La famille royale a aussi notre don.

— Oui, mais vos deux familles ne sont qu'une seule et même famille, lui fit-il remarquer. Ton cousin m'a dit que les d'Alencourt étaient liés par le sang à la famille royale…

— Peut-être. Je ne sais pas… Je m'en fous, Lúka. De toute façon, ça ne t'aidera pas à savoir qui est la fille sur la photo, rétorqua-t-elle.

Il sursauta et la regarda, incapable de cacher sa surprise : son don était vraiment puissant…

— Ta tante a mentionné quelque chose à propos de ton prénom, juste avant que je perde conscience… Il me semble qu'elle a dit que Line était un prénom plutôt courant, dans ta famille, avança-t-il.

— C'est vrai, soupira-t-elle. Il y a quelques prénoms qui se transmettent de génération en génération. Line et Ruan, par exemple. Ruan dérive bien sûr de Johan, le prénom du premier ancêtre des d'Alencourt.

— Et Line ?

— Je ne sais pas, avoua-t-elle. A vrai dire, je ne me suis jamais posé de questions. C'était le prénom de la mère de Saraï et Jacob et mes parents m'ont nommée ainsi en son souvenir.

— Elle a dit que Lúka était un prénom courant, également…

Line fit la moue. Elle n'aimait pas la tournure que prenait leur conversation. Elle cueillit une fleur qui ressemblait beaucoup à une marguerite et commença à jouer avec, la triturant entre ses doigts et faisant un sort à ses pétales.

— Tu m'ennuies avec tes questions, lâcha-t-elle. Je ne peux pas y répondre. Tu penses bien que ma tante ne me confierait pas d'importantes informations. Et je t'ai dit le peu que je savais. Je t'en ai sans doute déjà trop dit. Ma tante serait furieuse, si elle apprenait cela.

— Je suis désolé, s'excusa-t-il. C'est juste, que… C'était important pour moi.

Il lui caressa les cheveux et elle posa sa tête sur son épaule, les yeux perdus vers le ciel. La deuxième lune s'était levée, plus petite et presque orange. La troisième ne tarderait probablement pas. Lúka remarqua que c'était la première fois qu'il voyait les lunes de Lambda, même après toutes ces années.

— Parle-moi de ta planète, murmura Line.

Il se mordit la lèvre ; encore une fois, il s'était montré bien trop imprudent avec ses pensées. Heureusement que Ruan était moins habile avec son don que ne l'était Line.

— Il n'y a qu'une lune. Elle est un peu plus grosse que celle-ci, fit-il en pointant du doigt la lune bleutée, mais elle est blanche et sa surface est pleine de cratères.

— Comment elle s'appelle ?

— Lune, tout simplement.

— Ah. C'est très imaginatif, tout ça. Et ton soleil s'appelle Soleil ? plaisanta-t-elle.

— Très exactement. Les planètes de l'Alliance Alpha ont été nommées d'après l'alphabet grec, ce n'est pas beaucoup plus imaginatif.

— Et les planètes de l'Alliance Toria, d'après les éléments chimiques, soupira Line. Tu as raison, je n'ai pas tellement le droit de me moquer !

— C'est bien vrai, mademoiselle Line d'Alencourt, soixante-dix-huitième du nom, rétorqua-t-il en riant.

Elle le repoussa, faussement vexée, puis éclata de rire à son tour. Elle redevint soudain sérieuse et plongea ses yeux dans les siens. Il avança sa main pour effleurer sa joue, sentant sur sa peau la caresse de ses fins cheveux noirs. Elle avait les pommettes hautes, comme sa sœur, et plus il la regardait, plus il la trouvait belle. Ses yeux étaient bridés, mais pas comme ceux des chinois ou des japonais ; ils étaient beaucoup plus grands, bordés de longs cils noirs. Il passa son pouce sur ses lèvres douces et elle ferma ses paupières dans l'attente de son baiser, déjà prête à s'abandonner à lui. Il laissa retomber sa main et soupira.

— Je pense qu'on devrait rentrer, Line. Ta tante doit sûrement s'inquiéter pour toi.

Elle ouvrit les yeux et le regarda comme s'il l'avait giflée.

— Pourquoi tu me repousses ? s'écria-t-elle, les lèvres tremblantes.

— Line, je te l'ai déjà dit, je…

— Mais nous avons fait l'amour ! Qu'est-ce que ça change, une fois de plus ou une fois de moins ? Et tu as envie de moi, n'est-ce pas ?

— Ça n'a rien à voir ! se défendit-il.

— Si, ça a tout à voir !

— Tu ne comprends rien…

— Non, c'est toi qui ne comprends rien ! cria-t-elle avant d'éclater en sanglots.

Lúka la prit dans ses bras et la berça contre lui avec douceur. D'un seul coup, les criquets et les grenouilles s'étaient tues, et dans le silence qui s'éternisait, les pleurs de Line lui déchiraient le cœur.

— Je t'en prie, ne pleure pas !

— Tu te fiches complètement de moi ! gémit-elle.

— Tu sais bien que c'est faux ! Je suis revenu, lui fit-il remarquer.

Elle haussa les épaules.

— Ça ne veut rien dire ! Et maintenant, tu ne veux même plus de moi ! Je me sens laide !

— Quoi ? Mais que tu es bête… Tu es magnifique, Line ! Chaque fois que je pose les yeux sur toi, je ne peux m'empêcher de me dire à quel point tu es belle !

— C'est vrai ?

Elle leva vers lui son visage mouillé de larmes. Il les essuya tendrement du pouce et lui sourit.

— Bien sûr que c'est vrai.

— Alors embrasse-moi, demanda-t-elle d'une toute petite voix.

Il déposa un chaste baiser sur ses lèvres, mais son désir était trop grand et balaya aussitôt sa culpabilité. Les mains au creux de sa taille, il l'attira contre lui, l'embrassant avec fougue, goûtant le sel de ses larmes.

— La nuit, Lúka. Donne-moi la nuit. Et après, nous nous dirons adieu, lui murmura-t-elle.

***

L'aube se levait lentement, colorant l'horizon de violet et de rose. La troisième lune de Lambda n'avait pas encore disparu et le ciel avait pris ce drôle d'état hybride : d'un côté, la nuit, avec les dernières étoiles qui s'éteignaient, et de l'autre, le jour et les premiers rayons dorés. La surface du lac s'était teintée de bleu-gris mais commençait à scintiller sous le soleil levant.

Line pleurait en silence, blottie dans les bras de Lúka. L'aube était déjà là et elle devrait respecter la promesse qu'elle lui avait faite. Même si elle savait qu'ils n'avaient aucun avenir ensemble, même si son cœur battait déjà pour un autre — et ce, depuis des années — elle souffrait de le perdre. Si elle ne portait pas son enfant, il ne lui resterait rien de lui.

Il la serra fort contre lui et caressa ses épaules secouées de sanglots, le regard perdu vers l'horizon. Il n'avait pas envie de la quitter, pourtant il ne pouvait pas la revoir. Elle-même l'avait compris. Elle lui manquerait. Il y avait en elle cette fraîcheur, ce petit côté effronté et un peu moqueur qui ne le laissait pas indifférent. Et sous son masque de femme fatale très sûre d'elle se cachait une petite fille fragile. Sa tante se servait d'elle pour accomplir ses plans machiavéliques, c'était cruel.

— C'est la deuxième fois que nous nous faisons nos adieux, Lúka, pleura la jeune fille. Et j'ai l'impression que c'est encore plus dur.

Il détourna les yeux. Il ne supportait pas de voir une femme pleurer. Il sentait ses larmes chaudes dans son cou et cela lui brisait le cœur.

— Le jour n'est pas encore tout à fait levé, Line, murmura-t-il. Si tu veux, je peux rester encore un peu.

— Mais tu devras partir de toute manière. Et ce sera de plus en plus dur…

— Tu as raison, reconnut-il.

Elle leva son visage vers le sien et tenta un sourire.

— Mais cette fois, au moins, tu ne m'oublieras pas…

— Comment pourrais-je t'oublier ? souffla-t-il d'une voix rauque, avant de l'embrasser avec désespoir.

Line était tout ce que sa sœur n'était pas, tout ce qu'il avait toujours voulu qu'elle soit. La façon dont elle l'embrassait, dont elle le caressait, le désir qu'elle avait pour lui et qu'elle ne cachait pas… Avec sa jumelle, tout était si compliqué ! Et la naissance de leur fils n'avait rien arrangé. Elle était plus réservée, moins spontanée. Jamais elle n'avait pu accepter pleinement leur étrange relation. Pour elle, il était son frère, et même si elle disait ne pas se sentir coupable lorsqu'elle l'embrassait, il savait que parfois, elle souffrait de cet amour. Car elle l'aimait, c'était certain. Mais il y avait les moments où elle redevenait la petite fille qui pleurait jadis dans ses bras parce que leur père l'avait battue, les moments où elle redevenait l'adolescente capricieuse qui se moquait de lui sans cesse et qui l'attendait chaque nuit dans son lit, les moments où elle redevenait la jeune femme qui l'avait repoussé pour qu'il lui revienne. Line était tout cela. Line était la souffrance, la dualité, l'incertitude. Mais elle était la femme qu'il avait toujours aimée.

Line, l'autre Line, lui avait offert un merveilleux amour sans lendemain, une nuit de tendresse et de passion. Quelque chose de simple, même si à présent tout devenait affreusement compliqué… Il ne pouvait pas la laisser ainsi, et pourtant, il n'avait pas le choix.

— Lúka, arrête de penser, fit Line entre deux baisers. On se reverra peut-être, mais si on se revoit, tout sera différent, n'est-ce pas ?

Il hocha la tête lentement, la gorge douloureuse.

— Je ne te donne pas le choix, reprit-elle. Je ne veux pas être ton plus grand regret. C'est elle que tu aimes, c'est auprès d'elle que tu dois retourner et tu le sais.

— Tu vas me manquer, chuchota-t-il.

— Je sais. Tu me manqueras aussi.

Elle se remit à pleurer et se dégagea soudain pour courir vers le bord de l'eau. Elle plongea, son corps nu brisant la surface miroitante du lac.

— Line ! cria Lúka. Line, reviens !

Il secoua la tête et s'élança à sa suite.

***

Saraï se tenait sur la berge, les lèvres pincées, la robe de Line entre les mains. Ses vêtements sombres faisaient ressortir la pâleur de sa peau et dans la légère brume matinale, elle paraissait presque effrayante. Elle les fixait de ses yeux durs et la jeune fille s'agrippa à la main de Lúka, se recroquevillant sur elle-même.

— Petite traînée ! Sale gamine ! cracha Saraï. Je me suis fait du souci pour toi, alors que tu étais là, à souiller ton corps avec lui ! A batifoller joyeusement avec cet homme indigne de toi !

— Je vous interdis de lui parler sur ce ton, rétorqua Lúka.

Il passa un bras protecteur autour de la taille de Line et la serra contre lui.

— Et vous êtes qui pour m'interdire de sermonner ma nièce, jeune homme ? Vos parents ne vous ont pas appris le respect des aînés ?

— Donnez-moi cette robe, ordonna-t-il. L'air est frais.

La vieille femme le défia du regard en reculant de quelques pas. Lúka lâcha la main de Line et s'avança vers elle.

— Ne faites pas un pas de plus ! s'écria-t-elle.

Lúka ne s'arrêta pas et se rapprocha d'elle. Saraï ferma les yeux et il sentit une douleur lancinante envahir son crâne. Il grimaça et porta la main à son front.

— Grand-mère, arrête ! cria Line. Laisse-le ! Ce n'est pas sa faute !

— Toi, tu ferais mieux de te taire !

— Rendez-lui… sa… robe ! insista Lúka, malgré la douleur qui l'empêchait presque de parler.

— Vous n'avez pas honte, tous les deux ? Line, tu as désobéi à mes ordres ! Et vous… vous ! Comment avez-vous pu faire une chose pareille ? Ce n'est qu'une enfant ! Une enfant ! se lamenta Saraï.

La douleur diminuait lentement dans son crâne et les taches rouges qui dansaient devant ses yeux commençaient à disparaître. Il se redressa, la toisant de toute sa hauteur.

— Vous m'avez drogué ! Vous vous êtes servi de moi comme d'un simple objet ! Vous vouliez que je vous donne un héritier, et vous vous êtes servi d'elle pour cela ! déclara-t-il. Comment osez-vous me reprocher quoi que ce soit ! Vieille folle, vous aviez tout prévu, n'est-ce pas ? Dès le départ, dès l'instant où vous m'avez vu, vous avez commencé à tisser vos plans machiavéliques ! Ça ne m'étonne pas que cette branche de votre famille dégénère, avec des individus comme vous au sommet de l'arbre généalogique !

Saraï ne cilla pas, ses yeux presque jaunes fixés sur lui, cependant, un léger sourire se dessina sur ses lèvres. Line avait rejoint Lúka et avait glissé sa main dans la sienne, presque timidement. L'homme tendit son autre main vers la vieille femme, réclamant la robe. Elle secoua la tête. Il fronça les sourcils.

— Ne soyez pas ridicule, Saraï. Votre nièce va attraper froid.

Réticente, elle lui tendit la robe. Il la lui arracha presque des mains et la donna à Line, qui s'empressa de s'habiller, tremblante. Il ramassa alors sa chemise et son pantalon, qui gisaient un peu plus loin, et l'imita, sous le regard destructeur de Saraï. Soudain, il fut projeté au sol par un coup d'une rare violence. Il grimaça et essuya le sang qui coulait de ses lèvres. La vieille femme n'avait pas bougé, mais son sourire s'était agrandi.

— Ah, on veut jouer à ça ? gronda-t-il. Eh bien on va y jouer.

— Lúka, non ! le supplia Line.

Elle se précipita dans ses bras, les joues noyées de larmes. Il la repoussa et se releva en grimaçant. Elle s'accrocha à lui pour l'empêcher de s'approcher de Saraï.

— Je t'en prie, ne lui fais pas de mal !

— Je ne lui ferai pas très mal, ne t'inquiète pas, rétorqua-t-il.

— Arrête ! Elle va te tuer !

— Elle ne me fera rien. Ce n'est pas une vieille femme qui va m'effrayer.

Saraï suivait l'échange, très intéressée. Son sourire calculateur n'avait pas quitté ses lèvres fines et ridées, et elle avait croisé ses bras sur sa poitrine, défiant Lúka d'essayer de la frapper.

— Vous vous attaqueriez à une vieille femme sans défense ? lui fit-elle remarquer.

— Sans défense, tu parles, grommela-t-il en tâtant sa mâchoire endolorie.

— Il y a une chose que vous n'avez pas prise en compte, mon cher enfant. Je suis plus vieille, donc plus expérimentée. Et là, il ne s'agit plus de forces physiques… Regardez ma nièce. Son pouvoir est grand, mais le mien est plus grand encore. Pourtant, vous ne pouvez pas percer ses défenses. Elle est déjà trop forte pour vous. Line a quatorze ans, Lúka. J'en ai soixante de plus. Vous ne pouvez rien contre moi, jeune homme. Ne soyez pas présomptueux. Et ne me forcez pas à détruire un si beau visage.

Elle tourna les talons et effectua quelques pas en direction de la maison. Puis elle leur fit face, la colère déformant ses traits.

— Et vous deux, c'est fini. Si vous essayez de revoir Line, je me chargerai personnellement de vous débarrasser d'une partie de votre anatomie à laquelle vous tenez sans doute beaucoup. Me suis-je bien fait comprendre ?

Lúka ne répondit rien et se contenta de finir de boutonner sa chemise, du sang sur son menton.

— Quant à toi, ma chère petite, tu me feras le plaisir de mettre un soutien-gorge. On n'a pas idée de se promener comme ça, cingla-t-elle. Et attache tes cheveux, tu ressembles à une mendiante.

Line baissa les yeux, rouge de honte. Elle récupéra la barrette dans la poche de sa robe, et s'exécuta, en sanglots. Elle chercha sa petite culotte du regard, mais ne la trouva pas. Elle se sentit soudain très mal à l'aise et un peu sale. Lúka l'attira contre lui.

— Ne la laisse pas te rabaisser, lui murmura-t-il à l'oreille. Ce n'est qu'une vieille sorcière aigrie.

Line hocha la tête et essuya ses larmes. Elle alla jusqu'au bord du petit lac et trempa le bas de sa robe dans l'eau claire. Puis elle revint vers lui et le fit s'asseoir. Les yeux mouillées, elle nettoya son visage ensanglanté. Lúka ne la quittait pas du regard. Il caressa sa joue avec une douceur teintée de tristesse.

— Line, viens ici, ordonna sa tante. Ce jeune homme trouvera le chemin de la sortie tout seul.

— Grand-mère, implora-t-elle, le visage défait.

— Fais ce que je te dis.

Elle se tourna vers Lúka, puis à nouveau vers sa tante. Il prit sa main dans la sienne.

— Vas-y. Nous nous reverrons, lui chuchota-t-il.

— Mais ce ne sera plus jamais pareil !

— Line, j'attends, aboya sa tante.

— Si tu es enceinte, fais-le moi savoir, lui demanda Lúka. Par ton cousin. Ne me laisse pas dans le doute, promets-le moi.

Elle leva ses grands yeux verts et croisa les siens. Elle pouvait sentir toute sa détresse et cela fit à nouveau couler les larmes sur ses joues.

— Je te le promets. Si je suis enceinte…

— Line, ne me force pas à venir te chercher ! coupa Saraï en faisant quelques pas dans leur direction.

La jeune fille entoura Lúka de ses bras et effleura ses lèvres d'un léger baiser, avant de s'éloigner de lui, les épaules secouées de sanglots. Sa tante saisit son bras et la tira vers la maison. Line se retourna plusieurs fois, s'attirant les foudres de Saraï, puis, leurs deux silhouettes se perdirent dans la brume.

***

Lúka se glissa discrètement dans le Laboratoire. Il faisait déjà nuit et cette fois-ci, il ne pourrait éviter sa sœur. Il était un peu plus de vingt heures, Line l'attendait sans doute pour manger. La faim le tenaillait, pourtant, il n'avait pas vraiment d'appétit. En passant devant un miroir, il se rendit compte de l'ampleur des dégâts : Saraï ne l'avait pas raté. Ce serait difficile d'expliquer à sa sœur ce qui s'était passé sur Lambda.

Il voulait prendre une douche rapide et se changer avant de la rejoindre : il sentait encore l'odeur du lac et cela ne servait à rien d'éveiller les soupçons de Line. Quant à sa chemise tachée de sang, il avait tout intérêt à s'en débarrasser au plus vite.

Lyen était dans le couloir. Elle s'était appuyée contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine et un sourire aux lèvres. Elle l'attendait, cela ne faisait aucun doute. Lúka hésita. Elle était vraiment la dernière personne qu'il avait envie de voir, cependant, il ne devait pas se laisser aller. Il avait promis à Line de se contrôler.

— Alors, Lúka… Tu as passé du bon temps ?

— Pas vraiment.

— Ah ? C'est étonnant. Pourtant, Line a été très tendre avec toi, n'est-ce pas ?

— Pourquoi tu me parles de Line ? rétorqua-t-il. Et laisse-moi passer, je veux me changer avant le dîner.

— Tu penses que l'eau effacera ce que tu as fait ? lui susurra-t-elle.

— Ferme-la, L.I. Je ne suis pas d'humeur à écouter tes délires mythomanes.

— Non, aujourd'hui, tu es plutôt d'humeur à batifoler joyeusement avec les petites filles, avança-t-elle, ses yeux bleu-gris brillant d'une inquiétante lueur.

Lúka devint blême. Il serra les poings. Il avait sans doute laissé échapper quelques pensées…

— Je sais tout, Lúka… Line serait si triste d'apprendre cela ! Son frère, avec une enfant de quatorze ans !

— Tais-toi, gronda-t-il. Tu ne sais pas ce que tu dis.

— Et toute la nuit, en plus ! Quelle endurance, bravo ! se moqua-t-elle.

Son poing partit presque malgré lui et s'écrasa sur le visage de Lyen. La femme lui fit un sourire ensanglanté.

— J'ai touché un point sensible, on dirait ! Tu aimes bien les jeunes filles, n'est-ce pas Lúka ? Leurs petits corps juvéniles, encore purs…

— Tais-toi, je te dis !

Il la frappa à nouveau, plus fort. Sa tête cogna contre le mur avec un bruit sourd. Elle tomba à terre, mais se releva, un rictus de rage pure sur son visage souillé de sang.

— Oui, c'est ça, frappe-moi, Lúka. Frappe-moi si tu crois que cela pourra te faire oublier à quel point tu es un être abject !

Il la repoussa brutalement et elle manqua tomber à nouveau. Elle se mit à rire et le poing de Lúka s'écrasa sur sa mâchoire.

— Espèce de sale vipère ! cria-t-il.

— Alors c'est comme cela que tu te laves de tes péchés ? En me frappant ? Tu me frappes, mais c'est toi-même que tu voudrais frapper, je me trompe ? cingla-t-elle.

Elle ne se trompait pas et cela lui valut un autre coup de poing.

— Tu peux me frapper tant que tu voudras, ça n'effacera pas ce que tu as fait ! Tu as trahi Line, et rien ne pourra y changer quoi que ce soit !

Lúka haussa les épaules et la bouscula, avant de se réfugier dans sa chambre. Il se débarrassa de ses vêtements souillés de sang et entra dans la douche. L'eau brûlante le fit grimacer, mais il ne baissa pas la température. Il avait trahi Line. Lyen avait raison… Le sang sur ses mains disparut, colorant l'eau de rouge pâle.

Il se sécha rapidement, et enfila un vieux jean et un t-shirt. Sa sœur l'attendait ; il ne pourrait fuir éternellement. Dans la poche de sa chemise blanche, il trouva la fleur violette en forme d'étoile. Ses pétales avaient séché et elle était un peu abîmée. Il ouvrit un tiroir et l'y déposa, le cœur serré.

C'était tout ce qu'il lui restait de Line.