CHAPITRE VIII
Lúka se sentait si faible ! Son crâne n'était plus que souffrance et une veine pulsait douloureusement sous sa tempe. Que s'était-il passé ? Où était-il ? Et pourquoi était-il allongé sur un lit ? Lentement, il tentait de reprendre ses esprits. Une légère odeur d'encens flottait dans l'air, tellement légère qu'il se demandait même si elle n'était pas le seul fruit de son imagination. Il était chez Saraï… Il avait parlé avec elle devant une tasse de thé et avait soudain été pris de vertiges… Les deux femmes avaient dit qu'elles allaient s'occuper de lui. Pourquoi ne voyait-il rien ? Quelque chose couvrait ses yeux. Peut-être avaient-elles mis une compresse fraîche sur son front ? Il voulut la repousser, cependant, il était si épuisé qu'il réussit seulement à lever un peu son bras avant de le laisser retomber. Sa gorge sèche le faisait souffrir et il mourait d'envie d'un verre d'eau, mais autour de lui, il n'entendait pas le moindre bruit.
Il essaya appeler Saraï et ne parvint qu'à émettre un murmure confus. Tout contact télépathique était absolument hors de propos, considérant l'état d'extrême faiblesse dans lequel il se trouvait. Il sentait la panique le gagner peu à peu. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi ne pouvait-il pas bouger ? Il tenta de se calmer. Après tout, il n'y avait pas encore lieu de s'inquiéter.
Non, songea-t-il, amer. C'est vrai que tout va bien. Saraï est une gentille grand-mère qui ne me fera pas le moindre mal. Je suis là, je ne peux pas bouger, je ne peux pas parler…
Et soudain, il comprit. La colère l'envahit : elle l'avait drogué ! Et c'était tellement évident… Comment avait-il pu tomber dans un piège aussi grossier ? Lui ! A présent, il payait son manque de méfiance… Qu'allait-elle faire de lui ?
***
Saraï entra dans la pièce et jeta un regard rapide à Lúka, allongé sur le lit, inerte. Il avait fini par céder au sommeil, mais il était encore bien trop conscient. Elle s'assit près de lui, puis tira une seringue d'un tiroir. Elle sortit un petit flacon de sa poche et la remplit avec précaution. Ce n'était pas le moment de faire un mauvais dosage : trop, et il leur serait totalement inutile, pas assez, et il risquait de leur résister. Elle souleva son bras et plongea l'aiguille dans la veine, doucement, soigneusement. Il ne fallait pas laisser de marque… Lúka remua à peine. Elle remonta le drap sur son corps à demi nu, le bordant comme un enfant, son visage s'adoucissant soudain. Elle caressa sa joue.
— Andrew… murmura-t-elle.
***
La jeune Line était enroulée dans un peignoir chaud et tremblait, les larmes aux yeux. Cela ne devait pas se passer comme ça ! Entre ses mains elle tenait une photographie et la serrait si fort que les jointures de ses doigts en devenaient presque blanches.
— Ruan, soupira-t-elle en battant des paupières pour retenir les larmes qui menaçaient de couler. J'ai toujours imaginé que ce serait toi…
Elle mordit sa lèvre inférieure et resserra le peignoir autour d'elle en reniflant. Elle devait être forte. Elle devait faire honneur à sa famille et à son rang.
— C'est exact, approuva Saraï en entrant dans la chambre de la jeune fille. Tu dois nous faire honneur.
Line essuya précipitamment ses yeux et tenta de regagner un peu de dignité, mais elle ne pouvait empêcher ses jambes de trembler. Sa tante vint s'asseoir à côté d'elle et entoura ses épaules de son bras avec douceur.
— Tout se passera bien, la rassura-t-elle.
La jeune fille hocha la tête, la mâchoire crispée. Une boule douloureuse s'était formée dans sa gorge et les larmes se remirent à couler le long de ses joues. Saraï remarqua la photographie ; elle la lui ôta gentiment des mains.
— Tu n'as pas le droit de l'aimer, tu le sais.
— Je ne l'aime pas, nia Line d'une voix mal assurée.
— Tu découpes toutes les photos de lui dans le journal. Et ne me dis pas le contraire, je les ai trouvées dans ta table de chevet.
— Tu fouilles dans mes affaires, maintenant ? pleura la jeune fille.
— C'est ton cousin, Line.
— Je croyais pourtant que les mariages entre cousins étaient une pratique courante, chez les d'Alencourt, contra-t-elle.
— Oui, et tu vois ce que cela a donné chez Ruan, rétorqua Saraï.
— Oh, grand-mère, je t'en prie, tu es toujours en train de le critiquer ! Je ne sais pas pourquoi tu le hais tant ! Il a toujours été tellement gentil, avec moi !
— Il est gentil, certes. Jusqu'au moment où il perd la tête, constata la femme d'un air sombre. Ecoute, j'ai modifié nos plans, mais ça ne veut pas dire que cela fonctionnera. C'était une occasion inespérée, et tu le sais comme moi.
— Mais je n'ai pas eu le temps de m'y préparer ! s'exclama Line.
— Dans la vie, tu n'auras pas toujours dix ans pour te préparer aux moindres événements qui se produiront ! Tu es une duchesse, que diable ! Ne réagis pas comme une enfant. Line, tu es une femme, et tu es l'unique espoir de notre famille.
— C'est ça, vas-y, mets-moi encore un peu plus de pression sur les épaules ! lui reprocha-t-elle sur un ton agressif.
— Chérie, je t'en prie… Ne sois pas comme ça. Tu ne peux pas te permettre d'être aussi égoïste, lui fit remarquer Saraï. Nous avons tous un jour ou l'autre un acte à accomplir et nous ne pouvons pas nous défiler.
Line baissa la tête et fixa le sol. Les poils du tapis blanc étaient doux et elle y plongea ses orteils nus, essayant de ne plus penser à ce qui l'attendait. Saraï la serra doucement contre elle.
— Ma mère me manque, soupira la jeune fille. Et mes frères, aussi.
— Je te promets que tu les reverras bientôt.
— Cela fait bientôt quatre ans.
— Je sais.
Elles restèrent quelques instants silencieuses, Line jouant avec les longs poils blancs du tapis, Saraï fixant le vide, les yeux remplis de nostalgie.
— Il a l'air gentil, en tout cas, commença la jeune fille, la voix troublée d'un léger tremblement. Et il est très beau. Moins que Ruan, mais il a de jolis yeux.
Sa tante acquiesça. Oui, il avait de jolis yeux. Des yeux d'un vert émeraude qu'elle connaissait fort bien.
— Quel âge il a, tu crois ? reprit Line. Vingt-cinq, vingt-six ?
— Sans doute quelque part par-là, répondit-elle.
— Tu vas rester ?
— Non. C'est quelque chose que tu dois faire seule, Line.
— J'ai peur, avoua-t-elle.
— Je sais. Mais tout se passera bien.
— Qu'est-ce que tu en sais, hein ?
Saraï ôta son bras des épaules de sa nièce et se releva doucement. Elle s'éloigna de quelques pas, les yeux baissés.
— Je n'en sais rien, tu as raison, reconnut-elle. Je ne serai pas loin, si tu as besoin de moi.
Elle quitta la pièce sans un regard pour la jeune fille. Celle-ci ramassa la photographie que Saraï avait posée sur le lit et la serra contre elle. Dans quelques heures, tout serait fini.
***
Saraï, agenouillée sur le sol, avait baissé les yeux avec déférence. La femme en noir la toisait, hautaine. Sa robe flottait légèrement autour d'elle, comme agitée par un courant d'air. D'étranges cheveux d'un noir si profond qu'il ne tolérait pas le moindre reflet encadraient un visage de cire aux lèvres pincées.
— Mais je vous en prie, vous savez qu'elle n'a que quatorze ans, protesta faiblement Saraï.
— Certaines novices n'en avaient que douze, répliqua la femme. Vous-même aviez à peine quatorze ans également, Saraïïï…
— Line n'est encore qu'une enfant, et elle n'est pas prête.
— Lui auriez-vous fait part de vos doutes, Archiprêtresse Saraïïï ?
— Bien sûr que non, vous le savez bien. Elle croit que rien n'a été prémédité, que je viens juste de changer nos plans… Mais comment pouvez-vous m'assurer que ce jeune homme est la solution à notre problème ?
— L'avez-vous bien regardé, Saraïïï ? rétorqua la femme.
— Oui, le sang des d'Alencourt coule dans ses veines, c'est évident.
— Oh, non… C'est bien plus que cela ! Saviez-vous que le premier des d'Alencourt à posséder le pouvoir était l'enfant d'un de l'Orme ?
— Ce n'est qu'une légende, objecta Saraï. D'autres disent que c'était un enfant abandonné, et d'autres encore prétendent que…
— Assez ! tonna la femme. Mettriez-vous en doute notre parole ?
— Non, je vous demande pardon, s'excusa Saraï.
— Ce jeune Lúka de l'Orme est celui que nous attendions. Mais votre novice est-elle disposée à nous obéir, Archiprêtresse ?
— Line fera ce que je lui demande. Elle s'est préparée… Elle est terrifiée !
— Vous autres humains êtes si pitoyables avec vos peurs, décréta la femme avec mépris.
— Ne pourriez-vous pas avoir un peu de compassion ? lui reprocha Saraï.
— Que nous apporterait la compassion, Saraïïï ? Vivrions-nous mieux avec des peurs stupides, avec des sentiments aussi futiles et inutiles que l'amour, la tendresse, le respect ?
— Sans doute que vous nous comprendriez mieux, souffla-t-elle.
— Nous n'avons pas pour but de vous comprendre, lui fit remarquer l'autre. La jeune fille est-elle en période favorable ?
— Oui. Cela pourrait fort bien fonctionner, affirma Saraï. Le seul problème, c'est lui.
— Que voulez-vous dire, Saraïïï ?
— Il ne sera pas coopératif et Line est trop inexpérimentée.
— C'était votre rôle de faire en sorte qu'elle soit prête ! rétorqua la femme.
— Avec tout le respect que je vous dois, il s'agit de ma nièce. Cette enfant, je l'ai élevée, je l'ai aimée comme ma propre fille ! Vous me demandiez de la prostituer, je regrette, c'était hors de mes compétences.
— Vous avez failli, Saraïïï ! Vous n'êtes pas digne de votre rang d'Archiprêtresse ! Vous deviez vous détacher de tout sentiment de tendresse ou d'amour, vous le saviez ! Vous n'êtes pas là pour jouer à la grand-mère modèle !
Saraï haussa les épaules et releva le visage avec fierté.
— Vous avez toujours su que ma faiblesse était l'amour que je porte aux miens, lui rappela-t-elle. Vous l'aviez accepté.
La femme la fixa, ses yeux violet sombre plus durs que jamais. Saraï soutint son regard.
— Vous avez besoin de nous, et vous le savez.
— Oh, nous ne le savons que trop, Archiprêtresse Saraïïï, déclara la femme. Line est votre novice, nous vous laissons donc faire en sorte que tout se passe pour le mieux, conclut-elle. Nous serons de retour d'ici huit semaines…
Elle lança un dernier regard à Saraï, puis ferma les yeux et disparut.
***
Line entra dans la pièce, frissonnant lorsque ses pieds nus se posèrent sur le sol glacé. Elle croisa ses bras sur sa poitrine avant de baisser les yeux. Elle sentait les larmes affluer à nouveau sous ses paupières et prit une profonde inspiration. Ce n'était plus le moment de reculer. Elle franchit les quelques pas qui la séparaient encore du lit pour s'asseoir sur le bord de celui-ci, l'estomac noué. L'homme semblait assoupi, mais elle savait que ce n'était pas vraiment le cas. Sa tante était experte dans l'art de manier les drogues et elle connaissait des substances capables d'annihiler la volonté de quelqu'un sans pour autant l'endormir. Line ne maîtrisait pas encore parfaitement son don, cependant, elle parviendrait sans mal à faire de Lúka ce qu'elle voulait. Son seul problème était d'arriver à vouloir quelque chose.
Les mains tremblantes, elle souleva les draps et s'y glissa en prenant soin de ne pas le toucher. Elle resta quelques minutes allongée auprès de lui, les yeux fixés au plafond, respirant à peine de peur de l'éveiller. Elle savait qu'il était inutile de repousser l'inévitable, mais elle ne pouvait encore s'y résoudre. Sous les draps, il faisait chaud, pourtant elle avait l'impression que l'air était glacé et devait lutter pour empêcher ses dents de s'entrechoquer. Ce n'était que l'appréhension et elle en était parfaitement consciente. Elle ferma les yeux un instant et compta jusqu'à dix dans une ultime tentative pour juguler la panique qui l'envahissait lentement. Un… Elle n'avait pas le choix, elle devait le faire. Deux… Et Saraï avait dit que tout se passerait bien… Trois… Ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Quatre… Elle ne décevrait pas sa tante. Cinq… Elle se montrerait digne de son nom et de son rang. Respire, Line, respire… Ça compte pour six, ça ? Imagine que c'est Ruan, imagine que c'est Ruan, imagine que c'est Ruan… Dix.
Elle releva ses paupières. Elle ne s'était pas rendu compte qu'elle avait retenu son souffle pendant tout ce temps et relâcha sa respiration. Déterminée, elle se tourna vers Lúka et avança sa main vers lui…
Lúka sentit qu'on caressait doucement sa joue. Il sourit et ouvrit les yeux, mais se trouva à nouveau confronté à l'obscurité. Le bandeau… Il voulut le repousser et on l'en empêcha. Il ne résista pas et laissa retomber son bras.
— Line ? murmura-t-il.
— Oui, c'est moi.
Il fronça légèrement les sourcils. Ce n'était pas la voix de sa sœur. De plus, Line ne parlait jamais l'alphien avec lui. On recommença à caresser sa joue. C'était agréable, et il ne pensa plus à rien, se contentant de sourire un peu béatement.
— J'ai soif, déclara-il soudain.
Sa gorge était sèche et il avait du mal à avaler sa salive. Ce n'était qu'un détail, cependant, cela l'empêchait de se concentrer. Il entendit le tintement du métal contre le verre, puis le bruit de l'eau qui coulait. Il se redressa avec difficulté et on pressa un verre contre ses lèvres. Il but avidement, soulageant sa gorge en feu.
— Encore, réclama-t-il en tentant de saisir le verre.
— Non, je t'en redonnerai tout à l'heure. Si tu bois trop, tu vas te rendre malade.
Il se laissa retomber sur le lit et soupira. Il comprenait ce qui se passait autour de lui, mais curieusement, tout lui parvenait comme à travers un voile opaque. Et rien ne semblait avoir la moindre importance. La sensation de soif disparaissait déjà et il sourit. Un corps féminin frôlait le sien de la manière la plus sensuelle qui soit.
— Qui es-tu ?
— Je suis Line, répondit celle-ci.
L'explication sembla satisfaire Lúka, qui se contenta de la serrer contre lui. Elle l'embrassa un peu timidement et il sentit son désir s'enflammer avec une surprenante facilité.
Line n'avait plus froid, à présent, mais elle était toujours aussi crispée. Les mains de l'homme se promenaient sur ses seins, sur ses hanches, brûlantes sur sa peau fraîche. Grâce à la drogue que sa tante lui avait injectée, elle n'avait pas eu beaucoup à faire pour le persuader de l'accepter contre lui.
— Laisse-moi enlever le bandeau, je t'en prie, lui demanda-t-il alors qu'elle repoussait sa main pour la troisième fois. J'ai envie de te voir…
Elle hésita. Saraï lui avait dit de ne pas le laisser la regarder, toutefois elle savait aussi qu'elle était capable de lui faire oublier ce qui allait se passer entre eux. D'un geste lent, elle détacha la bande de tissu et en profita pour l'embrasser. Il se recula soudain et lui jeta un regard surpris.
— Mais… Tu es la cousine de Ruan ?
— Oui.
Il hocha la tête, les yeux perdus dans le vague. Elle effleura ses lèvres de siennes et il l'embrassa avec passion, avant de la renverser sur le lit.
— Tu es beaucoup plus attirante que ton cousin, en tout cas, lui murmura-t-il.
Elle gloussa et passa ses doigts dans ses boucles noires. Il était beau et ses mains étaient douces. Elle l'attira contre lui, pénétrant légèrement son esprit. Saraï lui avait dit qu'elle devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour augmenter ses chances de tomber enceinte, mais elle lui avait aussi rappelé qu'elles n'avaient pas beaucoup de temps. Même si elle aurait aimé retarder le plus possible le moment fatidique, elle savait qu'elle ne pouvait pas se permettre d'être égoïste. L'avenir des d'Alencourt reposait sur ses épaules.
— J'ai envie que tu me fasses l'amour, lui chuchota-t-elle à l'oreille.
Lúka la regarda d'un air un peu ahuri, puis lui sourit. Les pensées se bousculaient dans sa tête, trop confuses pour qu'il leur prête la moindre attention. La cousine de Ruan était là, dans ses bras, offerte. Ce n'était pas facile de reprendre ses esprits alors qu'elle promenait à présent sa bouche dans son cou, ses mains fraîches glissant sur sa peau brûlante. Elle était tellement belle, tellement séduisante ! Il la repoussa légèrement pour mieux la regarder et s'empara à nouveau de ses lèvres. Jamais il n'avait désiré une femme comme il la désirait elle et plus rien n'avait d'importance. Dans la lumière tamisée de la pièce, ses yeux se perdaient au fond des siens. Hypnotisé par son regard intense, il céda, et brisa les quelques barrières fragiles qui s'élevaient encore dans son esprit.
La douleur la surprit et elle se crispa, les larmes aux yeux. Il s'arrêta immédiatement et la dévisagea d'un air coupable.
— Je suis désolé, s'excusa-t-il. Je t'ai fait mal…
— Ce n'est rien, fit-elle en le serrant contre elle.
— Si, si, c'est important ! protesta-t-il. Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais vierge ?
— J'ai dit que ce n'était rien ! répéta-t-elle.
Elle l'embrassa en y mettant toute la conviction dont elle se sentait capable et il afficha à nouveau un air plutôt indifférent. Line tenta de s'intéresser un peu à ce qui était en train de lui arriver, mais elle était encore bien trop tendue, et même si la douleur diminuait, cela n'en restait pas moins une expérience plutôt désagréable.
— Je crois qu'on devrait arrêter, murmura-t-il.
— Quoi ? Mais pourquoi ?
Elle sentit la panique l'envahir. S'il n'allait pas jusqu'au bout, elle aurait fait tout cela pour rien !
— Ce n'est agréable pour aucun de nous deux, répondit-il.
A son regard, elle comprit que l'effet de la drogue était en train de se dissiper et chercha à toute vitesse une solution. Saraï lui avait dit qu'en cas de doute, elle pouvait lui faire boire l'eau de la carafe bleue…
— Tu as soif ? s'enquit-elle.
— Voyons, cela n'a rien à voir, protesta-t-il.
— Non, je…
Leurs regards se croisèrent et Line baissa la tête en rougissant. Il caressa sa joue avec douceur.
— Je sais pourquoi tu fais tout ça, déclara-t-il.
— C'est vrai ?
— Ce n'est pas une bonne idée.
Elle le repoussa et se détourna, une moue boudeuse aux lèvres.
— Tu ne tomberas pas enceinte de moi.
Elle haussa les épaules sans un mot.
— Line, je t'en prie… Regarde-moi, ordonna-t-il.
Elle se redressa à demi, les yeux remplis de larmes. Il passa la main dans ses cheveux, effleurant à nouveau sa joue.
— Vous pensiez que je ne m'en douterais pas ? Alors que ta tante venait de m'expliquer ses théories sur la reproduction sélective ? fit-il gentiment.
— Tu ne me trouves pas assez attirante, c'est ça ? insinua-t-elle, la voix tremblante.
— Pardon ?
— C'est parce que je ne suis pas assez belle que tu ne veux pas de moi ?
— Mais non, c'est complètement ridicule ! Tu es magnifique !
— Alors pourquoi tu me repousses ? pleura-t-elle.
— Je… Je ne suis pas amoureux de toi, et… Il y a ma femme, expliqua-t-il.
— Elle n'aura pas besoin de le savoir !
— Mais moi, je le saurai, soupira-t-il.
Elle lui lança un regard désespéré et enfouit son visage dans l'oreiller, les épaules secouées de sanglots. Il caressa ses cheveux, les yeux tristes.
— C'est ta tante qui t'oblige à faire ça, n'est-ce pas ? Line, est-ce qu'elle nous observe, en ce moment ?
Elle ne répondit rien et il l'attira contre lui, la berçant tendrement.
— Si tu ne fais pas l'amour avec moi, je serai la honte de la famille, avoua-t-elle après un long silence entrecoupé de pleurs.
— La honte de la famille ? Tu n'y vas pas un peu fort ? Et puis, je croyais que c'était ton cousin, la honte de la famille…
— Je t'interdis de dire ça !
Elle le repoussa, son visage crispé mouillé de larmes, les yeux remplis de colère. Il secoua la tête, comprenant enfin.
— Tu l'aimes, n'est-ce pas ?
— Ça, c'est pas tes affaires, rétorqua-t-elle.
— Je ne te reproche rien.
— Il ne m'aimera jamais, de toute façon, décréta-t-elle d'un air sombre.
— Je ne sais pas, avoua Lúka. Je ne le connais pas assez bien.
— Mais tu trouves que je suis anormale d'aimer mon cousin, hein ?
Il plongea ses yeux dans les siens et effleura sa joue, sentant sous ses larmes sous ses doigts.
— Line, j'ai épousé ma sœur et je lui ai fait un enfant. Je pense que s'il y a bien quelqu'un qui ne te trouvera pas anormale, c'est moi.
Elle écarquilla les yeux de surprise, puis lui sourit. Elle rapprocha lentement son visage du sien et embrassa ses lèvres. Il l'enlaça, les mains au creux de ses hanches, et lui rendit son baiser avec une fougue qui l'étonna lui-même, puis s'écarta pour la regarder. Ses yeux bridés étaient à demi clos et quelques mèches de cheveux barraient ses joues, collées par ses larmes. Les lèvres entrouvertes, encore humides de leur baiser, elle attendait qu'il l'embrasse à nouveau. Et en étant tout à fait honnête, il devait avouer qu'il mourait d'envie de la serrer contre lui, de recommencer à lui faire l'amour…
Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille et elle ouvrit les yeux, dévoilant ses troublants iris d'émeraude qui lui rappelaient tant sa jumelle. Elle posa ses pieds nus sur le sol, puis se leva. Lúka attrapa sa main et elle le regarda. Il avait du mal à cacher sa déception, ce qui la flatta.
— Tu t'en vas ? demanda-t-il.
— Tu aimerais que je reste ?
— Je sais que je devrais dire non, mais je ne mens pas très bien…
— Je vais simplement me laver, expliqua-t-elle. Je me sens un peu sale…
— Tu as encore mal ?
— Un peu, mais ça passera vite, j'imagine.
Elle lui fit un sourire et disparut dans une pièce contiguë. Il hésita un instant, avant de se décider à la rejoindre. En pleine lumière, elle était encore plus belle, et il le lui dit. Elle rougit un peu, mais ses yeux brillèrent de plaisir. Elle s'assit sur le bord de la baignoire et programma la température, puis ouvrit le robinet.
— Ta tante ne risque pas de nous surprendre ici ? avança Lúka, s'asseyant à côté d'elle.
— Non. Elle n'est pas du genre à espionner les gens.
Elle entra dans la baignoire et activa le jet de la douche. L'homme n'avait pas bougé, perdu dans ses pensées. Elle baissa les yeux et fronça les sourcils en voyant que l'eau avait pris une teinte rougeâtre, mais après quelques secondes, celle-ci redevint translucide. Elle clôt ses paupières, offrant son visage au jet de la douche, un sourire aux lèvres. Finalement, rien ne se passait comme elle l'avait prévu, et ce n'était sans doute pas plus mal. Lúka entra finalement dans la baignoire et l'attira contre lui, ses mains glissant sur son corps mouillé. Elle se retourna pour lui faire face et il lui sourit. Elle passa les bras autour de son cou, le visage levé vers le sien. Il l'embrassa, d'abord retenu par un reste de timidité, puis plus impatiemment comme son désir renaissait. La saveur encore très nouvelle de sa bouche le ravissait et des sentiments très contradictoires s'affrontaient en lui : l'excitation de cette expérience nouvelle et interdite, et un soupçon de culpabilité, lequel céda bien vite. Line s'écarta soudain de lui, un sourire espiègle aux lèvres, et appuya sur le distributeur de savon. Sans le quitter du regard, elle se mit à le savonner très sensuellement, ses mains s'attardant sur son sexe dressé. Lúka ferma les yeux, le souffle court, et la repoussa.
— On devrait… On devrait peut-être retourner dans la chambre, proposa-t-il. Je commence à avoir trop envie de toi…
Elle lui fit un sourire en coin en coupant le jet de la douche. Elle s'enroula dans un peignoir, avant de lui tendre une serviette-éponge. Il se sécha et elle lui jeta un regard étonné.
— Quoi ? fit-il, les cheveux en bataille.
— Ta peau… Le produit que tu avais mis pour foncer la couleur de ta peau a disparu… Mais je préfère comme ça, ajouta-t-elle rapidement.
Elle rougit et il l'attira contre lui pour l'embrasser.
— Ça va mieux ? lui demanda-t-il.
— Tout part en vrille, décréta-t-elle. Mais sinon, ça va.
Elle laissa tomber le peignoir et pressa son corps contre le sien, le cœur battant la chamade. A présent, elle ne jouait plus la comédie. Elle avait réellement envie qu'il lui fasse l'amour… Il se débarrassa de la serviette, puis l'entraîna vers la chambre. Elle s'allongea sur le lit et il la prit dans ses bras, l'embrassant avec tendresse. Elle était si belle ! Il laissa courir sa bouche dans son cou, pour goûter sa peau encore humide. Line poussa un petit soupir de plaisir et le serra plus près d'elle. La pointe de ses seins effleura la peau de Lúka et il ferma les yeux, le sang cognant presque douloureusement sous ses tempes. Comment pouvait-il la désirer avec autant de force ? Il se redressa un peu pour la regarder : ses cheveux mouillés, épars sur l'oreiller, encadraient son visage aux traits doux et à la bouche sensuelle. Elle était magnifique… Il laissa glisser sa main sur ses seins, puis au creux de ses reins. Elle se redressa à demi pour l'embrasser et il la serra contre lui. Comme sa sœur, elle était télépathe, et il pouvait ressentir la moindre de ses sensations, ce qui n'apportait pas que des avantages, surtout dans la situation présente. Il aurait voulu faire durer ce moment, mais dès qu'elle le touchait, dès qu'elle l'embrassait, il devait se faire violence pour ne pas tout gâcher avec son impatience.
Il prit la pointe de son sein entre ses lèvres, l'effleurant de sa langue, et Line gémit de plaisir, les doigts plongés dans ses boucles noires. Il avait envie de continuer, mais la jeune fille l'attira à elle, le souffle court, les yeux fermés et la bouche offerte.
— Viens, murmura-t-elle. Maintenant…
Il la pénétra presque avec soulagement, se contrôlant pour ne pas lui faire de mal, et elle poussa un petit gémissement, le visage au creux de son cou. Elle lui ouvrit son esprit et il fit de même. Une main entre ses cuisses, il commença à la caresser, et elle sentit les vagues de chaleur monter en elle, toujours plus fortes…
Elle crispa ses mains sur son dos et pressa son corps contre le sien en étouffant un cri de plaisir, puis reprit son souffle à grand-peine. Il s'écrasa sur elle, le cœur trop rapide, avant de rouler sur le côté. Il la serra contre lui, les yeux fermés.
— Je suis désolé, j'aurais voulu que ça dure plus longtemps, mais tu es beaucoup trop belle. Je n'ai pas pu me contrôler, s'excusa-t-il après quelques minutes de silence.
— Il faudra qu'on recommence, décréta Line. Ça ne te dérange pas trop ?
Lúka éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux avec tendresse.
***
Saraï faisait les cent pas dans l'entrée, inquiète. Jamais elle n'aurait dû laisser Line avec cet homme. Qui sait ce qui était en train de se passer ? Et si elle s'était trompée dans le dosage ? Après tout, il semblait avoir bien plus de facultés psychiques que la moyenne, et cela pouvait diminuer l'effet de la drogue… Mais elle avait donné des instructions claires à sa nièce et Line était une jeune fille très intelligente.
Le bruit de la porte la fit sursauter et elle se retourna précipitamment pour faire face au nouvel arrivant. Son regard s'adoucit lorsqu'elle reconnut l'homme qui venait d'entrer. Elle poussa un petit soupir de soulagement et le rejoignit.
— Bonjour mon chéri !
— Bonjour grand-mère, fit-il en l'embrassant sur le front. Je suis venu le plus vite possible.
— Pour l'instant, tout à l'air de bien se passer.
— Ça me met en rogne de savoir qu'il est en train de poser ses mains sur elle, déclara-t-il. Et si encore il ne posait que ses mains…
— Il est drogué, il ne s'en rendra pas compte…
— Mais moi je le sais et ça me donne envie de lui mettre mon poing dans la figure.
— C'étaient les ordres, soupira Saraï.
— Elle était pour moi !
— Ruan, je t'en prie, ne sois pas comme ça…
— Pourquoi tu as refusé de me laisser la voir ? lui reprocha-t-il.
— C'est une enfant. J'espère qu'elle s'en sort…
— Oh, sûrement. Cette drogue que tu prépares est un vrai miracle.
— Ne me dis pas que tu t'en es servi ? s'écria Saraï.
— Moi ? Jamais… Tu sais bien que je n'en ai pas besoin.
— Va donc t'asseoir dans le salon pendant que je te prépare quelque chose, au lieu de dire des âneries. Tu n'as rien mangé, je suppose ?
— Non, pas le temps. Trop de travail.
— Les jumeaux ?
— Ils vont bien. Ce sont des bébés, quoi. Tu sais comment sont les bébés. Ils bavent, ils mettent de la nourriture partout, ils pleurent, ils touchent à tout…
— Peut-être, mais ce ne sont pas n'importe quels bébés, appuya-t-elle. Ton amie s'occupe toujours d'eux ?
Il hocha la tête d'un air pensif et jeta un coup d'œil en direction du premier étage.
— J'aimerais bien savoir ce qu'ils font, là-haut…
— Ruan ?
— Oui, quoi ?
— Va t'asseoir. Je vais t'apporter quelque chose à manger.
Il partit en direction du salon, non sans avoir lancé un dernier regard vers l'escalier, et Saraï le suivit des yeux en secouant la tête, un sourire empli de tendresse sur son visage ridé.
***
Line, blottie contre Lúka, avait appuyé sa tête contre sa poitrine et fixait le mur, pensive. L'homme somnolait et elle commençait elle aussi à sentir la fatigue. Il lui manquerait… Lorsqu'elle pensait à son départ, les larmes se pressaient sous ses paupières. Elle ne l'aimait pas, cependant, il avait été si gentil avec elle, si tendre ! Il aurait pu la repousser et quitter leur maison la tête haute, pourtant, il avait accepté de rester, pour elle. Ils n'étaient pas si différents, elle et lui.
Elle passa sa main sur sa joue et sourit. Sa barbe avait poussé, depuis le matin… Elle se redressa sur un coude pour se servir un verre d'eau. Il ouvrit les yeux, encore à demi endormi, et elle lui proposa à boire. Il prit le verre, reconnaissant.
— Tu crois qu'on se reverra ? lui demanda-t-elle.
— Sûrement. Tu es la cousine de Ruan, lui fit-il remarquer. Et je t'ai promis de t'aider à le revoir.
— Je te manquerai ?
— Quelle question… Tu crois que je pourrai t'oublier comme ça ?
Il secoua la tête d'un air triste, les yeux baissés. Line lui manquerait, c'était certain. Il aimait Line, sa Line, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir un petit pincement au cœur en pensant qu'il ne ferait plus jamais l'amour avec la jeune cousine de Ruan.
— Je crois que je suis un petit peu amoureux de toi, avoua-t-il.
— C'était inévitable, répondit Line. Moi aussi, bien sûr.
— Ne laisse pas ta tante diriger ta vie, je t'en prie.
— Je n'ai pas le choix, rétorqua-t-elle. Et je le fais de mon plein gré. Mais je te remercie d'avoir été si attentionné avec moi…
Il se pencha pour l'embrasser doucement et sentit le sel de ses larmes sur ses lèvres.
— Line, ne pleure pas…
— Je ne pleure pas.
Elle renifla et essuya ses joues d'un geste rapide, avant de lui sourire.
— Ma tante va me demander ce qui s'est passé.
Lúka haussa les épaules.
— Tu n'as qu'à lui dire la vérité.
— Non, bien sûr que non. Ne sois pas ridicule ! Je vais quitter cette pièce et il faudra qu'elle te trouve endormi, et sous l'effet de cette drogue.
— Je peux simuler, si tu veux, proposa-t-il. Mais honnêtement, je ne vois pas l'intérêt.
— Non, elle est bien trop intelligente. Elle saura immédiatement que tu fais semblant. Elle est comme moi, elle peut sentir les choses…
— Je refuse d'avaler ça, Line.
Il porta la main à son crâne et cligna des paupières plusieurs fois comme sa vision se troublait. Elle lui fit un sourire contrit.
— Je suis désolé, Lúka. Je t'en ai fait boire…
— Pourquoi ?!!
— Mais tu le sais bien… Tu n'aurais jamais accepté, et si Saraï découvre la vérité… Je ne veux même pas essayer d'imaginer sa réaction, conclut-elle. Elle te ferait du mal, elle te forcerait à m'oublier…
Elle déposa un dernier baiser sur ses lèvres et prit le bandeau de tissu noir qui se trouvait sur la table de chevet.
— Pardonne-moi…
***
Ruan dormait, couché sur le canapé, et Saraï lisait un roman, s'assoupissant parfois et se réveillant en sursaut quand sa nuque faiblissait et que sa tête tombait sur sa poitrine. Il était près de minuit et de temps à autre, la femme jetait un coup d'œil à la grande horloge du salon, inquiète. Line aurait déjà dû revenir depuis plus d'une heure… Elle ramassa la couverture que Ruan avait fait tomber et la remit en place, doucement, pour ne pas l'éveiller.
— Grand-mère ?
Saraï se retourna et vit sa nièce, vêtue de son peignoir, les cheveux en bataille et les joues mouillées de larmes. Elle se précipita vers elle et la serra dans ses bras.
— Ma pauvre petite chérie… Tu vas bien ? Tu dois avoir froid, comme ça ! Tu veux que j'aille te chercher un chandail ? Tu veux que je te prépare du thé ?
— Tout va bien, ne t'inquiète pas. Il est en haut, je ne pense pas qu'il se réveillera tout de suite, je lui ai fait boire de l'eau que tu m'avais préparée juste avant de redescendre, pour être sûre qu'il ne revienne pas à lui trop tôt.
Elle aperçut soudain Ruan et rougit.
— Pourquoi il est là, lui ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
— Ton cousin s'inquiétait pour toi… Je l'ai appelé et je lui ai expliqué les ordres… Il a tenu à venir. Je vais te préparer du thé, ma chérie. Tu veux aussi une part de gâteau ?
Elle hocha la tête, les yeux toujours rivés sur Ruan. Saraï quitta la pièce et elle s'avança vers lui, resserrant un peu son peignoir. Elle s'assit sur le sol et, d'une main timide, commença à caresser ses cheveux. Il ouvrit les yeux et sourit.
— Line…
Il se redressa et lui fit signe de s'asseoir près de lui. Elle s'exécuta, les jambes mal assurées. Il passa son bras autour de ses épaules pour l'attirer tendrement contre lui.
— Il ne t'a pas fait trop mal ?
Elle secoua la tête, la gorge nouée. Ruan embrassa son front.
— J'étais jaloux, tu sais ?
— C'est vrai ?
— Bien sûr !
Elle rosit de plaisir et se blottit contre lui. Il sentait bon…
— Evidemment, on ne peut être certain que tu sois enceinte, avança-t-il.
Il passa sa main dans ses cheveux noirs, un sourire aux lèvres. Elle ferma les yeux. Son cousin avait toujours eu toutes les femmes qu'il voulait et elle savait bien pourquoi.
— La dernière fois que je t'ai vue, tu n'étais encore qu'une gamine, mais à présent, tu es une femme, Line. Et tu es magnifique…
Elle le repoussa gentiment lorsqu'il chercha à l'embrasser et rougit. Il s'était passé bien trop de choses au cours des dernières heures. Embrasser Ruan alors qu'elle avait fait l'amour avec Lúka pendant tout l'après-midi et une partie de la soirée, c'était plus qu'elle ne pouvait supporter.
— Ruan, je t'en prie, pas maintenant…
Ce fut son tour de rougir. Il baissa la tête, coupable.
— Je suis désolé, je suis vraiment un imbécile… Je te demande pardon…
Elle embrassa chastement sa joue, puis l'entoura de ses bras. Saraï entra dans la pièce avec un plateau et leur jeta un regard soupçonneux. Ruan lui fit un sourire innocent et Line s'écarta de lui, les yeux baissés.
Pauvre enfant, se dit Saraï. Il la regarde déjà comme le prochain trophée sur son tableau de chasse…
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1. Le mercredi 14 février 2007 à 22:58, par Nantu
2. Le jeudi 15 février 2007 à 14:14, par Ness
3. Le jeudi 15 février 2007 à 22:07, par Marie
4. Le vendredi 16 février 2007 à 07:25, par Ness
5. Le samedi 17 février 2007 à 12:05, par Yzabel
6. Le samedi 17 février 2007 à 14:11, par Ness
7. Le samedi 17 février 2007 à 17:23, par marie
8. Le samedi 17 février 2007 à 20:23, par Ness
9. Le samedi 17 février 2007 à 20:28, par marie
10. Le lundi 19 février 2007 à 14:36, par Marie
11. Le lundi 19 février 2007 à 15:31, par Ness
12. Le mercredi 21 février 2007 à 22:54, par Tanamy
13. Le jeudi 22 février 2007 à 15:47, par Nokori
14. Le jeudi 22 février 2007 à 16:03, par Ness
15. Le vendredi 23 février 2007 à 10:43, par Nokori
16. Le vendredi 23 février 2007 à 13:13, par Ness
17. Le mardi 27 février 2007 à 21:48, par Yzabel
18. Le mardi 27 février 2007 à 22:11, par Ness
19. Le mardi 20 mars 2007 à 22:19, par Pierre-Louis
20. Le jeudi 22 mars 2007 à 19:10, par Ness
21. Le mardi 28 août 2007 à 00:37, par Mélie
22. Le vendredi 31 août 2007 à 10:48, par Ness
23. Le vendredi 31 août 2007 à 11:46, par Pierre-Louis
24. Le vendredi 31 août 2007 à 15:21, par Ness
25. Le vendredi 31 août 2007 à 15:49, par Pierre-Louis
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