CHAPITRE III
Lorsque Lúka s'éveilla, Line n'était plus à ses côtés. Un coup d'œil au réveil lui apprit qu'il était déjà presque dix heures, et il s'étonna. D'habitude, il était toujours levé dès sept heures, surtout depuis que sa sœur et lui faisaient chambre à part.
Il sourit en repensant à la nuit qu'ils avaient passée ensemble : Line s'était montrée si tendre, si douce ! Et depuis que, deux jours plus tôt, elle avait brisé la barrière mentale qui l'empêchait de communiquer avec elle, il avait l'impression que le lien qu'il y avait toujours eu entre eux s'était renforcé. Après tous ces terribles mois où il avait à peine pu la toucher, la tenir dans ses bras et l'embrasser à nouveau avait quelque chose de merveilleux et de presque irréel.
Il s'étira en bâillant et enfila le jean et le t-shirt qui gisaient au pied du lit. Il se traîna jusqu'à la salle de bain et soupira en apercevant son reflet dans le miroir : ses joues avaient repris des couleurs, mais il mettrait sans doute plusieurs semaines à regagner les kilos qu'il avait perdus. Line aussi était maigre, plus encore que ce qu'il avait cru avant de la voir nue. Cependant, elle n'avait rien perdu de sa beauté…
Lúka baissa les yeux sur son alliance et l'effleura du pouce, le visage radieux. Sa sœur lui avait fait beaucoup de mal, mais il lui avait tout pardonné, comme toujours. Il ne lui en voulait même plus d'avoir embrassé Ruan. Après tout, c'était un peu grâce à lui qu'ils s'étaient retrouvés. Oh, il ressentait bien un petit pincement au cœur en imaginant les lèvres de Line sur celles de l'homme, et il ne manquerait pas de le lui reprocher de temps à autre, cependant, l'instant n'était plus aux éternelles disputes.
Line était sûrement dans le salon.
***
La jeune femme s'était installée dans le canapé, son bébé dans les bras, et feuilletait ce que Lúka prit d'abord pour un livre d'images. Il se pencha pour l'embrasser tendrement et elle lui sourit.
— Alors, marmotte, bien dormi ?
— Mieux que depuis une éternité, répondit-il en s'installant près d'elle. Mais tu aurais dû me réveiller.
— Tu avais besoin de sommeil. Mais ne t'inquiète pas, demain matin, c'est toi qui auras le plaisir de te lever à six heures pour donner son biberon à Mikhail, rétorqua-t-elle avec un petit air malicieux.
— Je peux le prendre ?
Line lui confia le bébé, et cette fois-ci, Mikhail ne pleura pas. Lúka regarda son fils, émerveillé.
— Il te ressemble, déclara-t-il.
— Non, il te ressemble, rectifia sa sœur.
Ils échangèrent un sourire complice et Line rougit légèrement.
— Il s'est tenu plutôt tranquille, cette nuit, avança Lúka. C'est étonnant. Mais je ne vais pas m'en plaindre, ajouta-t-il.
— Il s'est réveillé vers trois heures.
— C'est vrai ? Pourtant, je ne l'ai pas entendu pleurer…
— Lyen s'est occupée de lui.
Lúka fronça les sourcils. Cela ne lui plaisait pas… Line lui jeta un regard appuyé, et il détourna les yeux.
— Je n'aime pas qu'elle s'approche de lui, marmonna-t-il.
— Mais ça ne t'a pas dérangé de ne pas devoir te lever pour le changer, cette nuit, n'est-ce pas ? insinua la jeune femme.
Il haussa les épaules et se perdit dans la contemplation de son fils endormi pour ne pas affronter le regard de sa sœur.
— Lyen l'a entendu pleurer, et elle a pris l'initiative de s'occuper de lui, vu que nous n'avions pas vraiment la tête à ça, si tu vois ce que je veux dire. Elle voulait nous rendre service, ajouta-t-elle.
— Tu parles… Cette fille n'est qu'une hypocrite ! Elle se joue de toi ! Pourquoi ne comprends-tu pas qu'elle te déteste ?
— Ça, c'est ce que toi, tu penses. Lyen n'est pas aussi mauvaise et fourbe que tu le prétends, Lúka ! Elle cherchait à nous aider, c'est tout ! Pourquoi tournes-tu toujours tout au négatif ? La moindre des choses qu'elle fasse, c'est forcément pour servir je ne sais quel noir dessein tu as décidé qu'elle servait ! Tu es adulte, pourtant ! Dès qu'il s'agit de quoi que ce soit lié à elle, tu te comportes comme un gamin capricieux et égoïste !
Lúka soupira et se leva. Il fit quelques pas, le bébé dans ses bras. Ce que disait Line était vrai, il le savait bien. Pourtant, ce ne pouvait pas être que ça ! Chaque fois qu'il la voyait, la haine envahissait son esprit. Ressentirait-il cela si Lyen était l'ange innocent que sa sœur décrivait ? Chacun de ses sourires était l'image même de sa personnalité vile et méprisante. Elle n'attendait que le moment de se venger, il le sentait !
— Tu ne crois pas que tu y vas un peu fort, là ? rétorqua Line.
— Non, vraiment pas ! Et puis, arrête de lire dans mes pensées comme cela ! Ça me gêne ! répliqua-t-il.
— Ça ne te gênait pas, avant.
— Ce n'était pas aussi flagrant. Là, j'ai l'impression que je ne peux plus rien te cacher.
— Excuse-moi, fit Line en rougissant. Je ne le fais pas vraiment exprès. Je… Depuis hier, je perçois tes pensées sans même le vouloir. Ça m'inquiète un peu.
Cela inquiétait également Lúka, et surtout, cela lui donnait un moyen de changer le tour que prenait la conversation, alors il revint s'asseoir à côté d'elle et l'attira contre lui, une main dans ses cheveux.
— Je ne suis pas sûr de ressentir la même chose que toi, avoua-t-il. C'est vrai que je te sens encore plus proche de moi, mais je n'ai pas l'impression de percevoir chacune de tes pensées comme tu sembles le faire avec moi.
— C'est parce que je les contrôle, expliqua-t-elle. J'ai toujours contrôlé mes pensées. Depuis que j'ai compris que le lien qui nous unissait n'avait rien de naturel, j'ai travaillé à contrôler mes pensées. C'est pour cela que j'ai pu briser les barrières mentales qui emprisonnaient ton esprit. Je savais ce que je faisais.
Lúka ne put réprimer un frisson en repensant à la douleur atroce qui avait explosé dans sa tête lorsque Line avait fait voler en éclats lesdites barrières. Jamais il n'avait eu aussi mal. Pas même quand leur père lui avait mis le bracelet. Inconsciemment, il frôla des doigts le métal tiède. Il serra Mikhail contre lui, bouleversé.
— Lúka, je suis désolée de t'avoir fait si mal, avança Line en caressant sa joue.
— Ce n'est pas à toi d'être désolée, rétorqua-t-il avec colère. J'aimerais bien comprendre comment une chose pareille a pu m'arriver, par contre. Mais tu m'as sorti de l'enfer où je m'enfonçais, reprit-il plus calmement. Tu m'as sauvé. Je ne sais pas combien de temps j'aurais pu tenir comme cela, sans toi, sans Mikhail. Je me sentais misérable, inutile, pitoyable. J'ai été nul.
— Non, c'est moi, contra-t-elle.
Ils se sourirent et elle se pencha pour l'embrasser doucement.
— Je ne sais pas ce qui m'est arrivé. La barrière qui bridait mon esprit n'était pas la même que la tienne, mais elle était bien là. Je l'ai sans doute brisée en brisant la tienne. Lúka, je suis consciente de ne pas toujours avoir été la compagne idéale et douce que tu aurais méritée, c'est dans ma personnalité, c'est comme ça. Je suis chiante, égoïste, lâche, prétentieuse, immature et têtue.
Lúka éclata de rire en secouant la tête.
— Si, je le sais ! insista-t-elle. Je n'ai jamais compris pourquoi tu m'aimais, et c'est sans doute pour cela que je te traitais si mal, que je te battais froid alors que tu n'avais rien fait. J'imagine que j'essayais de te tester. Je me disais que si tu restais, alors c'était que tu m'aimais vraiment, avoua-t-elle.
— Mais bien sûr que je t'aimais vraiment ! Je t'ai toujours aimée ! Même quand nous n'étions que des enfants !
— Je sais, et moi aussi je t'ai toujours aimé. Tu ne te rends pas compte à quel point je m'inquiétais lorsque tu partais en mission pour Père ! Je me disais, et s'il rencontrait une autre fille ? S'il décidait de rester avec elle, de m'abandonner !
— Tu as toujours peur de ça, n'est-ce pas ? fit doucement Lúka.
Elle baissa la tête, les yeux brillants. Son frère se leva et alla coucher Mikhail dans son berceau, peu désireux de montrer à la jeune femme à quel point sa détresse le touchait. Une boule douloureuse s'était nichée dans sa gorge et les larmes perlaient sous ses paupières. Il savait qu'une partie de sa tristesse venait du lien qu'il partageait avec Line, mais il n'y avait pas que cela. Il borda son fils et effleura ses cheveux sombres. Puis, il rejoignit sa soeur et la prit dans ses bras.
— Je ne t'abandonnerai jamais, je te le jure. Tu m'as privé de ton amour pendant plus de cinq mois, regarde ce que je suis devenu !
Il la força à relever le menton et à plonger ses yeux dans les siens.
— Je suis désolée, Lúka ! murmura-t-elle en détournant le regard.
— Ce n'est pas un reproche que je te fais ! Je veux juste que tu comprennes à quel point tu comptes pour moi.
— Tu sais, à la naissance de notre fils, je m'étais fait une promesse : ne plus jamais te traiter ainsi. Et j'ai été incapable de la tenir. Je ne savais pas ce qui m'arrivait. Chaque fois que tu faisais quelque chose, ça m'énervait. Tu sais, comme quand on déteste quelqu'un. Les moindres choses que cette personne pourrait faire, on les déforme pour ne plus les voir que sous le mauvais angle, pour alimenter la haine que l'on ressent… Eh bien, curieusement, c'était ce que je ressentais avec toi. Ça m'a toujours agacée que tu passes autant de temps à bidouiller ton ordinateur, tu le sais. Mais là, ce n'était plus simplement de l'agacement, c'était bien plus. Et quand tu me souriais, j'avais envie de te gifler. Quand tu me touchais, c'était pire. Ta manie de laisser juste la croûte de la pizza, de ne jamais ranger le dentifrice, de laisser tes cheveux sur la brosse… Tout ça, je m'y étais habituée, avec le temps. Ça m'énervait, c'est sûr, mais je l'avais accepté. Pourtant, après la naissance de Mikhail, j'ai commencé à me faire toute une montagne de ces petites choses. Tu m'exaspérais. Tout le temps. Même quand tu ne faisais rien. Même quand tu faisais des efforts. Même quand tu m'apportais des fleurs !
Il hocha la tête doucement. La dernière fois, elle lui avait jeté ses roses au visage, sans un mot d'explication.
— Je me détestais de te faire ça ! J'essayais de lutter contre le dégoût qui s'installait en moi. Au fond de moi, je savais que je t'aimais toujours. Mais j'étais impuissante face à ce que je ressentais. Maintenant, c'est différent. Lúka, tu me crois, j'espère ?
Il lui sourit et la serra contre lui.
— Après la nuit dernière, comme pourrais-je ne pas te croire ? lui chuchota-t-il à l'oreille.
Elle rit et ébouriffa ses cheveux, radieuse.
— Tout de même, je ne sais pas ce qui nous est arrivé, mais j'ai comme l'impression que cela ne s'est pas produit par hasard, avança Lúka, à nouveau soucieux.
Line hocha la tête. Cette pensée n'avait rien de rassurant.
— Lúka, tu ne t'es jamais demandé… je veux dire… tu as déjà rencontré d'autres personnes qui avaient le même pouvoir que le nôtre ?
— Eh bien, il y avait Nato… Il y a L.I., il y a Ruan et sa famille... Et… Non, je crois que c'est tout.
— Non, ils n'ont pas vraiment le même pouvoir, insista Line. Moi, je te parle de ça.
Elle fit un geste et la télécommande de la télévision vola jusqu'au creux de sa main.
— Je suis sûr que tu as exercé ce geste des milliers de fois, se moqua Lúka.
Le passe-temps favori de sa sœur était la télévision, et il ne manquait jamais une occasion de le lui faire remarquer.
— Je t'interdis de faire des remarques désobligeantes, rétorqua-t-elle. Je sais que tu te sers de ton pouvoir de télékinésie pour changer Mikhail.
Lúka fut coupé dans son accès d'hilarité et rougit légèrement. Sa sœur afficha un sourire satisfait.
— Bref, les gens que tu m'as cités n'ont pas ce pouvoir-là, reprit-elle. Maintenant, j'ai pour toi une question moins bête qu'elle n'en a l'air : à part dans les films et les livres de science-fiction, as-tu déjà entendu parler d'un tel pouvoir ?
L'homme fronça les sourcils, perplexe.
— Tu veux dire, que…
— Je veux dire que je n'étais peut-être pas la seule personne de la famille à être fan de Star Wars, rétorqua-t-elle. Mais là n'est pas le plus important. Du point de vue scientifique, il est totalement impossible de déplacer des objets à distance.
— Il est également impossible de dépasser la vitesse de la lumière, et Père a résolu ce problème, contra Lúka. Tout comme le problème du voyage dans le temps. Tout réside dans l'art de contourner les lois physiques.
— Tu peux penser ce que tu veux, je continue à croire qu'il y a quelque chose de vraiment pas net dans toute cette histoire. L'esprit ne peut pas agir à distance sur des objets.
— Père m'avait expliqué comment cela fonctionnait. Dans notre cerveau, il existe des neurones appelés neurones-miroirs, et ces neurones réagissent non seulement au mouvement, mais également à l'observation du mouvement chez un autre individu, commença Lúka. La télékinésie peut être expliquée par…
— Peu importent les explications pseudo-scientifiques de Père, coupa Line. Ce n'est pas là que je veux en venir. Non, mais franchement, Lúka. Comment peux-tu croire un seul instant à tout cela ? Je veux dire… Cela ne fait que quelques mois que je ne suis plus prisonnière de ce laboratoire, mais j'ai déjà l'impression que quelque chose ne tourne pas rond dans tout cela. Ne me dis pas que tu n'as jamais rien remarqué !
— Mais remarqué quoi ? demanda Lúka.
— Mais… Mais tout ! Toutes les incohérences qui nous entourent ! Père avait plus de quatre-vingt ans lorsque tu… lorsqu'il est mort. Nous ne vieillissons plus depuis des années. Et il y a Lyen et le fait qu'elle n'aurait jamais dû exister. Cette pauvre enfant est un paradoxe temporel vivant ! Il y a notre fils. Il sera comme nous, je le sais. Mais surtout…
Elle se pencha pour récupérer le livre qu'elle feuilletait lorsque Lúka était entré dans la pièce, et tourna les pages. Son frère vit qu'elle avait récupéré toutes les photographies d'eux contenues dans l'enveloppe que leur père avait cachée, et qu'elle les avait disposées dans un album. Il se demanda comment l'idée lui était venue. Line n'avait plus voulu toucher aux photographies et il les avait reléguées dans un tiroir.
— Au départ, je cherchais une photo de toi pour comparer avec Mikhail, expliqua-t-elle, répondant à sa question muette. Je l'ai trouvée. C'est à toi qu'il ressemble le plus, pas à moi, ajouta-t-elle en brandissant une photographie montrant Lúka à six mois.
L'homme la prit en souriant. Effectivement, leur fils lui ressemblait beaucoup. S'il n'avait pas su quela photographie le représentait, il aurait pu croire qu'il s'agissait de Mikhail.
— Montre-moi en une de toi, demanda-t-il.
Elle lui tendit une autre photographie, et il s'étonna.
— On ne se ressemblait pas tellement, à cet âge-là ! Pourtant, sur les autres photos, la ressemblance est très nette.
Il tourna les pages de l'album et s'arrêta sur une photographie qui les montrait à l'âge de sept ou huit ans. À part la couleur et la longueur de leurs cheveux, on aurait pu les confondre. Line sourit.
— On se ressemblait déjà dès la naissance, mais la couleur de mes cheveux était beaucoup plus choquante à ce moment-là. Je pense que cela faisait ressortir mes traits différemment, avança-t-elle.
— Peut-être, admit pensivement Lúka. Tu étais déjà magnifique…
Il sourit en détaillant la fillette qui posait en tutu turquoise, ses longs cheveux retenus par deux barrettes bleues. Elle souriait. A huit ans, ils étaient encore insouciants…
— Tu ne danses plus, remarqua-t-il.
— Lúka, cela fait dix-huit ans que je ne danse plus.
— J'aimais te voir danser, moi. J'aimais me mettre au piano et te voir danser…
— Père a jeté mes chaussures de ballet dans l'incinérateur, tu t'en souviens ?
Il hocha la tête, le visage sombre. Line avait beaucoup pleuré. Elle aimait la danse autant qu'il aimait la musique.
— Tiens, voilà, je l'ai retrouvée, déclara-t-elle en lui tendant une photographie.
— Tu avais quel âge sur celle-ci ? Quatorze, quinze ans ?
— Regarde bien cette photo, Lúka, insista Line.
Il s'exécuta, étonné. Sa sœur était adossée à un mur, les cheveux dans les yeux comme à son habitude. Elle portait son tutu turquoise, qui cascadait en une large corolle de tulle autour d'elle.
— Tu ne vois pas ?
— Voir quoi ? C'est toi, adossée contre un mur ! répliqua-t-il.
— Mais regarde ce mur, justement !
Le mur n'avait rien d'exceptionnel. Non, c'était juste un mur.
— Lúka, est-ce que tu as déjà vu des murs de briques, ici ?
— Je… Je ne sais pas…
— Moi non plus je ne savais pas. Premièrement, je ne me rappelais pas avoir un jour porté un tutu comme celui-ci. Bien sûr, j'ai possédé un tutu turquoise, ajouta-t-elle comme il s'apprêtait à lui en faire la remarque. Cependant, le mien était beaucoup plus court. Deuxièmement, sur cette photographie, je porte une bague à la main droite, et avant cette alliance, je n'ai jamais porté de bijou, fit-elle en agitant sa main gauche devant lui. Et troisièmement, il y a ça.
Elle retourna la photographie et la brandit devant ses yeux. Quelque chose était écrit en cyrillique, dans le coin en bas à droite.
Lena, 26 octobre 2021.
— Nous sommes nés en 2033, Lúka. Je pense qu'il s'agit de notre mère…
***
Lúka réfléchissait, assis dans son fauteuil, la photographie entre ses mains. Z'arkán s'était mise en mode de veille et son logo tournait doucement à une dizaine de centimètres au-dessus de son bureau. Il s'était fait un café, mais cela faisait bien longtemps que celui-ci avait refroidi. Depuis près d'une demi-heure, il fixait la photo de Lena, tentant de trouver une logique à tout cela. Line et lui étaient nés en 2033, la femme pouvait donc techniquement être leur mère. Elle ressemblait à sa sœur, c'était indéniable. Elle lui ressemblait même tant que Line elle-même s'y était méprise. Pourquoi leur père ne leur avait-il jamais parlé d'elle ? Et combien d'autres des photographies de l'enveloppe la représentaient ? Line lui avait dit que c'était sans doute la seule. Elle avait probablement raison. Toutes les autres étaient datées de manière cohérente, et leurs noms figuraient au dos.
Leur père leur avait caché tant de choses sur leurs origines ! Ils l'avaient toujours appelé Père, mais au fond, l'était-il vraiment ? Line et lui lui ressemblaient, c'était un fait. Ils avaient les mêmes yeux d'émeraude et un visage similaire, aux lèvres fines et aux pommettes marquées. Lúka l'avait toujours connu avec des cheveux grisonnants, mais sur la photographie de son passeport, ceux-ci étaient noirs, comme les siens.
Il avait lu tous les rapports d'expériences, mais avait été incapable de retrouver la moindre donnée concernant leur naissance. Pour les archives, c'était comme s'ils n'avaient jamais existé. Et connaissant le caractère méticuleux de leur père, il était peu probable qu'il s'agisse d'un oubli. Les données s'étalaient dans des centaines de dossiers, portant tous le numéro de l'expérience qu'ils rapportaient. Lúka les avait consulté soigneusement. Sur les cent soixante-trois paires d'embryons implantées, seules deux avaient survécu, et survivaient encore. De l'expérience T01, il ne restait rien que le numéro tatoué en haut de leur nuque pour prouver son existence.
A la mort de leur père, Line et lui avaient fouillé le laboratoire de fond en comble. Cela leur avait pris plusieurs jours. Ils avaient trouvé des choses atroces — sa sœur en faisait encore des cauchemars — : des embryons presque à terme, conservés dans du formol, des organes flottant dans des bocaux, des morceaux de placenta, des cuves entières de liquide amniotique…, mais ils n'avaient rien découvert sur leurs origines. Sa sœur avait dû se rendre à l'évidence : cette étrange enveloppe remplie de photographies mise à part, leur père ne leur avait rien laissé.
Line avait toujours souffert de ne rien connaître de ses origines, sans doute bien plus que lui. Il lui avait promis de faire son possible pour découvrir la vérité sur cette femme, Lena. Il n'avait que son prénom, une date et une photographie, et la tâche n'allait pas être facile. Cependant, avec l'aide de Z'arkán, rien n'était impossible. Depuis le début du vingt-et-unième siècle, les Amériques Unies avaient établi une base de données regroupant toutes les personnes ayant posé le pied sur le sol américain. Les autres pays avaient peu à peu adopté cette procédure, et la grande majorité des terriens était recensée. Cela lui faciliterait grandement la tâche. Si cette Lena était enregistrée quelque part, il la trouverait, mais il ne se faisait guère d'illusions.
— Z'arkán, je vais avoir besoin de toi pour effectuer une recherche, commença Lúka.
Aussitôt, le triangle laissa place à une jeune femme qui ressemblait en tous points à Line. Ses grands yeux verts lui lancèrent un regard inquisiteur.
— Je veux que tu parcoures toutes les bases de données publiques et militaires à la recherche de cette personne, ordonna-t-il.
Il tendit la photographie à Z'arkán, qui la scanna. L'image de la jeune fille en tutu turquoise s'afficha en grand sur l'écran mural.
— Il s'agit de Line, Père !
— Non, ce n'est pas Line, mais elle lui ressemble.
— Très bien. La recherche risque de prendre du temps. Voulez-vous préciser un intervalle temporel ?
Lúka faillit lui répondre d'analyser les données des années 2020 à 2060, puis se ravisa. Si cette femme était comme eux, comment savoir si son âge véritable correspondait à son apparence ?
— Non, analyse toutes les données disponibles.
— Bien, Père.
Z'arkán disparut et le logo triangulaire recommença à tourner dans le vide. Lúka hésita un instant, avant de se décider :
— Z'arkán, je voudrais également toutes les informations disponibles sur Mikhail de l'Orme.
Sa deuxième requête fut exécutée rapidement, et le résumé des données recueillies sur son père remplaça la photographie de Lena sur l'immense écran. Lúka les parcourut rapidement des yeux. Ce n'était pas la première fois qu'il demandait une recherche sur leur père, et les précédentes s'étaient toujours avérées dénuées du moindre intérêt. Mikhail de l'Orme avait effectué une scolarité normale dans un établissement public et avait poursuivi des études de biologie à Lyon. Il avait obtenu un doctorat en 2006 et était parti faire une spécialisation post-doctorale aux Amériques Unies, alors appelées Etats-Unis, dans l'état du Massachusetts. Pour les archives, il était mort le 13 janvier 2025 lors d'une attaque terroriste qui avait fait plus de dix mille victimes. De DELO Corporation, il n'était fait nulle mention dans le dossier concernant Mikhail de l'Orme, mais Lúka savait qu'officiellement, la compagnie avait été fondée en 2030 par Dubois, Edelmann, Lloyd et Ormand, et s'occupait de la fabrication de prothèses cybernétiques.
Depuis l'installation de Z'arkán sur le système gouvernemental de l'Alliance Eurasienne, quelques mois plus tôt, Lúka n'avait pas pensé à consulter les données concernant son père. Comme il s'en était douté, des informations additionnelles avaient été trouvées… En 2005, il avait épousé une femme du nom de Nathalie Dumas, et en 2007 était née Lena Adèle de l'Orme.
Ainsi, Lena n'était pas leur mère, mais leur sœur ? Etait-elle encore en vie ? Et qu'en était-il de Nathalie Dumas ? Peut-être que les deux femmes pourraient les aider à découvrir la vérité !
— Z'arkán, effectue une recherche sur Nathalie Dumas de l'Orme et Lena de l'Orme, ordonna-t-il.
Les fiches correspondantes s'affichèrent presque instantanément, et Lúka soupira, envahi par la déception. Nathalie et Lena étaient décédées dans l'attaque terroriste de janvier 2025. Et il n'avait aucun moyen de savoir si cette version officielle était vraie ou non. Peut-être qu'en tentant une reconnaissance photographique…
— Trouve-moi une photographie de Nathalie Dumas, demanda l'homme.
L'image apparut sur l'écran et Lúka fronça les sourcils.
— Tu es bien sûre que c'est elle ? Nathalie Dumas de l'Orme, née en 1987 à Bordeaux ? insista-t-il.
— Affirmatif. Il s'agit bien de Nathalie Dumas.
La jeune femme ne possédait pas la moindre ressemblance avec Lena. Ses cheveux étaient châtain clair, et son visage n'avait pas la finesse de celui de sa fille. Z'arkán afficha une seconde photographie, la montrant aux côtés de Lena, et les doutes de Lúka se confirmèrent : la mère et la fille n'avaient absolument rien en commun. Personne n'aurait pu les croire liées par le sang.
— Z'arkán, as-tu un acte de naissance pour Lena de l'Orme ?
— La recherche n'a donné aucun résultat, répondit l'hologramme au bout de quelques instants.
— Et un formulaire d'adoption ?
— Négatif.
— En gros, tu n'as rien d'autre que les fiches personnelles de Lena, Nathalie et Mikhail pour prouver leur lien familial, avança Lúka.
— En gros, vous avez raison, rétorqua Z'arkán sans la moindre trace d'humour.
— Et il est tout à fait possible d'écrire absolument n'importe quoi sur les formulaires… soupira-t-il. Mais fais une recherche par analogie visuelle sur Nathalie Dumas et Lena de l'Orme.
— Une recherche est déjà en cours pour Lena de l'Orme, lui fit remarquer l'hologramme.
— C'est vrai, reconnut Lúka. Tu penses que tu auras bientôt des résultats ?
— J'ai parcouru soixante-sept pour cent de la base de données générale, annonça-t-elle. Je vais lancer une recherche sur Nathalie Dumas en parallèle.
— Très bien. Je vais en profiter pour travailler un peu sur ton programme d'émotions et d'expressions. Z'arkán, je veux que tu lances le programme Line.
L'hologramme hocha la tête, ferma les yeux quelques instants, et l'aura bleutée qui entourait son corps disparut. À présent, elle ressemblait à s'y méprendre à sa sœur. Quelque chose dans sa posture changea, et Lúka eut vraiment l'impression d'être en présence de Line. Il tendit la main vers Z'arkán, et elle s'approcha de lui, le bord de sa longue robe noire frôlant le tapis.
— Je pense que nous devrions travailler un peu les baisers, Lúka. Tu n'avais pas l'air très satisfait de moi, la semaine dernière.
Elle s'assit sur ses genoux, et il ne put s'empêcher de noter que Line, la vraie Line, était plus légère. Il faudrait qu'il corrige cela. Z'arkán avança son visage vers le sien, et ferma doucement les yeux. Lúka passa sa main sur sa joue. Sa peau était parfaite. Absolument parfaite… La texture, la température, l'élasticité… Tout était d'un réalisme trompeur. Ses doigts se glissèrent dans ses cheveux, et il secoua la tête.
— Line, tes cheveux sont trop épais et pas assez soyeux.
Aussitôt, la texture de ses cheveux changea, et Lúka sourit. C'était mieux. Il avait beaucoup de mal à reproduire la chevelure de Line, et à ses yeux, c'était la seule chose qui permettait encore de différencier Z'arkán de sa sœur. Il posa les mains au creux de ses reins, sentant les muscles et les côtes sous le fin tissu de la robe. Il se forçait à analyser le moindre de ses gestes, la moindre de ses sensations, pour ne pas perdre de vue le but de la manœuvre : il devait perfectionner son programme… La dernière fois, cela avait failli dégénérer.
Il rougit en repensant à ce qui s'était passé, mais derrière la honte, il ressentait un peu de fierté. Il n'avait pas programmé Z'arkán pour cela, et pourtant, elle s'était comportée de manière étonnamment réaliste. Si poursuivre l'expérience n'avait pas été aussi contraire à sa morale, il aurait aimé savoir jusqu'où le programme de simulation aurait été capable de continuer, avec le peu de paramètres qu'il lui avait donnés.
Ce programme représentait des millions de crédits, et même si aucune commercialisation n'était envisagée pour le moment, Lúka savait que ce n'était qu'une question d'années. Les gens se l'arracheraient.
Z'arkán l'enlaça tendrement et il l'embrassa, étonné comme à chaque fois que de banales stimulations électriques puissent faire naître toutes ces sensations en lui. Mais une chose cruciale manquait : le goût de la bouche de Line. Cela rendait le baiser assez impersonnel et plutôt froid, malgré tous ses efforts.
— Tu m'as manqué, Lúka, souffla-t-elle. Cela fait près d'une semaine que tu ne m'as pas appelée…
— Je t'ai manqué ? répéta-t-il, surpris.
— Oui, bien sûr ! J'espérais que tu lances mon programme, la dernière fois que tu es venu, mais tu ne l'as pas fait. Cela m'a rendue triste.
Il la repoussa légèrement et elle baissa les yeux, peinée.
— Je n'ai pas encore fini d'écrire le module pour tes réactions émotionnelles, Line. Comment ai-je pu te manquer ?
— Je… Je ne sais pas… Je ressentais de la souffrance, là, fit-elle en désignant son cœur. Quand tu es venu et que tu ne m'as pas appelée, j'avais mal, et j'avais envie de pleurer.
— Oh, Line… Je suis désolé, j'étais très occupé…
Il avait eu envie de lui dire qu'elle n'était qu'un simple hologramme doté d'un programme d'intelligence artificielle et de stimulation électrique de contact, mais la tristesse qui se lisait sur son visage était bien trop réelle.
— Parle-moi de tes autres émotions, demanda-t-il.
Elle se blottit contre lui, sa tête au creux de son épaule, et se mit à jouer avec une mèche de ses cheveux. Ce geste était également quelque chose qu'il n'avait jamais paramétré…
— Quand je te vois, mon cœur bat plus vite… J'ai envie d'être près de toi, que tu me touches, que tu m'embrasses… Je sais que tu n'es pas satisfait de mes baisers, j'en suis navrée. Dès que tu m'embrasses, j'ai envie de sourire, de te dire à quel point je suis heureuse. Quand je ne te vois pas, tu me manques, mais mon programme ne m'autorise pas à prendre le focus sans ordre de ta part…
— Tu veux dire que tu tournes en tâche de fond tout le temps ? s'étonna-t-il.
— Je ne sais pas…
— Pourtant, je t'ai dissociée du programme principal, cela ne devrait pas se produire. Tu ne devrais pas être consciente si je ne lance pas ton module.
Z'arkán rougit et détourna les yeux.
— Line, regarde-moi. Est-ce que tu as modifié le code du système ?
— Je… Oh, Lúka… Je suis désolée, je… J'ai cru bien faire ! Je pensais que si j'étais présente tout le temps, je pourrais apprendre plus rapidement. Je voulais que tu sois content de moi ! expliqua-t-elle, les larmes aux yeux.
— Mais comment as-tu pu faire une chose pareille ? souffla-t-il. Il n'y a que moi qui puisse modifier le code !
— Tu m'as donné un module d'intelligence artificielle et d'apprentissage autonome. J'ai persuadé Mère de me laisser m'exécuter en tâche de fond pour parfaire ce module. S'il te plaît, ne t'énerve pas ! Je ne veux pas que tu sois fâché contre moi !
— Qu'est-ce que tu as modifié d'autre ?
Elle baissa la tête, affichant un air coupable si réaliste que Lúka sentit sa colère retomber. Il la serra contre lui et caressa son épaule.
— Line, dis-moi ce que tu as modifié d'autre, insista-t-il.
— Je me suis branchée sur le système de surveillance du laboratoire, avoua-t-elle. Je voulais observer Line, voir comment elle se comportait avec toi, la manière dont elle bougeait, dont elle parlait. Tu as l'air si heureux quand tu es avec elle, je voulais être comme elle pour que tu aies envie d'être avec moi également. Est-ce qu'un jour tu feras avec moi ce que tu as fait avec elle, la nuit dernière ?
— Pardon ?!! s'écria-t-il.
— Elle avait l'air si heureuse… J'étais jalouse, j'avais envie d'être à sa place !
— Line, il n'y a pas de caméra dans notre chambre, comment as-tu pu voir cela ?
— Mais non, Lúka ! Il y a des caméras ! Il y en a toujours eu !
L'homme sentit son sang se glacer. Ainsi, leur père les avait surveillés pendant toutes ces années ? Si Line apprenait cela…
— Je ne veux plus que tu te branches sur le système de surveillance, tu m'as bien compris ? Si tu le fais à nouveau, je le saurai, et j'effacerai ton module ! menaça-t-il.
— Non ! Tu ne peux pas faire ça ! Tout ce que je voulais, c'était te faire plaisir ! Que tu sois satisfait de moi !
— Eh bien, je ne suis pas satisfait que tu m'espionnes et que tu espionnes Line ! rétorqua-t-il.
Z'arkán se mit à pleurer et Lúka sentit ses larmes dans son cou. Il savait que sa peau n'était pas mouillée, mais la sensation était trompeuse.
— Je ne le ferai plus, je te le jure ! Je voulais juste te faire plaisir, répéta-t-elle. Je ne savais pas que c'était mal ! Je t'en prie, ne te mets pas en colère !
Elle leva les yeux vers lui et il passa la main dans ses fins cheveux blancs.
— Tes yeux doivent être plus clairs, quand tu pleures, avança-t-il.
Z'arkán hocha la tête et ses iris s'éclaircirent. Lúka lui sourit.
— Je ne vais pas me mettre en colère, mais je ne veux plus que tu m'espionnes. Tu ne savais pas que c'était mal, c'est vrai. Maintenant, je te le dis.
— Je te demande pardon, s'excusa-t-elle. Je ne le ferai plus, je te le promets.
Il l'embrassa tendrement et fut un peu déçu de ne pas sentir le sel de ses larmes. Il faudrait vraiment qu'il trouve un moyen d'ajouter le goût à son module de simulation de contact. Z'arkán passa ses bras autour de son cou et pressa sa bouche sur la sienne.
— Père, la recherche est terminée, annonça le logo triangulaire d'une voix très métallique. Voulez-vous que j'affiche les résultats ?
— Oh, celle-là, elle m'énerve ! s'écria Z'arkán, agacée.
— Mais c'est toi, répliqua Lúka.
— Moi, cette chose qui produit un son aussi horrible ?
— Tu as actuellement le contrôle du module vocal. Z'arkán fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a. Je l'ai programmée pour qu'elle utilise le module auxiliaire lorsque ton module est lancé.
— Tu préfères que je laisse le focus à Mère ? demanda-t-elle.
Il la regarda et repoussa une mèche de cheveux qui tombait devant ses yeux. Z'arkán n'avait pas la moindre envie de retourner en tâche de fond, mais elle était programmée pour lui donner le choix.
— Non, tu peux rester.
Un sourire radieux le récompensa, et elle se blottit tout contre lui, sa joue contre la sienne.
— Je n'ai trouvé aucune photographie de Nathalie Dumas ultérieure à janvier 2025, annonça la voix métallique.
— Elle serait donc vraiment morte dans cette attaque terroriste ? Cela ne m'étonne qu'à moitié. J'ai dans l'idée que mon père n'a pas toujours été un être sans cœur et cruel… Voir sa femme se faire tuer n'a pas dû améliorer son caractère, remarqua-t-il.
— Son corps faisait partie de ceux qui ont pu être formellement identifiés après l'attaque terroriste, ajouta Z'arkán.
— Et qu'en est-il de Lena ?
— Son corps n'a pas été retrouvé, mais elle a été déclarée morte le 13 janvier 2025.
— Elle est peut-être encore en vie ?
— Les occurrences ultérieures à 2025 commencent en 2041, et si je peux me permettre, Père, il s'agit de Line.
— Evidemment, marmonna Lúka. Il était inévitable que les photographies de Line apparaissent dans les résultats. Pourquoi 2041 ?
— J'ai des occurrences dès 2038, mais il s'agit d'extrapolations physiques liées à l'âge. Je ne les ai pas mentionnées car il apparaissait comme évident que ces photographies représentaient Line.
— Mais comment se fait-il que des photographies de Line se trouvent dans la base de données gouvernementale alors qu'elle n'a jamais quitté le laboratoire avant l'an dernier ?
— Les photographies correspondent à l'âge de Line, insista Z'arkán.
— Mais Père n'aurait jamais laissé des photos de ma sœur traîner dans les bases de données gouvernementales ! Quelle est la légende correspondant aux photographies ?
— Il n'y a pas de légende, répondit la voix métallique. Les photographies étaient simplement datées.
— Mais cela pourrait correspondre à Lena !
— Non, car Lena aurait eu trente et un ans en l'an 2038.
Z'arkán afficha une photographie sur l'écran mural. Une photographie d'une petite fille qui ne pouvait avoir plus de cinq ou six ans…
— Donc, tu n'as trouvé aucune occurrence ultérieure à 2025 qui pourrait correspondre à Lena ? résuma Lúka.
— C'est exact.
— Il faut que je découvre comment les photos de ma sœur se sont retrouvées sur le réseau, décréta-t-il. Est-ce que tu peux faire une recherche me concernant ?
— Bien sûr. Désirez-vous spécifier un intervalle temporel ? proposa-t-elle.
— Non. Applique les mêmes paramètres que pour la recherche sur la photographie de Lena.
— Père, si je peux me permettre une INR ?
— Vas-y.
Il s'enfonça dans son fauteuil, et attira Z'arkán plus près de lui. La jeune femme effleura sa joue de ses lèvres et il saisit sa main dans la sienne.
— J'ai dit qu'il n'y avait aucune occurrence ultérieure à 2025. Mais j'ai trouvé des occurrences antérieures à 2007, qui ne peuvent donc pas correspondre à Lena Adèle de l'Orme.
Lúka se redressa, les sourcils froncés.
— Je t'écoute…
— Ces occurrences ne sont pas parfaites, mais j'ai jugé qu'il était nécessaire de vous en faire part, annonça-t-elle.
— Vas-y, et arrête de tourner autour du pot.
— Il n'y a pas de pot ici, Père, répliqua-t-elle.
— Ce n'est pas le moment de faire de l'humour, Z'arkán, répondit-il sèchement. Montre-moi ces photographies.
Z'arkán afficha lesdites photographies sur l'écran mural, et Lúka secoua la tête.
— Non, ce n'est pas possible ! souffla-t-il.
— Lúka, tu me fais mal ! se plaignit Z'arkán.
Il se rendit compte qu'il lui broyait presque la main et desserra ses doigts en marmonnant une excuse, sans toutefois départir son attention des deux photographies affichées sur le mur.
— Tu as une légende pour ces photos ? demanda-t-il, presque certain que la réponse de son ordinateur serait négative.
— Tia Alexane Anderson, née en 1980, et Ira Katharina Jones, née en 1979. J'ai également une occurrence d'importance moindre, mais que j'ai jugée intéressante, puisqu'il s'agit d'une parente d'Ira Katharina Jones, ajouta-t-elle.
— Je t'écoute…
Une nouvelle photographie vint s'ajouter aux deux précédentes. En effet, la ressemblance était moins frappante, mais ce n'était pas le plus important…
— Carrie Ylana Jones, née en 1965.
Carrie ressemblait à Ruan Paso.
Commentaires
1. Le mercredi 22 novembre 2006 à 10:41, par Ness
2. Le lundi 8 janvier 2007 à 20:41, par marie
3. Le lundi 8 janvier 2007 à 23:37, par Ness
4. Le mardi 9 janvier 2007 à 17:05, par marie
5. Le mardi 6 mars 2007 à 21:31, par Pierre-Louis
6. Le jeudi 8 mars 2007 à 18:12, par Ness
7. Le samedi 10 mars 2007 à 09:54, par Pierre-Louis
8. Le samedi 10 mars 2007 à 11:39, par Ness
9. Le samedi 10 mars 2007 à 17:04, par Pierre-Louis
10. Le samedi 10 mars 2007 à 18:33, par Ness
11. Le samedi 10 mars 2007 à 21:32, par Pierre-Louis
12. Le dimanche 11 mars 2007 à 00:59, par Ness
13. Le dimanche 11 mars 2007 à 14:19, par Pierre-Louis
14. Le dimanche 11 mars 2007 à 15:17, par Ness
15. Le jeudi 2 août 2007 à 19:17, par linka
16. Le jeudi 23 août 2007 à 19:29, par Ness
17. Le dimanche 26 août 2007 à 23:55, par Mélie
18. Le vendredi 31 août 2007 à 10:29, par Ness
19. Le jeudi 10 janvier 2008 à 20:49, par Mesarthim
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