CHAPITRE IV
Ruan prit la tasse que lui tendait Ludméa en souriant. La jeune femme s'assit en face de lui et mit deux tablettes de sucre dans son café. Elle étouffa un bâillement et l'homme l'imita quelques secondes plus tard.
— On va être en forme, au boulot, remarqua-t-elle.
Il se pencha vers elle et l'embrassa tendrement. Il avait parfois encore du mal à croire que tout cela était vrai, que Ludméa était vraiment avec lui…
— Ce soir, je ne serai pas là, annonça-t-elle. Je vais au restaurant avec Sonia, tu te rappelles ? ajouta-t-elle comme il semblait surpris.
— Non, j'avais oublié… Tu vas me manquer.
— Ce n'est qu'une nuit, Ruan.
— Même. Tu ne veux pas passer, après ?
— Ce sera sûrement plus de minuit !
— Je n'aime pas quand tu n'es pas là, avoua-t-il.
— Tu sais, il faut quand même que je rentre de temps à autre chez moi ! protesta-t-elle. Y passer tous les jours en coup de vent pour me changer, ce n'est pas très agréable. Il faut que je m'occupe un peu de mes plantes…
— Tu pourrais les ramener ici ! proposa-t-il.
— Mais voyons, Ruan, qu'est-ce que tu ferais avec mes plantes ? Tu es incapable de garder un cactus en vie plus de deux semaines ! se moqua-t-elle.
— Bon, je crois que je vais aller droit au but, puisque les insinuations que je fais depuis trois jours ne semblent pas très efficaces… J'aimerais que tu viennes habiter ici.
Ludméa n'avait pas l'air étonnée, et il se rendit compte que la jeune femme avait sans doute compris ce qu'il voulait depuis le début.
— Ruan, je… Cela ne fait que cinq mois, et…
— Je comprends, si tu préfères attendre, il n'y a aucun problème, lui assura-t-il.
Mais sa mine défaite témoignait du contraire. Ludméa posa sa tasse de café et prit ses mains entre les siennes. Elle lui sourit tendrement.
— Je ne préfère pas attendre, mais je veux être certaine que nous ne sommes pas en train de précipiter les choses. Tu viens de te séparer d'Ylana…
— Cela fait tout de même quelques mois, contra-t-il. Tu n'es pas sûre d'avoir envie d'être avec moi ?
— Ruan, honnêtement, est-ce que j'ai l'air de ne pas être sûre ? lui fit-elle remarquer.
Elle repoussa sa chaise et vint s'asseoir sur ses genoux, les bras autour de son cou. Il l'embrassa, la serrant contre lui.
— Il y avait une photo de moi dans le journal, déclara-t-elle. La légende n'était pas très élogieuse…
Ruan plongea ses yeux dans les siens, soucieux. Elle détourna son regard.
— Ce n'est pas grave. Je sais que je ne suis pas aussi belle qu'Ylana. Et je n'ai pas un doctorat en microbiologie non plus.
— Mais c'est toi que j'aime, pas Ylana !
— Ils disent que je ne suis pas assez bien pour toi, ajouta-t-elle. Ils disent que je ne suis qu'une passade, et que tu me quitteras bientôt.
— Et tu les crois ?
— Ruan, c'est vrai ce que les gens disent sur toi ?
— Ce que les gens disent sur moi ? répéta-t-il.
— Que tu… Que tu collectionnes les femmes ?
Le visage de l'homme s'empourpra et il baissa les yeux.
— Avant de te rencontrer, je n'étais pas très… galant. C'est vrai. Je ne savais pas trop ce que je voulais. Et je n'arrivais pas à tomber amoureux.
— Et tu as continué lorsque tu étais avec Ylana.
— J'étais dingue de toi, je…
— Non, je ne parle pas de moi. Je parle des autres femmes avec lesquelles tu as trompé ta fiancée.
— Mais qui t'a raconté toutes ces choses ?
— A peu près toutes les femmes des DMRS auxquelles j'ai adressé la parole…
— Elles sont jalouses, décréta-t-il.
— Probablement. Mais ce qu'elles disent est vrai, n'est-ce pas ?
Ruan soupira. Il aurait dû savoir que Ludméa finirait par apprendre les éléments les moins glorieux de son passé. Evidemment, ses anciennes conquêtes s'étaient dépêchées de la mettre au courant…
— Oui, c'est vrai, lui accorda-t-il. Je ne suis pas quelqu'un de bien.
— Je ne suis pas parfaite non plus. Mais Ruan, maintenant que tu es avec moi, tu… Promets-moi que tu n'iras pas voir ailleurs !
— Mais c'est évident ! Je t'aime ! Pourquoi ferais-je une chose pareille ? Tu crois que je ne suis pas satisfait avec toi ?
— Ne t'énerve pas comme ça, s'il te plaît.
— Désolé. J'ai changé, ma chérie. Je te le promets. Comment pourrais-je avoir envie d'être avec une autre femme, alors qu'il n'y a que toi qui me rendes heureux comme ça ? Qu'est-ce que pourrait m'apporter une aventure d'un soir avec une inconnue ? Je t'en prie, viens habiter avec moi !
Elle lui sourit et remit une mèche de cheveux derrière son oreille.
— Cela ne va pas aider notre quota d'heures de sommeil, plaisanta-t-elle. Mais je crois que je vais te dire oui.
***
Ludméa souriait en rangeant ses vêtements dans la grande armoire de la chambre ; Ruan ne rentrerait que dans trois heures, elle aurait sûrement fini d'ici là. Elle avait beau avoir montré une certaine hésitation à emménager avec lui, elle en rêvait depuis le premier jour. Jamais elle n'avait aimé un homme comme elle l'aimait lui. Sous ses airs orgueilleux et prétentieux, il était tendre et peu sûr de lui, et bien plus attirant à ses yeux que le jeune chercheur autoritaire qu'elle avait connu près de huit mois auparavant.
Elle plia son dernier pull, et referma l'armoire, avant de se retourner et de jeter un regard satisfait à la chambre. Maintenant, elle se sentait presque chez elle. Et elle n'aurait plus à faire de continuels allers et retours entre son appartement et la maison de Ruan. Sans compter que cela réduirait peut-être ces affreux journalistes au silence…
Quand elle avait parlé de l'article qui la concernait à Ruan, deux jours plus tôt, elle avait omis de mentionner plusieurs détails : cet article était loin d'être le premier, et la femme qui l'avait écrit ne l'avait pas ménagée. Elle avait dressé un sympathique comparatif entre Ylana et elle, et Ludméa avait vu tous ses défauts physiques répertoriés et pointés du doigt. La photographie qui accompagnait l'article n'était guère reluisante, et datait de quelques jours à peine après le début de leur relation. Ruan, après son expédition romantique sous une pluie glacée, avait attrapé un mauvais rhume, qu'il avait bien entendu partagé avec elle. Ce jour-là, ses yeux étaient rougis et gonflés, et son nez ne ressemblait plus à rien de présentable. Elle portait un ample pull qui n'avantageait pas sa silhouette, et elle n'avait pas eu le temps de se faire un brushing. Autant dire que les journalistes n'auraient pas pu trouver pire moment pour la photographier. Il était certain qu'à côté d'Ylana — qui posait dans un tailleur chic, les cheveux parfaitement coiffés et le visage soigneusement maquillé — elle faisait pâle figure…
La journaliste insistait lourdement sur les rondeurs de Ludméa, ce qui l'avait rendue furieuse. Certes, elle n'avait pas le physique filiforme d'Ylana, mais elle était mince. Bien sûr, si cette affreuse femme ne s'était basée que sur la photographie pour en juger, Ludméa n'avait aucune chance : elle avait toujours eu un visage plutôt rond.
Ruan ne comprenait pas qu'elle puisse se sentir blessée par de "pareilles inepties", comme il définissait les propos de la journaliste, mais il n'avait pas lu l'article — pas plus que les onze précédents — et c'était sans doute mieux ainsi. Depuis cinq mois, la presse à scandale se faisait une joie de faire passer Ludméa pour une "gamine manipulatrice intéressée uniquement par l'argent de l'héritier de la famille Paso". Les journalistes mentionnaient sans cesse son âge, arguant que l'homme se lasserait vite d'une enfant comme elle, lui qui pouvait avoir n'importe quelle femme.
Ludméa n'aurait jamais pensé que de tels propos mensongers la toucheraient, pourtant, c'était le cas. Elle avait l'impression que, quoi qu'elle fasse, quelqu'un trouverait une mauvaise intention à son geste. Si Ruan et elle venaient à se séparer, les journalistes se dépêcheraient de clamer haut et fort qu'ils l'avaient su dès le départ, qu'elle n'avait été pour lui qu'une passade. Et si leur relation durait, ce serait évidemment parce qu'elle l'avait séduit pour son argent, et tout le monde plaindrait le pauvre Ruan, qui se faisait si facilement manipuler par la machiavélique Ludméa. C'en était presque risible. Si cela avait concerné quelqu'un d'autre, elle lui aurait conseillé de ne pas prêter la moindre attention à ces journaux. De toute manière, aucune personne sensée n'en croyait un mot.
Pourtant, le fait d'être leur nouvelle cible était dur, bien plus dur que tout ce qu'elle avait pu imaginer. Jour après jour, semaine après semaine, ces articles détruisaient le peu de confiance en elle qu'il lui restait encore.
Elle soupira, assise sur le lit, le visage dans ses mains. Elle devrait surmonter tout cela, elle n'avait pas le choix. Ruan y était habitué depuis son enfance, elle ne connaissait cela que depuis quelques mois.
Mais ce n'était pas le moment de s'apitoyer. Ses deux valises traînaient au milieu de la chambre ; elle allait les mettre à la cave.
***
L'escalier était plutôt étroit, et Ludméa descendit les marches avec précaution. La valise n'était pas lourde, mais elle était encombrante. Arrivée en bas, elle poussa un soupir. Le plafond de cette cave était inhabituellement haut, c'était ce qui rendait l'escalier aussi abrupt. Mais qui donc aurait l'idée de construire un sous-sol pareil ? Les murs avaient été laissés nus, et leur couleur gris sombre n'améliorait pas l'ambiance déjà glauque de l'ensemble. Des tapis semblaient avoir été jetés au hasard sur le sol de béton, et Ludméa se pencha pour en effleurer un de la main. Elle s'étonna : un tapis de cette qualité devait valoir une fortune ! Pourquoi le laisser dans un endroit où personne ne pouvait le voir ? Soudain, elle comprit. Ils étaient tachés. De grosses auréoles sombres s'y étalaient, gâchant les magnifiques broderies.
La jeune femme s'éloigna de l'escalier et s'avança un peu dans ce qui semblait être un vaste débarras. Plusieurs couloirs menaient à d'autres pièces, et elle se dit que le sous-sol devait sans doute couvrir toute la surface de la maison. De nombreux meubles étaient entassés là, recouverts de draps de protection, qui avaient dû être blancs une vingtaine d'années auparavant. L'un d'eux attira son regard. Le drap qui le protégeait avait glissé en partie, et surtout, il semblait plus propre que les autres, comme s'il avait été récemment placé sur le meuble. Ludméa s'en approcha, et vit qu'il s'agissait d'une immense armoire. Elle fit tomber le drap, et s'étonna. Le meuble était fait du même bois que le reste du mobilier de la chambre de Ruan, et on y retrouvait les mêmes ornements.
La jeune femme avait déjà remarqué que l'armoire à vêtements tranchait avec les autres meubles : elle était beaucoup plus moderne, de moins bonne qualité, et sur la tapisserie, on voyait encore un peu les traces laissées par un objet plus haut et légèrement plus large. Au jugé, l'armoire qu'elle venait de découvrir correspondait parfaitement à ces marques. Mais pourquoi l'avoir reléguée dans la cave ? Elle était en excellent état ! Le bois n'avait pas la moindre éraflure.
Un objet en métal noir se trouvait entre les deux battants du meuble, et Ludméa supposa qu'il s'agissait d'une clé. A part dans les livres d'histoire de sa sœur, jamais encore elle n'en avait vu. Les clés appartenaient au passé depuis plusieurs siècles ! Les portes étaient à présent verrouillées par des serrures électroniques ou digitales, et nul n'aurait eu l'idée de fabriquer quelque chose d'aussi dépassé ! Pour ouvrir l'armoire de la chambre de Ruan, il suffisait de presser sur un bouton. Ludméa poussa la clé, mais rien ne se produisit. Elle la tira, et l'objet sortit de la serrure. Elle l'observa, curieuse. La clé portait le motif qu'elle retrouvait sur tous les meubles de la maison : une sorte de fleur. C'était ce que Ruan lui avait expliqué, en tout cas. Il fallait beaucoup d'imagination pour admettre qu'il s'agissait d'un lys stylisé. Ludméa en avait parfois rencontré dans les forêts, et dans son souvenir, la fleur n'avait pas grand-chose en commun avec l'emblème de la famille Paso.
L'autre bout de la clé présentait un relief dentelé, très épais, et probablement très facile à imiter. Ludméa la replaça dans la serrure, et appuya à nouveau dessus, sans beaucoup de succès. Elle la tourna vers la droite, mais le mécanisme semblait bloqué. Elle essaya la gauche, et cette fois-ci, un petit clic plutôt prometteur se fit entendre. Les battants de l'armoire s'ouvrirent de quelques centimètres, et Ludméa les tira à elle. Une odeur étrange l'assaillit : une odeur de renfermé, mais pas seulement. Elle recula un peu. C'était… inhabituel. Elle ferma les yeux, et inspira profondément. Derrière l'odeur de renfermé et celle qu'elle ne parvenait pas à reconnaître flottait une très légère fragrance de parfum…
Après un instant d'hésitation, elle ouvrit complètement l'armoire, et ses yeux s'écarquillèrent de stupeur. Celle-ci était remplie de vêtements.
Des vêtements de femme.
***
Ludméa s'observait dans le miroir. Elle avait relevé ses cheveux en un parfait chignon — ils étaient maintenant assez longs pour cela. Ruan avait tenu à ce qu'elle les laisse pousser — et avait légèrement maquillé ses yeux. Ce n'était pas quelque chose qu'elle avait l'habitude de faire, mais le jour où elle avait découvert sa photographie en première page du journal, cela avait changé. Et cela plaisait à Ruan, même s'il lui avait souvent répété la trouver bien plus belle au naturel.
La robe lui allait plutôt bien. Elle était très moulante, et passablement décolletée, et Ludméa ne se serait pas aventurée dans la rue ainsi vêtue, mais l'effet général était assez positif. Elle porta la main à son cou et soupira. Une telle robe méritait un collier, et elle n'en avait aucun qui soit assez élégant pour ne pas tout gâcher.
Le bruit de la porte d'entrée la fit sursauter, et elle consulta sa montre. Il était déjà si tard ?!! Elle n'avait pas vu le temps passer ! Elle s'empressa de ranger les vêtements qui gisaient sur le lit, et descendit le grand escalier. La robe était longue, et elle faillit trébucher lorsque le tissu se prit sous ses pieds. Evidemment, il lui faudrait des chaussures à talons haut.
— Ludméa, tu es là ? appela Ruan depuis la cuisine.
— Oui oui, j'arrive ! lui cria-t-elle de l'escalier.
Elle releva le bas de la robe et descendit le reste des marches plus facilement.
— Tu veux que je te prépare une limonade ? proposa-t-il.
— Volontiers !
Elle mourait de soif. Elle avait été tellement plongée dans son rangement qu'elle n'avait même pas pensé à se chercher quelque chose à boire. Elle traversa le grand hall, et entra dans la cuisine. Ruan était en train de verser la limonade dans leurs verres, et elle sourit. Il ne l'avait pas entendue entrer. Il leva soudain les yeux, et son visage se figea. La bouteille tomba sur le sol, répandant le liquide sur le carrelage blanc, mais il ne réagit pas.
— Eve ! souffla-t-il d'une voix éteinte.
Ludméa comprit alors qu'elle n'aurait jamais dû prendre les vêtements de l'armoire de la cave, et rougit. Après quelques instants, Ruan sembla revenir à lui, et s'approcha d'elle, une étrange expression sur son visage. Il tendit la main vers elle, et caressa sa joue, un sourire aux lèvres.
— Tu es belle…
— Ruan, je suis désolée, je…
— Ne dis rien, ma chérie, coupa-t-il. Cette robe te va si bien ! Tu n'aurais pas dû la prendre, mais comment puis-je t'en vouloir ? On dirait qu'elle a été faite pour toi !
Il l'enlaça et la serra contre lui. Sa bouche chercha la sienne, et Ludméa fut un peu surprise de la fougue avec laquelle il l'embrassa. Elle répondit du mieux qu'elle le put à son impatience, flattée de lui faire tant d'effet.
— J'ai envie de toi, Ludméa, lui murmura-t-il à l'oreille.
Elle sourit, puis poussa un petit cri étonné lorsqu'il la souleva et l'assit sur la table.
— Mais qu'est-ce que tu…
— J'ai pensé à toi toute la journée, avoua-t-il. Je mourais d'envie d'être près de toi. Je n'attendais que le moment de rentrer pour te retrouver…
Il lui sourit, et remonta les mains sous sa robe, caressant sa peau si douce. Elle ferma les yeux.
— Je tournais en rond dans mon bureau… Je ne pouvais pas me concentrer… Je suis vraiment dingue de toi, Ludméa !
— Moi aussi, j'ai pensé à toi…
Elle rougit un peu, un sourire aux lèvres. Elle avait effectivement pensé à lui, et pas de la manière la plus innocente qui soit. Il l'embrassa à nouveau, et elle l'attira contre elle.
***
Ludméa était allongée sur le sol, les cheveux en bataille. Ruan était couché à côté d'elle et fixait le plafond d'un air soucieux. Au bout d'un moment, il s'appuya sur son coude et écarta une mèche de cheveux qui barrait le visage de la jeune femme.
— Chérie, je suis désolé…
— Désolé pourquoi ? s'étonna-t-elle.
— Je… J'ai été un peu impatient. J'aurais dû faire plus attention à toi.
Ludméa s'assit et lissa sa robe. Elle lui sourit. Il s'inquiétait toujours tellement !
— Ruan, c'était bien. Vraiment ! lui assura-t-elle comme il ne semblait pas très convaincu. Mais maintenant, je vais y repenser à chaque fois que je verrai cette table, plaisanta-t-elle.
Ils se mirent à rire, et elle se pencha pour l'embrasser. Il caressa doucement sa joue, puis laissa glisser sa main le long de son cou.
— Il te faut un collier, avec cette robe, déclara-t-il soudain.
Il se leva, remit de l'ordre dans ses vêtements, et lui tendit la main. Elle l'attrapa et se mit debout, avant de jeter un regard critique autour d'elle. Une large flaque de limonade s'étalait sur le carrelage, et la bouteille avait roulé sur quelques mètres. Un des verres était encore sur la table, mais l'autre était tombé au sol.
— Laisse, on rangera plus tard, fit Ruan en l'entraînant hors de la cuisine.
Comme souvent, elle se demanda comment il faisait pour toujours savoir ce qu'elle pensait, puis n'y songea plus et le suivit à l'étage. Il la conduisit dans la chambre et se dirigea vers la grande commode près du lit. Il ouvrit un tiroir, fouilla quelques instants, avant d'en sortir une boîte en bois. Ludméa s'assit sur le fauteuil, ne sachant trop ce que Ruan avait en tête.
— C'est bien que tu aies trouvé cette robe, finalement, avança-t-il.
— Bien ? Alors… Tu ne m'en veux pas ?
— Non, je suis plutôt content, en fait. Elle te va à merveille. Et dans deux semaines, je t'emmène à une soirée. Tu la porteras, et tu seras superbe.
— Ruan, je… Tu es sûr que c'est une bonne idée ?
— C'est une excellente idée. Et cela fera taire ces foutus journalistes, ajouta-t-il d'une voix sourde.
Elle se tourna vers lui, mais il était assis sur le lit, concentré sur le contenu de la boîte.
— Tu as lu les articles ?
— Je savais que quelque chose te tracassait. Tu aurais dû m'en parler ! lui reprocha-t-il en plongeant ses yeux dans les siens.
— Je ne voulais pas que tu aies honte de moi, avoua-t-elle.
— Tout est de ma faute. J'aurais dû savoir qu'ils s'attaqueraient à toi, soupira-t-il, Mais maintenant, je tiens à réparer mon erreur. On va aller à cette soirée. Tu seras magnifique, et ils arrêteront de te critiquer.
— Ruan, je sais qu'on dit que l'amour rend aveugle, mais je ne suis pas belle. Il faut que j'accepte cela.
— Oh, que si, tu es belle. Tu n'es pas un stéréotype de beauté féminine, certes, mais la beauté n'est pas que dans l'apparence. Tu as un charme fou, et quand tu souris, tu es superbe.
Elle secoua la tête doucement. Il s'approcha d'elle et caressa doucement ses cheveux. Le chignon n'avait plus rien de parfait et Ruan ôta les épingles qui le retenaient encore. Ses cheveux tombèrent dans son dos.
— Refais ton chignon, Ludméa.
Il lui tendit les épingles et elle lui lança un regard étonné.
— S'il te plaît, insista-t-il.
Elle hocha la tête et se leva, se dirigeant vers la salle de bain. Ruan la retint.
— Non, je veux te voir… Il y a un miroir ici.
— Ruan, mais qu'est-ce que tu…
— J'ai envie de voir comment tu fais, c'est tout, coupa-t-il.
Mal à l'aise, Ludméa alla chercher une brosse, et revint dans la chambre. L'homme s'était assis dans le fauteuil, un sourire aux lèvres. Elle remarqua qu'il avait caché quelque chose dans sa poche, et comprit que cela devait provenir de la boîte en bois. Elle coiffa ses cheveux avec des gestes un peu brusques, et il vint lui prendre la brosse des mains.
— Laisse-moi faire…
Elle ferma les yeux, un sourire aux lèvres. Elle aimait qu'il brosse ses cheveux. Il le faisait parfois, et était toujours très tendre.
— Voilà, c'est mieux, souffla-t-il, un peu troublé.
Elle rouvrit les yeux. Sa chevelure avait retrouvé tout son éclat, et tombait sur ses épaules, parfaitement lisse. C'était presque dommage de l'enfermer dans un chignon, mais Ruan voulait qu'elle le fasse, et elle avait envie de lui plaire. Elle se tourna vers lui et il lui sourit, avant de déposer un baiser sur ses lèvres, et de retourner s'asseoir dans son fauteuil.
Elle prit une profonde inspiration. Son malaise s'était atténué, mais elle se sentait toujours un peu ridicule. Elle réunit ses cheveux et les tordit, avant de les faire tourner. Une main retenant le chignon, elle planta les épingles pour le maintenir. Une mèche retomba, et elle pesta entre ses dents, prête à recommencer la coiffure.
— Non, laisse, c'est parfait, comme ça, c'est encore plus joli ! lui assura Ruan.
Il avait raison, et elle plaça les dernières épingles. Puis, elle lui fit face, un peu gênée.
— Voilà, c'est fait, dit-elle pour briser le silence qui s'installait.
— Tourne-toi face au miroir, et ferme les yeux, ordonna-t-il.
Elle s'exécuta, docile, et il s'approcha d'elle. Elle sentit ses mains sur ses épaules, puis quelque chose de froid sur sa peau, autour de son cou. Il batailla un instant avec le fermoir du collier, et s'écarta d'elle.
— Tu peux ouvrir les yeux.
Lentement, Ludméa releva ses paupières. Puis, elle poussa une exclamation de surprise et porta une main à son cou, caressant le magnifique collier qui étincelait de mille feux.
— Ruan, c'est… Je n'ai jamais rien vu de si beau ! s'écria-t-elle en se jetant dans ses bras.
— Ce sont des diamants, précisa-t-il.
— Des diamants artificiels ? Mais cela vaut une fortune ! s'étonna-t-elle.
— Pas des diamants artificiels, de vrais diamants, rectifia-t-il. Et ils sont à toi.
— De vrais diamants ?!! Tu pourrais acheter la moitié de la planète avec ça !
Il se mit à rire et l'attira contre lui.
— Je me fiche de la planète. C'est toi que je veux !
***
Ludméa s'accrochait au bras de Ruan, un peu crispée. Elle lui jetait de petits regards en coin, de temps à autre. Il était si beau ! Après plus de cinq mois passés avec lui, à le voir au réveil ou après une dure journée de travail, elle avait presque oublié à quel point il pouvait être élégant. Il tourna la tête vers elle et lui sourit.
— Tu es magnifique, ma chérie, lui murmura-t-il.
Elle rougit un peu, mais un sourire radieux illumina son visage.
— Et moi, je t'ai rarement vu aussi beau, répondit-elle.
Il l'embrassa sur les lèvres et la serra contre lui.
— Je me sens un peu bête, fit Ludméa. Je ne connais quasiment personne, je ne sais pas quoi dire, et tout le monde me regarde…
— Ils te regardent parce que tu es belle, déclara-t-il. Détends-toi, tout ira bien… Sois naturelle. De toute façon, je reste avec toi. Ce n'est qu'une simple soirée de boulot, c'est tout !
— Mouais. Au département ECO aussi, nous avions des soirées de boulot, et cela ne ressemblait pas à ça. Les gens ne venaient pas en habit de cérémonie et ne dînaient pas dans de la porcelaine. Et dans mes souvenirs, tout le monde était décontracté.
Ruan se mit à rire et l'entraîna vers le colonel Dosch et sa femme Corinne. Il fit les présentations, et engagea la conversation avec Dosch. Ludméa et Corinne échangèrent un regard un peu gêné, puis commencèrent à parler de tout et de rien. Au bout de quelques minutes, la tension était retombée, et les deux femmes riaient. Ruan regarda son amie avec fierté : tout le monde aimait Ludméa. Mais comment faire autrement ? Elle était simple, enjouée, bavarde, et avait encore l'exubérance de la jeunesse.
Il l'emmena ensuite vers Alicha Dortner, qui s'était réfugiée près du buffet, comme à son habitude. Il sourit en la voyant s'empiffrer presque discrètement, un verre à la main, un petit-four dans l'autre. La femme se débarrassa prestement de son verre au hasard d'un serveur qui passait par là, et engloutit le canapé, avant de se précipiter vers eux. Elle serra Ruan contre elle, sous le regard amusé de Ludméa. L'homme rougit un peu et la repoussa gentiment.
— Ah, Ludméa, ma chérie, vous êtes là ! s'écria-t-elle en prenant les mains de la jeune femme entre les siennes avec affection.
— Je suis contente de vous revoir, Madame Dortner, fit Ludméa.
Elle était sincère. Elle aimait beaucoup Alicha, qui, contrairement à la plupart des médecins et chercheurs des DMRS, était quelqu'un de très naturel.
— Mon enfant, je vous ai dit cent fois déjà de m'appeler Alicha, lui reprocha doucement celle-ci. Comment vont les petits ?
Le visage de Ludméa s'éclaira. Elle adorait les jumeaux, et pouvait passer des heures à parler de leurs progrès, ce qui avait tendance à exaspérer un peu Ruan.
— Oh, ils rampent partout, ils touchent à tout. Ils sont très curieux, et je pense aussi qu'ils sont plutôt précoces.
— Nato fait toujours autant de caprices ?
— Ça va mieux. Au moins, maintenant, elle accepte de manger quand je ne suis pas là, et je peux enfin prendre quelques jours de congé de temps à autre ! Par contre, elle refuse de dormir sans son frère, et pleure à chaque fois que je quitte la pièce.
Ruan lui donna un petit coup de coude discret et lui lança un regard appuyé. Ludméa baissa les yeux. Elle parlait trop.
— Ruan, vos parents ne sont pas là, j'imagine ? demanda Alicha.
— Non, vous savez comment est Daniel. Même sous la torture, il ne viendrait pas à une soirée mondaine. Helen est un peu déçue, elle aime bien voir du monde, mais j'imagine qu'à présent, elle s'est fait une raison…
Alicha se mit à rire.
— Waren est comme ça, lui aussi. Il a prétexté qu'il devait revoir quelques détails de sa campagne électorale et que, par conséquent, il ne pourrait pas m'accompagner. A son grand regret, évidemment. Oh, il avait l'air tellement déçu, cela faisait presque peine à voir, ironisa-t-elle. Mais je sais qu'en rentrant, je le trouverai devant l'holovision. D'un autre côté, je le comprends. Il passe son temps à rencontrer des gens. Le soir, il a juste envie d'un peu de tranquillité, ajouta-t-elle, le visage empli de douceur.
Elle resta quelques instants silencieuse, et les regarda, un sourire aux lèvres.
— Vous formez un beau couple, décréta-t-elle. Je suis bien contente que vous soyez enfin ensemble. J'ai su tout de suite qu'il se passait quelque chose. Ruan passait son temps à tourner en rond et était encore plus désagréable que d'habitude avec ses employés, précisa-t-elle à l'intention de Ludméa.
— Alicha, je n'étais pas désagréable, protesta l'homme en rougissant légèrement.
Ludméa lui lança un regard moqueur, mais serra sa main dans la sienne.
— Quant à vous, ma chère enfant, vous passiez votre temps perdue dans vos pensées, le visage triste. Cela me faisait mal au cœur.
— Vous aviez tout compris, n'est-ce pas ? demanda Ludméa. Vous aviez tout compris la première fois où nous nous sommes rencontrés, lorsque Ruan vous a emmenée voir les enfants ?
— Bien sûr, confirma-t-elle. Je ne suis pas née d'hier, et j'ai toujours eu une sorte de pressentiment pour ce genre de choses.
— C'est pour cela que vous m'avez engagée aux DMRS ?
— En partie. Et aussi pour les enfants. Je vois comme vous vous occupez d'eux, comme vous les aimez. J'ai pensé que ce serait une bonne chose pour eux d'avoir une mère.
Ludméa sentit les larmes remplir ses yeux et Ruan la serra contre lui, caressant gentiment son épaule nue.
— Mais quel magnifique collier vous avez là ! s'exclama Alicha pour changer le tour que prenait la conversation.
La jeune femme porta la main à son cou et sourit.
— C'est un cadeau de Ruan, expliqua-t-elle.
— J'ai toujours su que cet homme était une perle rare. Comme son père. Comme son père… répéta-t-elle.
Le visage de Ruan s'assombrit, et Ludméa comprit qu'Alicha ne parlait pas de Daniel.
— Vous savez qu'il a dirigé les DMRS, également ? A ce moment-là, j'étais directrice adjointe. Daniel, par contre, n'était pas encore aux DMRS. Il était très efficace. Un homme un peu avant-gardiste, mais droit et juste. On espère tous que Ruan marchera dans ses traces…
— Alors ça, j'en doute beaucoup, souffla ce dernier entre ses dents.
— Ce qui lui est arrivé est tragique, vous savez, reprit-elle.
Ludméa hocha la tête. Ruan lui avait parlé de l'accident de navette qui avait causé sa mort et celle de sa femme. Elle serra la main de l'homme dans la sienne.
— Toute cette histoire… Les journaux en ont parlé pendant des mois…
— Alicha, arrête, fit Ruan, la mâchoire crispée.
— Aucun enfant ne devrait avoir à vivre ça, déclara-t-elle d'une voix pleine de compassion. Il n'a plus été le même, après tout cela…
— Oui, il est dur de perdre ses parents, coupa Ludméa. Je pense que nous devrions clore le sujet, Alicha. Cela ne sert à rien de remuer le passé comme ça, et cela fait de la peine à Ruan, conclut-elle avec fermeté.
L'homme lui adressa un regard reconnaissant, et la serra contre lui.
— Je m'absente deux minutes, lui murmura-t-il à l'oreille.
— Je t'attends là. Ça va ?
— Oui oui, ne t'inquiète pas…
Il laissa les deux femmes seules, et Ludméa croisa les bras sur sa poitrine, un peu en colère.
— Vous n'auriez pas dû parler de tout cela, reprocha-t-elle à Alicha. Il ne le montre pas, mais il souffre beaucoup de la mort de ses parents. J'ai perdu mon père, je sais à quel point cela fait mal quand les gens me parlent de lui.
— Vous avez raison, reconnut la femme. Je suis navrée, je parle toujours trop. Ruan vous a donc raconté, pour ses parents ?
— Oui. Il m'a dit qu'ils étaient décédés dans un accident de navette.
— Mais pas du tout, ils…
Elle s'arrêta et rougit légèrement.
— Ils quoi ? demanda Ludméa.
— Encore une fois, je parle trop. Je suis contente de voir à quel point vous prenez à cœur son bien-être. Il le mérite. C'est un gentil garçon. Je crois que vous avez rencontré Ylana ? avança-t-elle.
— Oui, j'ai eu cette chance, répondit-elle avec cynisme.
— Cette fille… Elle n'était pas méchante, mais je n'ai jamais compris ce que Ruan faisait avec elle. Sur la fin, je pense que lui non plus ne comprenait plus. Je suis bien contente qu'il vous ait rencontrée. C'est de quelqu'un comme vous dont il a besoin. Et je ne l'ai encore jamais vu comme cela avec une femme. Je crois qu'il est fou de vous, Ludméa. Ne lui faites pas de peine.
— Je suis folle de lui, moi aussi, avoua-t-elle. Je vous suis vraiment reconnaissante d'avoir essayé de tout faire pour que nous nous réconciliions. Sans vous, il serait uni à Ylana, et je serais désespérée. Mais je suis tout de même un peu mal à l'aise : la presse à scandale passe son temps à me critiquer, et à montrer à tout le monde que je ne suis pas digne d'être sa compagne.
— Foutaises. Ils ont fait pareil lorsque Ruan senior s'est fiancé avec Eve. Et pourtant, ils ont passé dix-huit années heureuses ensemble, et elle lui a donné deux beaux enfants.
— Deux ? s'étonna Ludméa.
— Ruan a une grande sœur, expliqua-t-elle. Elle ne vit pas sur Lambda. Il ne vous a pas parlé d'elle ? C'est surprenant. Ruan a toujours été très attaché à sa sœur. Il fallait le voir, quand il était petit. Il lui vouait presque un culte.
Ludméa sourit. Elle aussi avait toujours admiré Svetlana. Sans y penser, elle se mit à jouer avec son collier, les yeux dans le vague.
— Ce collier était à sa mère, commença Alicha.
— Oui, il me l'a dit.
— Il est magnifique… Si Ruan vous a fait un cadeau pareil, c'est qu'il vous aime vraiment. Cela ne m'étonnerait pas qu'il vous propose le mariage bientôt, insinua-t-elle.
— Oh, non, c'est bien trop tôt ! Cela ne fait que cinq mois que nous sommes ensemble.
— Et trois de plus que vous êtes amoureux, n'est-ce pas ? Vous savez, quand on est sûr, le temps n'a pas d'importance. Waren m'a proposé au bout d'à peine quatre mois. Et vous voyez, trente-quatre ans plus tard, nous sommes toujours unis.
— Vous avez des enfants, Alicha ? s'enquit Ludméa.
— Non, malheureusement… Je n'ai jamais pu en avoir.
— Ma sœur est également dans ce cas-là. Elle en souffre beaucoup. Certains disent que c'est à cause de la couche d'ozone artificielle, avança-t-elle.
— Je n'en suis pas persuadée, contra Alicha. Ils ont le même problème de baisse de la natalité sur Alpha, pourtant, il ne s'agit pas d'une planète terraformée. Je ne sais pas ce qui cause cette stérilité, mais nous allons droit à la catastrophe si cela empire. Vous savez que presque dix pour cent des femmes sont atteintes ?
— Oui, c'est énorme, soupira Ludméa.
— Mais vous, vous avez fait le test ?
— Oui, et il était négatif, heureusement.
— Ah, c'est bien. Vous allez pouvoir donner un héritier à Ruan, approuva Alicha.
— Nous n'en sommes pas encore là, bafouilla Ludméa, un peu gênée.
— Mais vous avez envie d'avoir des enfants, n'est-ce pas ? insista la femme.
— Je crois que c'est assez évident. J'adore les enfants.
— Oui, moi aussi… J'ai toujours été très attachée aux enfants de Ruan et Eve. Daniel et moi avons décidé d'un commun accord que Ruan irait vivre avec lui et Helen. Il avait besoin de beaucoup d'attention, après tout ce qui s'était passé, et Helen ne travaillait pas. C'était mieux pour lui.
— J'imagine, acquiesça Ludméa. Je vais aller le retrouver. Il n'avait pas l'air bien…
— Faites seulement. On se revoit au dîner.
Elle prit congé d'Alicha et partit dans la direction où Ruan avait disparu, quelques minutes plus tôt. Lorsqu'il les avait quittées, il semblait bouleversé, et Ludméa s'inquiétait un peu.
Elle le retrouva adossé contre un mur, dans un couloir sombre, et se précipita vers lui. Il la prit dans ses bras et la serra contre lui, presque avec désespoir.
— Alors elle t'a tout raconté ? soupira-t-il. Elle t'a raconté ce que mon père a fait à ma mère ?
— Elle ne m'a rien dit, Ruan.
— Il l'a tuée, déclara-t-il. Il l'a tuée sous mes yeux, et il s'est tiré une balle dans la tête. Il savait que j'étais là, que je pouvais voir tout ce qui se passait, et il l'a fait quand même.
Ludméa passa les bras autour de son cou et appuya sa joue contre la sienne. Il souffrait, et elle pouvait le sentir jusque dans sa chair.
— Alors tu comprends, quand Alicha a dit que tout le monde espérait que je marche dans les traces de mon père, cela m'a rendu furieux.
— Elle ne pensait pas à mal ! Je suis sûre qu'elle appréciait beaucoup ton père, et qu'elle s'imaginait te faire un compliment.
— Eh bien, c'est raté, conclut-il.
— Je sais que tu es quelqu'un de bien. Ne t'inquiète pas tant. Tu n'es pas comme ton père, Ruan.
— Des fois, je me le demande, répliqua-t-il.
— Pourquoi cela ?
Mais il ne répondit rien et l'entraîna dans la salle principale. Le dîner allait bientôt être servi.
Commentaires
1. Le mardi 5 décembre 2006 à 23:48, par Tanamy
2. Le mardi 5 décembre 2006 à 23:54, par Ness
3. Le mercredi 6 décembre 2006 à 16:49, par maud
4. Le jeudi 7 décembre 2006 à 10:48, par Ness
5. Le jeudi 7 décembre 2006 à 16:18, par Nantu
6. Le vendredi 8 décembre 2006 à 13:49, par Ness
7. Le mardi 19 décembre 2006 à 16:31, par OLIANEA
8. Le mardi 19 décembre 2006 à 20:33, par Ness
Ce commentaire a été modifié le 2007-01-05 23:27:42.
9. Le vendredi 5 janvier 2007 à 21:00, par Nokori
10. Le vendredi 5 janvier 2007 à 23:30, par Ness
11. Le mardi 9 janvier 2007 à 16:57, par marie
12. Le mardi 9 janvier 2007 à 19:34, par Ness
13. Le samedi 10 mars 2007 à 22:02, par Pierre-Louis
14. Le samedi 10 mars 2007 à 22:40, par Ness
15. Le dimanche 11 mars 2007 à 19:56, par Pierre-Louis
16. Le jeudi 2 août 2007 à 19:50, par linka
17. Le jeudi 23 août 2007 à 19:30, par Ness
18. Le lundi 27 août 2007 à 00:50, par Mélie
19. Le vendredi 31 août 2007 à 10:31, par Ness
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